CHAPITRE XUl
Le (JeiixicMuc joui' (|Ui biiivil cet ciitiflirM, il ftil |jeriiiis au rc*lii;it'ux do i('unii le :> dt-ux elles NDiu's au saci liicr. Iaui jcuc tic se revoir se nianilesla d'ahoiil pai- de doucis |)aluU*^; nulle jilainle n'y mêla son aineiluine. Bien soiivenl ils se ct»nlondireiil dans un nom expressif, e\'lai( Uni liiaiiK re de se du à (|Utl poini ils s aiinaieut .
— Me pardonnez-vous? leui- demanda le dominicain en un de ces moments où tous deux se reposaient dans un délicat oubli d'eux-mêmes.
Ils échangèrent un regard, et se plaçant devant lui :
— Bénissez vos enfants.
Il le fit avec des larmes.
— Àrabella, reprit-il d'une voix profonde, comprenez ma surveillance dans le passé, mes angoisses et mon chagrin. Héléna Derby était ma sœur.
— Vous, le frère de ma mère! prononça Ârabella toute saisie. Vous Owen !
— Owen, répéta le religieux; oui, c'étaitmon nom de jeunesse; et tu dis ce nom avec la VOIX d'Héléna. Mon Dieu! mon Dieu! que le
}):issé rsl loil ! Te pai hiil-cll soiiVi-iU de moi * - .Soiivcnl , mon jumc.
— 'IV tlisuit-eIK* louli* l'îilVcolioii (|n ()\N('n iiv:nt pom* flic' IC disail-rllc (liiMweii se iiuMlail Ions l«'s soirs a i;f*nou\ dc'afH son polil lil, cl (jn'il IVndoiMKHt avec des clianis d(" la France <*! dn pays de Galles .' Te disailelle (jn il la prclrrail, alois mt-me (jn'cllc n'élail (ju'nne «nraiil, à loni ce (|n'il connaissait dans la vie de cliariiianl el de bean '
— Klle me le disait, ic''[)ondit Viahella. elle médisait hicn (Tanlres choses anssi. NOiis l'ave/ vne la veille de son deiiiieM- joni- *
-()ni , j'allai Ini tlonnei- le baiser de paix. Les moments cpie nons passâmes msemble fnient liistes et doux, (lonune en cette circonslance, je ne [Uis ("lie cpiun Immnir . j'oubliai mes oblii^alions de pn'-tie. I.branlc pai i<s ^«»ii\<nii^ ()\N(ii n^l.i un nutmin»
la lète baissée et les yeux sans expression. Revenant à eux. il soupira : — Quelle mort vous attend! Mon cœur est désolé.
Walter ne [UJt retenii* un gémissement en regardant \rai:ella. Klle lui tendit la main avec une expression angélitpae.
— Je ne vonsdemanderai pas, lui dit-il en retenant cette main d'un aii' à la fois respectueux et tendre, si vous voyez en moi un ami ou un meurtrier; je sais tout ce que ce doute auiait d'injurieux poui- votre noble caractère: mais moi aussi je ne puis me défendie d'une lionible douleur, quand je pense à la manière dont vous devez quitter la vie. Ces yeux si doux et si profonds, cette bouche d'où sont sortis tant de paroles généreuses, ce cœur si plein d'affection et de sentimenls élevés, ce corps délicat et si beau, tout ce (pie j'ai aimé en vous, .\ral)ella. va
suiilliii r[ iiiuuiii {|«\aiU mol î ÏA jt- lai voulu , cl (Tuii mol l'auiais [m ndus sau\ n î mais t.p mol riail If nnîiMtn^r, i! nous nil avilis loiis deux, l.ai^si'/.-moi m.u^ plcuirr a f^enoux! Si jt* n (-coulaii» (|ur ma miscic j au rais des cris.
Elle pressa coulic sou (dui \v Iroul j>ir)-> terué du jeune liommc .Sa jjoihinc aussi a\ail d(s sanj^lols. Le relevani plus lanl aseï un doux t'Iloi l :
— Pouiquui donc iu>u^ allliizer ainsi ' Ne df'von^-iious pas mourir ensemble ?
