‹ Marie-ThereseChapitre 33 sur 40 · I- HBDER IC · texte numérisé non relu

I- HBDER IC

El I

i était pas Je Versailles qu'il pouvait tleadre la lumière. Les inslruclions de d'Argenson, do plus en plu* obscures et contradictoires, se ressentaient à la fois et du trouble auquel le ministre lui-même était en proie et. des divisions i]ui partageaient le cabinet dont il faisait partie. Là, la confusion était au comble. La reprise imprévue des hostilités par l'Autriche, le revirement qui s'en était suivi dans l'attitude do Frédéric, les instances nouvelles et presque suppliantes do son envoyé, avaient porte - les dissidences intérieures du ministère français au dernier degré de la vivacité et de l'aigreur. Si d'Argenson n'eût suivi que l'impulsion do ses instincts, au moindre signe de repentir venu de Berlin, il eût tendu les bras tout ouverts a l'enfant prodigue. Loin de feriiht l'oreille aux prières de Chambrier, il se laissait presque convaincre par lui que la convention de Hanovre, dictée par les meilleures intentions, n'avait fait que poser des bases très

, 17 et 20 novembre IVi'l. Cnn-rsp* milance de Saxt. Ministère des «il'aircs (lrangùras.1

acceptable» pour une paix européenne. Il en venait à penser que le seul tort de Frédéric était d'avoir manqué de confiance et agi sans le prévenir. — « Pourquoi ne m'avoir rien dit? s'écriait-il ; il savait pourtant bien que je suis Prussien de la tète aux pieds, parce que je suis ban Français. » — Mais ses collègues n'étaient pas si faciles à attendrir ni si prompts à passer l'éponge sur un grief dont au fond ils s'applaudissaient d'être en mesure de profiter. Orry déclarait plus haut que jamais que sa bourse était vide, et qu'il n'en tirerait pas un écu pour venir en aide, non aux embarras supposés du roi de Prusse, mais à son avidité insatiable. Quanta Tencin, les succès inespérés de son royal client écossais l'avaient littéralement enivré. Voyant déjà un prince catholique sur le trône de la Grande-Bretagne, il se souvenait, pour la première fois peut-être de sa vie, qu'il était cardinal, et demandait si c'était le moment de courir après une alliance prolestante qui donnait tant d'embarras et rapportait si peu de profit. Que pourrait-on souhaiter de plus que l'avènement d'un souverain ami à

AMI'AL.VF. HE I ■HftlJÊRIC EN SAXE. 3.10

bonàrefl si uns j>aix glorieuse avec l'Autriche? Le seul argent utilement dépensé était donc celui qui allait servir a assurer le SttCCès s I ■■ - Charles-Edouard par l'envoi d'un corps de débarquement. Mauropas et Nasilles, peut-être moinn animés, taisaient écho dans le même sens. C'était a chaque séance du conseil un de ces déliais si bruyants que (suivant une express-ion de d'Ârgsnson que j'ai déjà rapportée) on n'aurait pas entendu Dieu tonner. Quant au roi, il laissail parler et crier, flottant entre sa déplaisance pour le nouvel Empereur et le ressentiment qu'il éprouvait des procédés blessants et des moqueries de Frédéric. N'availon pas eu BOÎn de lui faire savoir que cet incorrigible railleur plaisantait tout haut de l'empressement que le vainqueur de Fontenoy avait mis à quitter sou armée pour venir porter ses lauriers aux pieds do la marquise de l'ompadoiir 1 ?

i. CbtmMer a Frédéric, I», 26, 20 novembre 1113. Ministre 'les affaires étrangère*.) — Uroyseil, t. Il, p. 615. ii ifgtMOD a Gba vigiiv, 16 novambre «i décembre 1143.

— Cor r tt p ondanct de Bavière. — lliuislêre dus affaires

et en aftnces «mum , 4'Arforcé de se tarimii' m vneux de la ■ugorité, devait se faire l'exécuteur du pieu de conduite f H i> Mil de ct—tettre» bmûs il s'acquittait de celle tâche i^'ato avec une mauvaise gr&ce full ae fwril fies le peine de cacher. On eàt dit, en vérité, qu'il n'épargnait rien pour intimider et décourager ai» propre agent. Avant tout, disaient les instructions ministérielles, il faut être constamment sur vos gardes et bien vous assurer que les avances qu'on vous fait ne couvrent pes un piège pour alarmer l'Angleterre et obtenir d'elle des modifications avantageuses à la convention de Hanovre. En ce cas, ajoutait d'Argenson (faisant reparaître discrètement son idée favorite), il y aurait une manière de se tirer d'affaire sans tout briser : ce serait de proposer la convocation d'un congrès général. A d'autres moments, il semblait prendre plaisir à transmettre les résolutions du conseil sous une forme compliquée qui les rendait à peu près inapplicables, et il faut dire qu'il n'avait pas beaucoup de peine à y réussir, car le concert était loin

