‹ Marie-ThereseChapitre 34 sur 40 · CAMPAGNE DE FRBDÉH1C EN SAXE · texte numérisé non relu

CAMPAGNE DE FRBDÉH1C EN SAXE

prendre, et si, maîtresse encore d'une armée qui n'avait pas été mise à l'épreuve, elle imiterait, sans plus de résistance, la soumission de ion allié. Plusieurs jours se passèrent dans l'incertitude à cet égard, d'Harrach restant à Pirna. dans l'espoir de recevoir de nouveaux ordres, sans so décider a faire usage et sans même parler à personne des pouvoirs qu'il avait en main. Mais Frédéric ne parut mettre aucun empressement à s'enquérir d'un résultat qu'il regardait désormais comme inévitable. Il laissa même voir qu'il préférait conclure avec le roi de Pologne un acto séparé, pensant bien que, quand on serait décidément convaincu h Vienne qu'on n'avait plus à compter sur aucun auxiliaire, force serait de s'exécuter. Il ne so trompait pas : à l'annonce de la soumission d'Auguste, puis de l'échec de la négociation française, un douloureux conseil fut tenu devant Maric-Tliere.se, Comment résister, quand on n'avait plus h attendre aucun secours d'aucun CÔU de l'horizon, ni do l'Angleterre irritée, ni de 11 Saxe écrasée, ni de la France insensible aux offres qui auraient dû la séduire? Comment

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engager le combat, surtout avec un général aussi malheureux (pour ne rien dire de plus) que Charles de Lorraine, sur un territoire où Frédéric régnait et parlait désormais en maître! au milieu de populations empressées de se jeter dans ses bras? Le cas d'extrémité prévu était arrivé, et Tordre fut envoyé h d'Harrach de céder à la nécessité; mais l'Impératrice ne voulut pas Técrire elle-même; ce fut Bartenstein qui le rédigea dans des termes laconiques où le regret était aussi visible que le dépit. Puis, le courrier était à peine parti qu'un autre était expédié à sa suite. La princesse, craignant que, dans un accès de découragement, son envoyé ne dépassât ses instructions, lui rappelait que les stipulations de la convention de Hanovre étaient l'extrême limite de ses concessions, et que, si on lui demandait d'y ajouter même une ligne, il devait rompre à l'instant l'entretien et ordonner la reprise des hostilités ; alors, faisant revenir Vaulgrenant sur-le-champ, il devrait en passer sans discussion par toutes les exigences de la France. D'Harrach, très contrarié du premier ordre, un peu consolé par le se-

AMPAUNi; DE FRÉDÉRIC EN SA

cond, se rendît enfin à Dresde, le 22 décembre, espérant au fond de l'âme que le vainitieur, exiilli'- par son succès, se laisserait aller rmer quelque prétention nouvelle, ce qui letlrail de tout remettre en question.

Mais ce fut uti plaisir que Frédéric n'eut gwde de lui faire; au contraire, dès que l'envoyé autrichien fu! annoncé, il se vit accueilli i bna ouverts; elle point principal, l'abandon de la Silésie, une fois concédé, tout ce qu'il demander, — reconnaissance immédiate de nçois I er comme Empereur, — garantie réciproque des Etals allemands des deux couronnes, maintien de toutes les limites posées par le .îté de Breslau : Frédéric accorda tout, allant e au-devant avec une grâce protectrice et coquetterie ironique. IVIIairach, sentant la malice (d'autant plus qu'il était, ace qu'il parait, grand railleur lui-même de son naturel), ne pouvait cacher son dépït d'èlre si Lieu reçu: — n J'ai passé une heure et demie, écrivait-il, BT60 te roi de Prusse dans son cabinet; il m'a isque toujours adressé la parole, et, comme tt un esprit caustique, j'ai eu toutes les

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■ du monde à retenir le péché originel dans mes répliques. Peste soit de toutes les négociations! Celle que j'avais le plus a cœur n'a eu auoun succès... celle que je déteste avance avec un succès incroyable I » — Et, en sortant de l'audience, il montrait aux amis que l'Autriche avait encore à Dresde (il) étaient nombreux) les termes qui lui étaient proposés; il leur demandait si on pouvait s'expliquer qu'Us ne fussent pas plus Béyères, et si tant de modération ne cachait pas quelque piège'.

Le 23, au matin, cependant, tout était réglé, et l'acte définitif allait être rédigé dans la journée, quand on vint annoncer à Frédéric l'arrivée d'un messager de l'ambassade de France à Berlin, porteur d'une lettre de Louis XV. La communication ne pouvait arriver plus à point pour compléter son triomphe.

Ce n'était pas l'ambassadeur lui-même qui apportait la missive royale, comme il semble

1. D'Amolli, t. Il, p. 156-166, 441-445. — Valori, Slémoirrt, t. I", p. 255-250.

A G NE DE FHÉTjÊIUC

que c'eût été le devoir de son poste: Valori confesse dans ses Mémoires qu'il n'avait pas osé M risquer h. mêler sa personne, si récemment maltraitée, au chœur d'ovations enthousiastes qui devait entourer lo vainqueur. Il venait, en effet, d'avoir un avant-goût des rebuts qu'il aurait eu a souffrir dans une compagnie où il n'était pas appelé. Ktant venu a la cour pour apporter comme tout le monde ses félicitations, il y avait rencontré l'aide de camp que Frédéric envoyait aux deux reines, sa femme et sa mère, pour leur annoncer la nouvelle de l'heureuse issue de la crise. L'officier l'aborda et le prit à partie pour lui dire à haute vois: h Le roi me charge, monsieur, de vous EUH savoir qu'il sait triompher de ses ennemis san9 le secours de ses alliés. »

« L'apostrophe, dit Valori, m'embarrassa un peu; » on le conçoit sans peine. Dès lors, pourquoi aller chercher il Dresde de nouvelles avanies? 11 y tomberait au milieu de conférences ouvertes entre la Saxe, l'Angleterre cl l'Autriche, où on ne lui ferait sûrement pas la grâce de l'admettre, et où, tout le monde ayant

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