Oui , mais de (pieile moil ' Wallei, lui oil-elle a\ee un r(iîaide\ pressil, nr m ôt( zpasmiwu ourafie, cen'tNl j)as sans liasail (pie je me le suis doîm»-. Klle se loiniia\eis k' relii;i(.u\ : Il \ a lonulemps (pie (e eomplais peu sui la duK-e àv ma Mr. Les \iol( ncfN «pj Mn exerçait , mon dédain ii»
lime pour !a mobilité des croyances successivement imposées et pour la Facilité avec laquelle les acceptaient tant d'ames communes ou lâches , la religion exaltée et profonde que m'inspiraient les martyrs, me faisaient une loi de ne pas céder à l'entraînement général. Je me disais qu'il viendrait peut-être un jour où , comme tant d'autres , je serais appelée à confesser ma foi , et j'habituais mon ame au courage sanglant.^ et mes yeux s'ouvraient aux plus affreuses réalités. Deux fois j'ai vu mourir un homme, chaque fois ça été volontairement. Quand Thomas Crammer est monté sur le bûcher , mon regard l'y a suivi , et je l'aimais presque à l'égal d'un père. On devient fort à de telles épreuves. Des pleurs coulaient sur les joues pâles d'Ârabella. — Pourtant, reprit-elle, rien dans ma vie ne m'avait liabiluée à ces curio-
siu's. (hi \ a-l-il tic roiminm tnli» leurs lèU'> lihltnist's L*l la î>uliUuit' cl le cal m* .Itb iiioiUaunes ' Son Nisaii*' *'** •«miiia nci^ \> jeimc liomiiic,
— iN am itz-\()Us pas aiiiK a les usoii . \\ aller.' l.e pnnleiiips esl revenu, eilts (leiirissenl luainleuanl . elles sctnl belles el sua>es coinuK au |()Ui ou nous elious lu uren\. Dans I (^leniite (|Ui n(>us aliène! , li n y a pas de bruyères, de lacs, d'oiseaux sau\at;es, rien du pavs. Ce nialin je re^reHais loul cela a la vue d'une i^irolhe (jui einbauiiuul une élevasse de ma inuiaille. Hier, vous rnauiiez vue une rose de buisson dans ujes cheseuv. La lenuiie du ^eolitr m en as ai. appoiU quelques-unes. Ou se sépare dillic ileinenl des choses avec lesi|uelli's on a vécu, (iesl niexpriuiable connue ou henl a la lerre pai une loule de sytupallues. ^'adIni^e/-vuuspas,
mon père, ajouta la jeune Hlie avec une douce ironie, que je m'allache à ces puérililésaulieu de m'occuperdu jugement de mon créateur? Ce ju2:ement est pourtant bien proclie. Moîi Dieu, dit-elle, en joignani les mains, ne compté-je point trop sur votre miséricorde !
— Ce doute, dit Walter, offenserait sa bonté, sachons mourir avec confiance.
— Je le veux bien ainsi , répondit-elle, lin souvenir la posséda soudain. — Walter, regardez bien celte cellule , regardez-la avec respect; une des plus nobles victimes de Henri Vllï y a vécu ses derniers jours. Elle prit le jeune homme par la main et le conduisit vers le mur faisant face à la fenêtre , et sur lequel se trouvaient des figures capricieusement dessinées, des pensées tristes et pieuses ou nées du désespoir. —
Noyez, dil-rllc en \u\ niontianf f|u<l(jups lignes, c'est la i,Maiult' riiaflvic (j'ji les a écrites : lisez son nom.
Uallci lut le nom (\\4nna .Uhen 'i), et son front s'inclina sons une impiession d'cnlliousiasme e» de tei\eni-. Arabella lui l(»nl haut à son tour ces litrues ou une ame forte et m dépendante avait dépose sa conviction dernière :
• La duiée de ma vie a été courte. |c ♦< vous en ^loriiie, mon Dieu, piiis(jue je <( meur> poui- la vérité et dans toute la force «( de la pensée et du cœui-. Ma vieillisse au- « rait |,u être désli('rilée de tous les dons île « votre amour : lcoura*;;e, la justice et la
1 iVoiioiut/ Anna Asktou , rt \o\vi (inns mon li\rr Comment loul fintt. la nouNolU* tjui a jMHir lilif : Lti )oi§i de Htnr, Vlll
a bonté; vous m'épargnez celte dégradation ^ « je n'ai pas assez de voix pour vous exalter (( et \ous bénir. Demain, Anna Âskew vous <( connaîtra, demain sera le jour subiime. « Adieu, ferre! adieu, hommes, mes frèros î
je
Anna Askew s'étrfit arrêtée là et pour toujours La voix émue de ia jeune fille, la conformité de sa destinée avec celle de la martyre, sa jeunesse, sa grâce, sa fermeté mélancolique, (oui ajoutait à la profondeur de ces paroles .