CAHPAGKE IJK FHÉDKHir. EN SAXE. 341

l'être parfait, mémo entre les partisans de la négociation autrichienne. D'accord sur le hut, ils différaient sur la voie à suivre pour l'atteindre. Plusieurs se méfiant, non sans raison, du désintéressement et de la loyauté du comte de Brùld, auraient voulu que Vaulgrenant se ménageât, a I'însu du ministre saxon, quelques entretiens directs et en tète â tète avec le plénipotentiaire autrichien. D'aulres, craignant de déplaire à Philippe V et surtout à l'ardente Faruese, désiraient que le comte de Rêne, ministre d'Espagne à Munich, fût admis en tiers dans les pourparlers, sans pourtant qu'il fût trop encouragé a mettre en avant des exigences exagérées. D'Ai'genson faisait passer à Vaulgrenant ces recommandations diverses, sans se mettre en peine de les concilier. — n De la sorte, dit-il dans une note écrite de sa main, il y aura trois négociations : la première \ raie avec l'Autriche en particulier ; la deuxième fausse en participation avec Iîrïihl ; la troisième illusoire et complètement fausse avec liriihl et Béne. Je conviens que ce sera fort difficile; M. de Vaulgrenant s'en tirera comme il pourra;

313 XABlE-TlÉftCSE IMPÉRATRICE.

mais tel est le système do conseil et les embarras oo ceci nous jette : de gros risques pour peu d'espérance. » — Enfin, comme s'il eût juré de faire perdre l'esprit à son correspondant, il ne manquait jamais de lui rappeler, en terminant toutes ses lettres, qu'à aucun prix le roi ne voulait rien faire qui tendit à dépouiller le roi de Prusse d'aucune de ses possessions. « Plus la reine de Hongrie, répé* tait-il, témoigne de vouloir s'attacher, préférablement à toutes choses, à recouvrer une province aussi riche et aussi à sa convenance que la Silésie, plus nous devons avoir à cœur que la Prusse la conserve. »

Cette reprise de la Silésie étant le but unique que poursuivait Marie-Thérèse en se rapprochant de la France, recommander à Yaulirrenant de n'y pas concourir, au moins indirectement, c'était lui enjoindre de conclure un contrat annulé d'avance, comme disent les juristes, pour défaut de cause. Dans ces conditions, il était superflu d'ajouter, comme d'Argenson le fit pourtant une fois en termes exprès, que la négociation élait entreprise plutôt pourri avoir

eh us' de p'

CAMPAGNE DE FRLDKRin ES SAXE. 3l3

à té ri'/'i-n'liur, que dam l'espoir de la conduire à bonne fin. L'aveu élaïl inutile : la chose se comprenait de reste '. »

lommcnl Vaulgrenant s'y serait-il pris pour >er entre tant d'écueils et manager tant e points délicats? C'est ce qu'il esl diflicilc de dire, car le jour où le comte d'Harrach était enfin décidément attendu, 16 H courriers déjà arrivés et ses logements tout préparés, fut celui même ou, la nouvelle de la capitulation de Leipzig parvenant à Dresde, le roi et toute sa famille se décidaient à quitter la ville.

Averti à temps, l'envoyé autrichien rétrograda nalurellement et vint retrouver à Prague le DOrtègû royal. De là, à la vérité, Briihl lit savoir tout de suite à Vaulgrenant qu'il no tenait qu'à lui de profiter aussi du voisinage, et qu'il trouverait à Prague, s'il y venait sans retard, l'envoyé autrichien dans les dispositions

1. D'Ai'iwnjon 4 V;iu prenant, 13 et 20 novembre, ["décembre 174S. \Corruponttanet >/<■ Saxe, — Ministère des affaires el (on gères.) — Il y eut bien, dans le cours de la DiitfoeîalioD, çudquel insinuations faites par l'agent saion pour décider h PnnM à prtter «on concours armé a l'Antricbe contre In Prmse; mais. *ur le refus 1res net de Vaulgrenant, «n n'inslila pas.

