‹ Marie-ThereseChapitre 21 sur 40 · Journal de Luynes, t. VU, p. 59 et · texte numérisé non relu

Journal de Luynes, t. VU, p. 59 et

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frontière de la Saxeel de la Bohême, lui faisait part qu'un messager du général de l'armée prussienne était venu lui demander un Iaisser- [i.i-mi- pour un courrier attendu de Hanovre, qui devait être porteur d'une convention conclue entre leurs maîtres communs et le roi d'Angleterre, et donl un des articles stipulait un armistice, Charles, au fond très fatigué d'uue guerre qui ne tournait pas à l'avantage de sa répulation militaire, avait accueilli celle ouverture avec un plaisir que sa lettre laissait Irop entrevoir; mais, en l'absence de loute instruction de sa cour, il avait, disait-il, dû se borner à répondre qu'il envoyait preudre des ordres h Vienne, et à promettre en attendant de ne faire lui-même aucun acte d'hostilité. Le bruit n'étaU sur-te-ch&mp répandu dans l'année que la pais était signée el que lu guerre allait finir. Marie-Thérèse apprit ainsi, en quelque sorte par hasard, qu'en son absence et à son insu, en dépit de ses protestations formelles, son allié el son ennemi s'étaient entendus; ce ne pouvait être qu'à ses dépens et dans les larmes auxquels elle avait d'avance refusé

d'adhérer. La nouvelle était publique, les deux armées en étaient informées avant qu'on eût pris soin même de la prévenir. Son irritation était au comble, et, en réalité, assez naturelle.

On peut juger par là de l'accueil qui attendait le ministre anglais, Robin son, lorsque le lendemain de l'arrivée du courrier du prince de Lorraine, ayant reçu lui-même des dépêches de Hanovre, il vint avec un air de profond mystère informer le ministre autrichien le comte Uhlfeld, qu'il avait un acte très grave à soumettre à l'examen de la reine, mais qu'avant d'en faire part, il demandait qu'on lui promît le secret le plus absolu. Uhlfeld, qui eut probablement peine à le laisser arriver au bout de son discours sans sourire, lui répondit qu'il ne se chargerait pas d'une telle commission, parce que, s'il s'agissait d'une convention d'une nature quelconque à conclure avec le roi de Prusse, la reine était décidée d'avance à ne pas s'en laisser parler. Sur les instances du ministre, cependant, il consentit à consulter la reine au moins sur le point de savoir si elle

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oudrait s'engager au secrel qui lui était demandé. Mais, dans (ajournée, Hobinson apprit que son prétendu secrel était connu à peu près de tout le monde, à telles enseignes que le ministre de Saxe, le comte Saul, était parti précipitamment, chargé par Marie-Thérèse d'informer le roi de Pologne de ce qui se passait a l'armée , au cas très peu probable où il n'en aurait pas été déjà directement averti. Robinson crut devoir alors prendre sur lui de renoncer à une réserve qui ne trompait plus personne, et de communiquer le leste même de l'acte dont il demandait la ratification. Les conditions qui y étaient porlées étant précisément celles que Marie-Thérèse avait rejetées trois semaines auparavant avec indignation , il n'y avait nulle chance que cette coufidence modifiât son impression; aussi le soir, quand l'ambassadeur se présenta timidement à la cour, la reine passa devant lui «ns faire semblantde le voir et sans lui adresser

i Robinwu à llarrlogtou, 1" eL i septembre ili.i. v de Vitnne. — Record OfHca.)

IdS MARIE-THÉRÈSE IMPÉRATRICE.

