CAMPAGNE DE FRÉDÉRIC ES BASE
n <ie songer à la Prusse, maïs il fallait aussi regarder, comme avait fait Marie- Thérèse, de tous les côtés de l'horizon d'où oa pouvait craindre quelque menace ou attendre quelque secours. En premier lieu, il fallait répondre à la Russie, et c'est ce que Frédéric ne crut pouvoir mieux faire qu'en autorisant son ministre a Saml-Pélersbourg à donner connaissance du texte même de la convention qu'il avait signée à Uanovre. Comme un des articles de celte convention assurait, en termes exprès, a Auguslc III une garantie pour la totalité do bob Etats, on ne pouvait donner, semblait-il, de témoignage plus éclatant des intentions pacifiques de la Prusse et de sa résolution de respecter les droits de ses voisins. Une promesse de 100 000 écus, glissée a l'oreille du chancelier Bestuchef pour l'engager, quoi qu'il arrivât, ii îvtarder et « entraver la marche des troupes russes, devait ajoulcr encore à la clarté et à cacité de cette démonstration '.
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M»r.lefeJil, ministre de Prusse* Saint-Peter;-
H n'était pas moins intéressant de savoir, au plus tôt, ce que penserait l'Angleterre du dédain témoigné à Vienne et à Dresde pour les promesses et les engagements dont le roi George et son ministère tout entier s'étaient fait fort d'obtenir la ratification. Ordre fut donc expédié sans délai à l'envoyé de Prusse à Londres de faire connaître l'attaque audacieuse dont le secret venait d'être révélé, et de mettre catégoriquement le cabinet anglais en demeure de faire respecter sa signature, si injurieusement foulée aux pieds. — « Vous vous souviendrez, lui était-il dit, de toutes les assurances les plus fortes que le roi de la Grande-Bretagne et ses ministres vous ont données, qu'ils soutiendraient par les moyens les plus efficaces et même par la pointe de Tépée ce dont ils étaient convenus avec moi par la convention do Hanovre, et qu'ils ne se laisseraient point impunément mépriser de la reine do Hongrie A
hourp. 8 novembre 17 4.*). — Pol. Corr. t t. IV. p. .'M 1-339. - Droysen, t. IF. p. 5%. — D'Aillon, ministre de Framv à Snint-FVlersbourg, à d'Argensoo. ii décembre 1745. v fVrcsporidfinrf de Russie. — Ministère des affaire? étrangère?.
! son alliée la Saxe. Voilà le cas présent, et a volonté est que vous deviez représenter, sans le moindre délai, tout ce que je viens de vous dire, île la manière la plus forte et la plus énergique, à lord llarrington, bien que sans aigreur et dans des expressions honnêtes... Vous lui direz que c'est à présent qu'il fallait tout faire ou rien, qu'avec l'assistance du bon Dieu on ne m'attaquera pas impunément, et que, si l'Angleterre ne prenait pas de vigoureuses résolutions, je ne saurais pas me laisser prévenir. » La dépèche se terminait par ces paroles significatives : — « Que si l'Angleterre voulait soutenir ses engagements, il était absolument nécessaire que le ministère de Hanovre fut instruit bien sérieusement de tirer la même corde là-dessus avec celui d'Angleterre, et qu'il n'agît pas dans l'empire diamétralement avec tout ce dont j'étais convenu avec l'Angleterre; que, tans cela, il y aurait un contraste fort pernicieux, et qua les choses prendraient un mauvais pli. »
Ne dirait-on pas qu'avec sa merveilleuse " é, Frédéric
318 «ÀHH-TBÉBÈ3B IHP*BATSIC8,
de diplomatie secrète qui l'agitait autour de George, et dont les archives hanovrienaes viennent de nous donner le secret? En ce eu, l'avis était bien donné, et Harriogton, s'il se sentait sourdement contrecarré par aon mailre, était en mesure d'en profiter 1 .
Mais.quello attitude prendre envers la France? Le cas, en vérité, était pins difficilo. Il était' dur, en effet, après l'avoir pris de ton si haut avec cette alliée et l'avoir congédiée d'un ton railleur on annonçant si cavalièrement qu'on saurait bien faire ses affaires sans elle, do venir maialenant, l'oreille basse et la conscience chargée, lui faire part de ses embarras et lui demander aide pour en sortir. A la négliger tout à fait cependant, on courait risque de blesser au vif la vanité de Louis XV, de le mettre à l'aise pour se désintéresser ouvertement de la lulle, Par 1k on ferait prendre une véritable consistance aux bruits, déjà très répandus, d'une entente secrètement négociée entre Versailles et Vienne. Puis, h défaut de troupes qui n'ar-
1. Frédéric à Aadriù, ministre h Londret, 13 novembre 17H. — Pol. Coït,, t. IV, p. 3Î7.
CAjtl'AGNE DE t'IlKDKRIC EN SAXE. .IV.)