les plus conciliantes et même les plus empressées. Mais Vaulgrenant répondit très sensément que, la France étant encore en guerre ouverte avec l'Autriche, la présence de son représentant sur une terre ennemie ferait un éclat qui révélerait le secret de la négociation avant même qu'elle fût entamée. Rien de plus naturel, au contraire, que d'Harrach vint à Dresde s'entendre avec la régence qui gouvernait, au nom du roi, dans un moment où les plus graves intérêts de sa souveraine étaient en jeu sur ce théâtre même. Ce sera- une manière, écrivait Vaulgrenant à d'Argenson, en lui envoyant sa réponse, de voir si on y va de franc jeu avec nous, ou si on veut seulement nous amuser. Il dut bientôt être convaincu que les intentions étaient sérieuses, car d'Harrach, se rendant à son invitation, fit annoncer qu'il allait venir ! .

Mais, pendant que ces correspondances étaient rapidement échangées entre les capi-

1. Hriilil a Vaulgrenant. 7, 8. 10 tt 12 décembre. — Vaulgren.mt a Briïhl, y et il décembre 1745. — ^Correspondance </•; Saxe. — Ministère des affaires étraugères. >

Zi II l'A S NB .

FRÉOKIUC EN

:ti5

Saxo

si rapprochées Bohème, les mauvaises nouvelles se succédaient à Vienne : d'abord la retraite ignominieuse du prince de Lorraine, puis l'entrée vîetorieOM de l'année prussienne en Saxo, enfin la fuite du roi de Pologne, dont l'eiFcl était bien d'éviter de sa part une soumission immédiate, mais qui n'attestait pourtant pas «ne résolution de résistance à toute épreuve. Ces échecs n'ébranlaient pas le courage de l'Impératrice, qui ne perdit pas un instant pour envoyer au prince de Lorraine l'instruction de se mettre immédiatement en marche et de tendre vers Dresde par la voie la plus directe, afin de couvrir a tout prix cette capitale. Elle préparait en mémo temps lous les ordres nécessaires pour faire revenir vers le nord loul ce qui restait de soldats autrichiens stationnant sur le Rhin, dès le lendemain du jour où, la paix avec la Franco étant conclue, aucune précaution ne serait plus à prendre de ce cùlé. Mais ses conseillers étaient plus émus. 'Ju'allait-il arriver, se de niaodaient-ils avec effroi, si on était de nouveau abandonné par

*éi u.T-Tiii-ifi :ï?iïat*i:e.

il Lran*- jnùf oaïrâs* t**j us allié timide —

x ethit m rvifesz t rrarisr* av*c la France

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AltPAfiKE I)F. FIlKtiÉFUC EN SAXE.

ténu moment, h pen do distança è

r,'i-i.ni le prince d'Anlialt qui,

uivant le dan dicté par Frédéric, se présentait (lovant, la capitale de la Saxe pour en enlever de force l'entrée. Il avait tardé un peu plus que sea

instructions le lui prescrivaient, d'abord dans l'espérance que, par suile de la demi-soumia- MûB et de la fuite, du roi de Pologne, les portes

»la villa s'ouvriraient d'elles-mêmes devant ; puis il avait tenu à se rendre maître, a Torgau et h Meiwen, des ponts qui faisaient communiquer les dons rives de l'Elbe, afin

É assurer un passage au gros de l'armée prusenne, qui, n'ayant plus rien à faire en Lusace, •vail tendre à se rapprocher du nouveau théâtre de la guerre. Ce délai, qui lui faisait perdre quelques jours, et que Frédéric blâma iévoremenl, aurait pu sauver la cause des liés; car le généra) saxon Rustowski en avait i pour réunir toutes les troupes rie l'élec- »rat autour de Dresde, et le prince de Lorîine, remis en campagne par les ordres pres-

ii, p, in, m.

sants de Marie-Thérèse, y arrivait lui-même à grandes journées par la route de Leitmeritz et de Freyberg. Le 13 au soir, il y était déjà de sa personne et tenait conseil avec Rustowski sur les moyens de résister à l'attaque qui se préparait. Nul doute que, par une rapide concentration de toutes les forces saxonnes et autrichiennes, la ville, au moins ce jour-là, eût été préservée. Tout manqua encore une fois, faute d'énergie et de concert; mais dans cette occurrence, au moins, l'Autrichien ne fut pas le plus coupable. Le prince de Lorraine était prêt et offrait d'amener tout son monde. Ce fut Rustowski qui se persuada qu'il était en état, avec ses bataillons saxons, d'arrêter, peut-être de repousser, le prince dWnhalt. 11 engagea le prince à ménager ses tivupes, afin de les tenir en réserve pour le cas hvs probable ou le roi de Prusse, dont la marche \ers Dresde était déjà annoncée, viendrait en aide à son lieutenant intimidé ou Nainou.