La conduite de Frédéric débutant ainsi, dans l'exécution d'un traité qui n'existait encore qu'en projet, par la violation à peu près formelle d'un des articles, était et reste encore inexplicable. Avait-il pensé qu'en prenant Marie-Thérèse par surprise, pour la mettre en présence d'un fait accompli et du désir pacifique très prononcé des populations, il la ferait capituler sans condition? En ce cas, son mécompte fut complet, car il ne réussit qu'à mettre sa rivale à l'aise, en lui faisant beau jeu pour déclarer tout haut et à tout venant qu'il n'y avait nulle sécurité à traiter avec un homme qui ne pouvait pas même un seul jour se résigner à tenir sa parole. — « Je puis faire la paix, je le sais, dit-elle quelques jours après à l'ambassadeur de Venise, Erizzo, en le prenant à part à Schœnbrunn au milieu d'une fête, mais je ne le veux pas, et je n'entendrai jamais raison la-dessus. Le roi de Prusse ne veut que m'endormir pour m'altaquer de nouveau, à l'improviste, au moment où j'y songerai le moins. » — Elle était si animée qu'elle sembla oublier qu'elle parlait à un obser-

raient qui tenait note et devait rendre compte de tnnl rr qu'il entendait ; car, Erizzo lui ayant demandé si elle était sûre de tous ses alliés : — « Il y a la Saxe, dit-elle, qui n'est jamais ni une amie sûre ni une ennemie bien ■Maillée. Je sais bien que, pour la contenter, il aurait fallu que, si le grand-duc est empereur, la reine de Pologne pût être impératrice, et s'il ne tenait qu'à moi, je céderais volontiers ma part: mais il faut prendre ses alliés avec leurs défauts, et leurs engagements sont tels que je les tiens. Quant au roi de Sardaigne, j'en suis sûre aussi, il connaît son intérêt; s'il m'abandonnait, on le lui ferait ensuite payer Irop cher. »

Dans ces dispositions, la réponse à envoyer «a prince de Lorraine ne pouvait être douteuse : il eut ordre de ne tenir aucun compte de la demande de suspension d'armes qui lui était faite et d'en venir aux mains avec l'armée prussienne le plus tût qu'il pourrait. « Vous m'avez, lui fil dire la reine, envoyé l'annonce d'une victoire il y a deux ans, le jour que j'ai Ui couronnée à Prague; j'espère bien en reoe-

voir une pareille pour le couronnement qui se prépare. » Après quoi, elle dut se mettre en route pour Francfort, et, le ministre anglais n'étant pas invité à la suivre, la négociation tomba pour le moment d'elle-même 1 .

Mais si elle se taisait à Vienne avec Robinson, elle avait soin de parler ailleurs et à d autres. Ce n'était pas seulement, en effet, un avis et un engagement de se mettre en garde qu'elle faisait parvenir au roi de Pologne :

c'était une ouverture d'une tout autre et bien plus grave nature. Effectivement, le comte Saul était à peine arrivé à Dresde et n'avait pas plus tôt remis ses dépèches au comte de Briihl que celui-ci faisait prier le ministre de France, le marquis de Vaulgrenant, de passer chez lui sans délai. L'invitation devait sembler singulière, car, depuis la dernière altercation que j'ai

1. Robinson à Harrington, 4 septembre 1745. (Correspondance de Vienne. Record Office. — Correspondance d'Erizio, ambassadeur de Venise, 4 septembre 1745.) — L'appréciation ironique des dispositions delà reine de Pologne ne se trouve pas, je l'avoue, dans la dépêche d'Erizzo; je l'ai empruntée à une dépêche de Robinson (25 août), parce qu'elle m'a paru donner une idée plus complète des sentiments de l'Impératrice.

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niée, Vaulgrenanl avait à t

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tout rapport officiel avec le minisire saxon, et, retira chez lui, n'ai tendait plus que ses lettres de rappel. Aussi, quelle dut rire sa surprise lorsque, à son eutrée. Briihl lui lendit un papier en l'engageant à en prendre connaissance. C'était la copie de lu convention signée fi Hanovre entre les rois de Prusse et d'Angleterre. La lecture finie : « Voila, dit îirûlil, ce dont nous vous prévenions depuis six mois et ce que vous n'avez jamais voulu croire. » Puis il lui fit clairement entendre que, si le roi de France était disposé à payer son perfide allié de la môme monnaie, en s 'accommodant de son côté, aux dépens du parjure, avec la reine de Hongrie, il avait tout lieu de penser que la reine, pour sa part, était disposée à s'y prêter. Le changement de langage était si brusque, le coup de théâtre si inattendu, que Vaulgrenanl crut devoir se faire redire la proposition a deux reprises avant d'y ajouter Foi, et ce ne fut qu'après un second entretien qu'il crut pouvoir la transmettre à Versailles, sous une forme tout h fait officielle. Encore, craignant toujours quelque piège.

conseillait-il de ne s'avancer sur ce terrain qu'avec méfiance 1 .