riveraient pas à temps, la Franco pouvait toujours envoyer quelque argent, et le mesquin subside, repoussé naguère avec lanl de dédain, serait maintenant venu assez à propos pour subvenir aux frais impérieux d'une campagne d'hiver, Avec un trésor tellement à sec que, pour le remplir, il fallait fondre la vaisselle des palais royaux, 800 000 livres versées régulièrement chaque mois n'étaient plus de relus. Aussi Podewils, tout entier an péril présent et a la misère pressante, n'hésitai t-il pas à courir après ses paroles el presque a demander grâce. Il faisait venir Valori pour reprendre avec lui, article par article, la convention do Hanovre, en justifier les intentions, en démontrer l'innocence et presque les avantages. — ■< Le roi de Proue, éorit Valori, est entièrement retourné vers nous par ses grands besoins d'argent...
M. de Chauiurier a ordre de tout dire el de représenter les besoins du roi aussi palhéliijiuiiieiit qu'il le pourrait 1 . »
S que Frédéric se décida à écrire lui* 't'Argeuson, 13 novembre 17*8. (Correspanm. — Ministère «Ici affaire* etringèreg.)
même à Louis XV ne se ressent nullement, il faut en convenir, de cette excessive émotion.
11 eût été impossible, au contraire, de mettre plus de dignité et de convenance dans une démarche dont l'orgueil avait tant à souffrir. Après quelques mots de retour sur le passé et d'explications déjà plusieurs fois données sur les causes qui l'avaient conduit à traiter seul avec l'Angleterre : « Je jouirais encore du bien de la paix, dit le roi, si les intérêts de Votre Majesté ne m'avaient engagé dans la guerre présente. Ses ennemis et les miens, réunis par l'ambition, la haine et la vengeance, conjurent contre moi toutes les puissances de FEuropo, et travaillent avec autant d'acharnement à aliéner mes amis par leurs artifices qu'à séduire mes voisins par leur corruption. Je touche au moment que le prince de Lorraine va tenter une invasion en Silésie pour où je pars incessamment; les Saxons, renforcés d'un détachement fait de l'armée du Rhin, vont m attaquer dans le pays de Magdebourg, tandis que l'impératrice de Russie fait marcher un corps auxiliaire de
12 000 hommes, qui s'approchent actuellement
ÏAHPAQNS HE FHRnERIC EN SAXE. 321
nlières de la Prusse. J'attends de l'amitié et de la bonté de Votre Majesté des conseils dans un cas si épineux, et si Elle pourra se résoudre d'abandonner dans ce danger l'allié qui lui reste en Allemagne. Je ne puis me dispenser de lui dire que le cas est pressant, et que je fais un si grand fonds sur son caractère, son amitié et l'étendue de ses lumières, que je me promets tout de son assistance', h « Je n'attendais rien de cette lettre, écrivait Frédéric dans V Histoire de mon temps, bien des années plus tard ; elle n'était que pour la forme. » Un secours militaire, non, assurément, il ne l'attendait pas; mais un secours pécuniaire, c'est moins sur ; et de toutes les manières de le solliciter sans en convenir ouvertement, la demande d'un conseil était certainement la
tiins compromettante et la plus ingénieuse *. ■;
n-mbre 1745. - Pol. Corr
Frédéric a Louis XV, là
La phrase que je cita ne se trouve pas dans le manuscrit tyBMMVf dt mon tempt, de 1116. Ici, comme au lendemain delà bataille de Foulenoy, la réalité de la situation fiait encore trop preieule n l'esprit des contemporains pour qu'on .pût essayer du la dissimuler.
SI
Tous ces points réglés avec un calme parfait, malgré l'inquiétude générale qui régnait autour de lui, Frédéric se mit en route pour rejoindre la partie de ses troupes qui avait déjà pris ses quartiers d'hiver en Silésie. Il les remit aussitôt sur le pied de campagne et les concentra autour de Liegnitz, sur la frontière même de la Lusace, dans un triangle formé par trois petites rivières : la Neiss, la Queiss et le Bober. Cette opération fut faite sans bruit, toutes les précautions étant soigneusement prises pour éviter de donner de son côté l'éveil à l'ennemi, et de laisser apercevoir que le roi était présent, averti et sur ses gardes. — « Tout ce qui venait delà Lusace, dit-il, dans son Histoire, avait le passage libre; mais il était interdit à tous ceux qui voulaient passe ries rivières pour aller en Saxe, de sorte qu'on se procurait des nouvelles et qu'on empêchait l'ennemi d'en avoir. » Ainsi posté et pour ainsi dire caché, il attendait que le prince de Lorraine eût passé la limite du territoire saxon pour y pénétrer lui-même.
Il lui importait de bien établir qu'il n'entrait chez son voisin que contraint par une