Ce n'était pas là, nous apprend Frédéric dans sou IIi<(virt\ le seul motif qui décidait le gêné-

CAMl'A&KE HE FBÈDÉB1C BS saxe. 349

rai saxon à refuser uii secours dont pouvait dépendre le sort de la journée. La vérité est qu'il croyait avoir fait choix, pour attendre les Prussiens, d'une position qu'il regardait comme inexpugnable, cl qu'il voulait garder pour luimi'ino tout l'honneur du plan qu'il avait formé. L'idée dont il tenait ainsi a se réserver le mérite n'était autre chose, nous dit encore Frédéric, que la reproduction a peu près exacte des dispositions prises par le maréchal de Saxe a Fontenoy. Il avait remarqué une certaine ressemblance entre la plaine qui s'étend de Dresde au petit village de Kesselsdorf (et que d'Anhalt devait traverser) et celle qui longeait l'Escaut devant Touruay. Là régnait aussi un ravin profiiiul, pareil à celui qui, placé sous le feu du bois de Ilarry, avait joué un si grand rôle dans h jnurnée du 11 mai. C'était eu profilant de celle fortification naturelle et en la complétant par des retranchements garnis d'artillerie que rUislowski, a l'exemple de Maurice, croyait

Iuvoir attendre en sûreté l'attaque de l'ennemi. Mais deux situations peuvent être analogues

prise par Rustowski était plus forte peut-être sur sa droite que celle de Fontenoy, puisque le ravin, dont le fond était hérissé de rochers et de grands arbres, aboutissait à l'Elbe, et que, de ce côté, le passage était entièrement fermé. En revanche, sur la gauche, le village de Kesselsdorf, restait absolument découvert, et ce fut de ce côté que le prince d'Anhalt, jugeant tout de suite où était le point faible, porta toute la vigueur de son attaque. Telle était pourtant l'excellence du modèle suivi par Rustowski que, malgré cette imperfection, la copie, pendant les premières heures, se comporta comme l'original. Deux tentatives des Prussiens, dirigées contre le village de Kesselsdorf, furent repoussées successivement, comme l'avaient été à Fontenoy celles de Cumberland, par le feu très bien nourri des batteries saxonnes. "D'A nh ait songeait déjà h la retraite, quand les Saxons, exaltés par leur succès et voulant y mettre le comble, firent la faute capitale de sortir de leurs retranchements pour suivre l'ennemi qui s'éloignait. Par suite de cette fausse manœuvre, ils se trouvèrent placés eux-mêmes devant leurs

AJIl'AfJSE HE FflÉDÉRIC EN SAXE. If.'il

Lillenes qui durent cesser de tirer; d'Anhalt, qui vit l'imprudence, se retourna vivement pour fondre, avec sa- cavalerie, sur les bataillons qui s'étaient ainsi avaulurés et, les contraignant à reculer a leur tour, pénétra à leur suite dans le village et 90 trouva ainsi avoir pris a revers toute la ligne des retranchements.

Tout n'était pas dit pourtant, car les Prussieni allaient, £1 L'autre extrémité de la même tigUS, commettre un écart de conduite analogue; le jeune prince .Maurice d'Auhull, second fils du général, placé, avec la gaucho de l'année prussii'inn'. en face du sommet du ravin, voulant avoir sa part de la victoire du jour, se mit. sans en avoir reçu l'ordre, en léte d'emporter sur ce point le passage de haute lutte, malgré lai difficultés du terrain. Les hommes éprouvent la plus grande peine à gravir les rochers Couverte de neige et de glace, et n'auraient pu -y maintenir si les Saxons eussent fait le moindre mouvement pour los en déloger. Rien n'eût été plus aisé que de les précipiter dans la fondrière, et si, a ce moment d'incertitude, le juiiice de Lorraine, qui s'était retiré a peu de