La réserve était naturelle, mais nullement fondée; car, si la résolution de Marie-Thérèse éclatait subitement, quelques paroles, échappées dans ses entretiens avec Robinson, nous ont fait voir que la pensée de tendre la main à la France pour rester libre d'écraser Frédéric s'était déjà présentée à plus d'une reprise à son esprit. En tout cas, cette fois, elle en avait si bien admis et embrassé avec tant d'ardeur le dessein, quelle ne crut pas devoir se borner à le faire connaître à Versailles par une seule voie. Ce ne put être, en effet, par un simple hasard que Chavigny, au mémo

1. Vaulgrenant à d'Argenson, 10 et 14 septembre 1743. {Correspondance de Saxe. — Ministère des affaires étrangères. — Le comte de Brfilil, dans cet eutretien avec Vaulgrenant, répéta bien à plusieurs reprises qu'il parlait en son propre nom et sans répondre des résolutions de Marie-Thérèse. I' ajouta même que le texte de la convention lui avait été communiqué par le ministre d'Angleterre et non par la reino. Mais les dépêches de Robinson nous font savoir qu'il y eut, pendant ces jours, une communication constante et un fréquent échange de courriers entre Vienne et Dresde, et Brûhl ne se serait pas avancé jusqu'à faire des offres formelles sans le consentement de sa fière et puissante alliée.

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mnmcnt, voyait se renouveler à Munich !e même changement à vue dont Vaulgrenant avait la surprise à Dresde.

Lui Rasai, plus dégoûté encore que son collègue, parce qu'il avait eu plus d'échecs à subir, vivait, depuis les derniers événements d'Allemagne, dans une pénible retraite, envoyant lettre sur lettre à Versailles pour conjurer qu'on le lirai du poste ingrat où chaque jour lui apportait un nouvel affront à dévorer. — a Dès qu'il n'est plus possible, écrivait-il encore le 13 septembre, d'arrêter un ouvrage aussi monstrueux que celui qui doit être consommé aujourd'hui à Francfort, me laisserezvous plus longtemps languir ici? » — Mais subitement, le l'J, son langage change, et sa correspondance, ta veille découragée et devenue presque nulle, se réveille et se ranime.

C'est que le bruit de la convention de Hanovre vicnl de se répandre dans la ville, et, en l'apprenant, le comte Chotek, minisire d 'Autriche, a dit tout haut : « qu'il serait temps que la tour de Vienne et celle de France se rapprochent l'une de l'autre, et que la reine de

Hongrie ferait un bon parti au roi, si Sa Majesté voulait abandonner un allié qui lui manquait si essentiellement. » Le propos a été tenu devant le ministre de Saxe, qui n'a pas perdu un moment pour venir le répéter à la légation de France. Même changement dans l'attitude de la cour, des ministres et de l'électeur de Bavière lui-même, naturellement flatté de l'espoir d'une réconciliation possible entre ses nouveaux et ses anciens protecteurs. Chavigny signale en particulier une dame de la cour de l'impératrice douairière, élevée à Vienne avec Marie-Thérèse et restée en relations familières avec son amie d'enfance, et qui se mit h prôner, avec une extrême vivacité, le projet de la nouvelle alliance. Il est vrai qu'elle paraissait s'y être préparée auparavant, puisqu'elle s'était mise en coquetterie réglée avec Chavigny lui-même, cherchant, dit celui-ci, à escamoter ma connaissance 1 .

Chavigny, comme nous le connaissons, était

1. Chavigny à d'Argenson, 13 et 15 septembre 1745. — (Correspondance de Bavière. — Ministère des affaires étrangères.)

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