dislance en arrière du champ de bataille, eut élé appelé ou fut accouru d'instinct au bruit du canon qu'il devait entendre, la fortune pouvait encore changer d'aspect. Mais, ou le prince ne s'informa de rien, ou on ne lui fit rien savoir, et il resta immobile toute la journée pendant que ses alliés périssaient. Personne ne venant en aide ni aux soldais découragés, ni au chef décontenancé, la déroute devint complète :

armée et général, dit Frédéric, rentrèrent à Dresde en pleine course. Le conseil de régence se réunit à l'instant, et nulle défense n'étant plus possible, le commandant de la garnison dut aller porter au général prussien la soumission de la ville.

La nuit cependant élait venue, nuit d'alarmes et d'angoisses dont l'ombre et le trouble dérobèrent aux regards l'arrivée silencieuse du comte d'IIarrach. Ce fut en traversant des rues encombrées de blessés et de fuyards que le plénipotentiaire autrichien se rendit, sans être reconnu, chez le ministre de France. Le lieu, l'heure, la gravité des circonstances, tout rendait étrangement solennel cette entrevue mys-

CAMPAGNE DE FHEbéniC EN

térienwBui pouvait changer lu face de l'Europe, et dont le sécréta été religieusement gardé jusqu'à nos jours pour la postérité.

L'entretien s'engagea immédiatementsur les conditions de la paix, mais tout do suite la différence <lc l'altitude des deux négociateurs, telle que la révèle le Ion de leurs dépêches, fut liés significative. D'IIarrach était pressant, ardent, animé du feu de toutes les passions de sa souveraine et de ses ressentiments personnels. Il parlait haut et ferme sans crainte de s'avancer ni do se découvrir. Il ne dissimulait pas d'ailleurs que c'était à prendre ou a laisser, el que, si la France ne se décidait pas, l'Autriche, abandonnée de Ions ses alliés, serait contrainte de céder h la Prusse. En face du lui, Vaulgreuant, réservé, inquiet, regardant à toutes ses paroles, semblait n'avoir d'autre souci que de nu pas dépasser d'une ligne ni d'un mot la lettre de ses instructions, pour n'encourir, en aucun cas, de l'autorité indécise cl partagée dont il dépendait, ni désaveu, ni reproche. La France reproduisait les mêmes exigences qu'à Franctort, mais .M a rie -Thérèse s'était beaucoup relâ-

chéc de la rigueur de ses premiers refus. En Flandre, elle cédait Ypres, Furne et Beaumont, ne résistait plus que pour garder Tournay et Nieuport. En Italie, elle accordait à l'infant d'Espagne Parme, Plaisance, Pavie même au besoin; mais d'Alexandrie et de Tortone, possessions du roi de Sardaigne, que réclamait également la France en faveur de son client espagnol, elle ne voulait pas qu'il fût question. C'étaient des possessions héréditaires de son allié : elle ne croyait pas pouvoir en disposer Aussi, dans le cours de la conversation, fut-il évident (Vaulgrenant en convient) que l'ultimatum était moins net, moins positif en ce qui touchait la Flandre qu'en ce qui regardait l'Italie. Vaulgrenant, au contraire, fut intraitable sur le moindre comme sur le plus important des articles. Il était autorisé sur certains points à faire de légères concessions : il ne les proposa pas et ne les laissa, il le dit lui-même, entrevoir que faiblement. A l'aube du jour, on se sépara sans avoir pu rieji conclure 1 .

1. Vaulgrenant à d'Argcnson, i t» décembre 17 P». ''Vrespundanec de Scue. — Ministère des affaires ctraDj(creS' <l

. tout t

nble la surprise et lo

i de le constater, la France pouvait, ce là, aasorer « U fois l'extension et la sécurité de sa frontière; non seulement cet avantage lui était offert, mais on lui tenait en quelque sorte la main pour la forcer d'y souscrire. Elle renonça (non sans quelque effort pour so dérober à ces instances) au prix st noblement acheté par les victoires de .Maurice de Saxe, uniquement afin do réserver à un infant d'Espagne la chance plus que douteuse d'acquérir la possession de deux citadelles qui n'avaient jamais relevé de la couronne des rois catholiques et qui, en définitive, ne devaient jamais lui revenir. Le fait, en lui-môme assez étrange , parait encore pins incroyable quand on songe que le ministre qui imposait celle abnégation à son envoyé, non seulement ne professait aucune prédilection pour l'alliance espaguole, mais se plaignait hautement, dans toutes ses dépêches, du joug que faisaient peser sur la France les obligations contractées envers le couple royal qui trônait à Madrid. N'allait-on pas le voir, quelques jours après, lui-même

356 ftAftlfc-TBÉRÈSl IMPÉRATRICE.

(j'aurai peut-être à le raconter) offrir au roi de Sardaigne des conditions de paix qui devaient exciter, nonsenlement le déplaisir, mais le courroux, presque la fureur d'Elisabeth Farnèsè? Ce n'était donc pas l'Espagne, mais bien la Prusse, qui tenait au cœur du ministre français. Si ses instructions commandaient de briser, sur un si faible prétexte, un simulacre de négociation qu'il n'avait jamais voulu prendre au sérieux, ce n'était pas même pour ménager les espérances chimériques d'un petit-fils de Louis XIV et du gendre de Louis XV ; mais c'était le conquérant de la Silésie qu'il ne voulait pas laisser troubler dans la jouissance de sa possession. Comment alors ne pas s'affliger en pensant que l'occasion manquée ne devait pas se retrouver, et que, trois ans plus tard, après une nouvelle série de luttes et de triomphes, la France, lassée de vaincre , devait accepter, presque avec reconnaissance, une paix qui, restituant l'intégrité des Pays-Bas à l'héritière de Charles-Quint, n'accrut pas d'une ligne le sol français?

Vaulgrenant sortait cependant la conscience

AMPAGNE BE FHÉnÙRIC EN SAXE. 387

tranquille, presque soulagée, de la conférence, car, en rendant compte dit résultat, il se montrait hïen plus satisfait de n'avoir rien compromis que contrarié de n'avoir rien obtenu : — k Je me suis tenu ferme, disait-il, sur mes propositions ; j'ai parlé avec simplicité, sans marquer ni trop de désir ni trop d'éloignemeut, et, parla façon donl .je me suis expliqué, je crois n'avoir rien dit ni de trop ni de trop peu. » — Tout autre était le langage du comte d'Harrach,

Stable cri d'impatience et do désespoir : — Vous verrez, écrivait-il, par ma relation ci-

■inte, que je n'ai pu faire que de l'eau claire

vec Yaulgrenanl, avec lequel j'aurais mieux finir en lui accordant lonl ce qu'il a de-

iandéquede signer la paix de lireslau, auquel j'aurais proposé pour fonds toutes les

genteries des églises, la vaisselle et diamants

'. la noblesse, qui les aurait donnés volontiers contre le roi de Prusse. Je voudrais m'arracher les yeux de me voir à la veille d'ôlro celui qui devra forger moi-même les chaînes l'esclavage perpétuel de notre auguste

mpéralrice et de toute sa postérité, h

Pois, profitant de ce que sa présence à Dresde n'était pas connue pour ne prendre encore aucun parti décisif, il se retirait h Pirna, dans le camp du prince de Lorraine ; et de là, entouré d'une année qui frémissait en se voyant contrainte de céder sans avoir même combattu, et d'accord avec le général qui sentait, bien que trop tard, toute l'humiliation de son attitude, il envoyait à Vienne de nouveaux plans de campagne, engageant l'Impératrice à tenir ferme, dans l'espoir qu'on pourrait faire patienter aussi le roi de Pologne jusqu'à l'arrivée des Russes, et fairo encore « tourner la tète au Tamerlan que nous avons à combattre *».

Mais rien ne peut arrêter le cours une fois précipité des événements, surtout quand une main habile ne les laisse pas dévier du sens où les aune fois portés la fortune Dès le 18, Frédéric, déjà en marche le jour du combat, arrivait devant Dresde pour y recueillir les fruits d'une victoire qui était son œuvre au moins

\. Vaulgrenant à d'Argenson, dépfiche citée. — D'Arneth, t. 111, p. 443, 444.

I IKPA&m DS r BÉBÉ RI C EN saxe. 350 autant que celle du général qui avait livré la bataille. Il y était attendu par dos populations tremblantes, qui ne savaient quel sort leur réservait un vainqueur dont l'humeur intraitable était redoutée moine de ses propres serviteurs, et dont le portrait leur avait été tracé sous les couleurs les plus noires. Il parut tout de suite n'avoir d'autre souci que de les rassurer. Le roi de Pologne, ne pouvant se faire suivre de foule sa famille, avait laissé à Dresde ses plus jeunes enfants. La première visite do

Frédéric fut pour eux, et, en les comblant d'amitiés et de caresses, il exprima, avec une

sensibilité assez bien jouée pour sembler sincère, Le regret qu'Auguste cl la reine eussent paru craindre, en fuyant devant lui, d'être inquiétés dans leurs personnes. Par son ordre, la discipline la plus sévère fut imposée aux troupes d'occupation, afin de ne donner lieu à aucune plainte d'exaction et do violence. Etalant la confiance pour mieux l'inspirer, il se montra a plusieurs reprises sur la promenade sans gardes et sans suite. L'opéra, très bien pourvu, par Auguste, de chanteuses el d'artistes

italiens, était le divertissement favori de la ville, et la pièce en cours de représentation se trouvait être un drame lyrique dont le héros était Ârminius, le défenseur de l'indépendance germanique ; on l'avait composé tout exprès en l'honneur d'Auguste et de Marie-Thérèse et pour célébrer leur union contre l'invasion française. Non seulement Frédéric ne demanda pas qu'on fermât le théâtre, ou qu'on changeât de sujet, mais il commanda une solennité de gala pour s'y faire voir, et laissa chanter, sans paraître s'en émouvoir, des couplets dirigés contre les traîtres à la patrie et les amis de l'étranger. Sur sa demande, la princesse Lubomirska, chez qui il était logé, convia à plusieurs réceptions brillantes les seigneurs, les dames de distinction, les lettrés, les artistes; il prit plaisir à les éblouir parla variété de ses connaissances et toutes les grâces d'une conversation piquante. Il rappelait aimablement qu'il était venu à Dresde dix-sept ans auparavant, amené, encore tout jeune, par son père, auprès du vieil Auguste, et faisait à ceux qui lui avaient été alors présentés la politesse de les reconnaître.

CÀMCAGNE

km;!iu: e.\ saxh.

belle comtesse Fleming, la reine de ]a beauté et de l'élégance, il demandait si elle se souvenait que, encore enfants l'un et l'autre, ils avaient fait des parties de musique, et qu'elle lui avait fait don de sa première flûte. On sortait enchanté de ces entreliens : les dames surtout étaient ravies. — <■ Attendait-on, disaientelles, ce terrible Mars sous les traits de cet aimable Apollon? » — Dans une seule circonstance, Frédéric ne put retenir sa langue ni mettre un frein a la causticité habituelle de son humeur. Ce fut dans une visite qu'il lit à la somptueuse demeure du comte de lïriihl. On l'introduisit dans un cabinet où était renfermé un assortiment complet de chevelures postiches: — « Que de perruques, dit-il, pour un homme sans tète! » — Mais le comte de Briïhl comptait beaucoup d'ennemis à Dresde, qui ne furent pas fâchés de se divertir a ses dépens. Enfin, le comble fut mis à la joyeuse surprise du public quand on vit le roi, il la léle de ses généraux, célébrer un TV Deum dans la cathédrale, en actions de grâces de sa victoire, et édifier l'assistance par la convenance de son attitude. —

362 MARlE-TnÉRÈSB IMPÉRATRICE.

* On ne s'attendait à rien de pareil, nous dit Droysen, d un prince à qui on avait déjà fait une réputation d'irréligion. » — A partir de ce moment, il fut convenu que c'étaient les intrigues du jésuite, confesseur du roi de Pologne, qui avaient répandu des calomnies sans fondement contre un des vrais soutiens de la religion protestante.

Les conditions de la paix imposées au roi de Pologne se ressentirent du désir qu'éprouvait son vainqueur de reconquérir la faveur populaire de l'Allemagne. Malgré les conseils de plusieurs de ses ministres et des généraux qui auraient voulu qu'on tirât meilleur parti de la \iototre. rion no fut changé aux termes de la o ".iwntion de Hanovre, sauf l'addition de 1 million d'ecus de contributions de guerre. Auguste notait plus ni en mesure ni en humeur de iy fuser le salut et le trône offerts h si boa courte. Son consentement ne se fit pas

Restait à savoir quel parti l'Autriche allai!

• Krvi/r.o, !; *: - '••-' * l n ''"' ;: 7 K « ch.ip. \ix. — Droysen. I U. - ?ô» ,: *w.v. — Car!} le, t. IV. p 220 et suiv.

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