— C'est grand , dit-elle. Quand je découvris ce nom d'Anna Askew, je m'inclinai comme vous, Walter; je lus, je méditai la conviction généreuse laissée par une femme de cœur à d'autres malheureux. Sa main , brisée par la torture, a trahi sa volonté d'aller plus loin. Regardez comme les derniers
mois souf vacillaiilN ri iiiloi riirb , |jiiiî» rll^ a cessé d'écrire. Anna Askcw, ils ont hirn pu vaincre Ion corps , mais Ion anio onI reslér» libre et plus forle (jue leur barbarie. Comprendriez-vons la faiblesse, Wahei, en hcr de ce témoignage de puissance-^ Ne déciareriez-vous pas lâche la ciéaluie rpii se laisserait dotuinei" iri par d« s Uireurs avili* santés!^
Cela dit, Aral)ella baisa pieusement ces lignes empreintes par la mort diin caractère splendide et sacré; puis elle ramena Waller auprès du religieux. I.e jeune homme désira savoir ce qu'elle faisait de ses heures de solitude.
— Je pense a Dieu , a ma mère , a noiKe ami, a vous, Walter. Si Tattendrissement me gagne trop, je prends lEvangrlr ou V fmitat%r\n, T. n. 2J
et cette lecture me console et me forlifie. V Imitation est un livre que la terre aurait dû recevoir à genoux. Pas une ligne qui ne parle au cœur, qui ne semble inspirée par une sagesse attentive à prévenir tous les besoins, à relever des défaillances, à soulager du mal de la vie. « Laissez-là tout ce qui passe, ne « chercbez que ce qui est éternel. » Gomme c'est beau !
La jeune fille se soutint à cette élévation. Sa fermeté et sa grâce exquises ne devaient plus l'abandonner.
Ils étaient encore réunis le surlendemain, quand Berckley entra,
— Eh bien, dit-il à Walter avec sa pétulance acoutumée , tu t'obstines donc à mourir.
— Il le faut.
— Je n'ai pas ta résignation; et , puisque
les moyens aimables ne peuvent l'a{çréer,nous emploierons les moyens violents. La reine consent à te Noir eneoic une lois, miss Hcyd noi- assistera aussi à celle tiernière enlrevue. Cecjuetii lui diras, m'imporlcpeu; je ne mm inquiète aucunemenl. Loue, injiuie, lais tout selon ton i)on [)laisir.Ce (|ui m im|)orle, c'esl que, m loi, ni miss Heydnor, vous ne rentriez dans voire piison. J ai des hommes de résolulion tout prêts a vous enlever el à vous conduire en lieu sur. Là, des chevaux prompts comme le venl nous eniporteroul vers la mer, d'oh nous passerons en France. A moins que je ne sois lue, la chose doit réussir.
— Je le rejnercie, dil Waller , mais je n'accepte pas.
Berckley enfonça son chapeau sur !:• uir el se croisa les hiaji.
— lu es loji on lu veux iwi- de moi
— Ni Tun ni l'autre, Oswald.
— Explique-moi donc ton refus.
— Je ne veux pas qu'on soupçonne mon courage; je ne veux pas qu'on dise : Il a fui parce que le cœur lui a manqué.
— C'est de l'orgueil. Et l'orgueil est un misérable motif.
— Si je fuyais, Berckley , une foule de réformés auraient peur et ils s'empresseraient de redevenir catholiques.
- — Tu ne le deviendrais pas, toi.
— Mais je serais coupable de leur honte . Ce serait à moi qu'ils devraient d'abandonner le culte ou la recherche des idées vraies.
— Tu as des scrupules qui passent toute croyance. Dis-moi , t'imagines-tu que les flammes se feront courtoises pour t'accueillir?
— Je sais que ma chair souffrira.
— Mon fiJs, dit le religieux, ma naissance
tt mes incliiialiDiis devaient faire de moi un homme de i;uerre , je me lis rnoiiie pour préserver ma s(eur des tristesses du eloitre. IN'avant rieu laissé pénéiici de moii sacrifiée, je dévorai bien des affronts. ( )n me dit »jiie je ci-ai«;nais la falii^ue, (jue j'avais peur «le voir couler mon saui;, (pTun visage (riioinme me ferait pâlir; on me dit (jue j'étais un lâche... Je supj)ortais tout; tout, jusrpi'a l'Iiumiliation de cœur de celle pour le l)()nlieur de laquelle j'immolais ma gloire d'homme el ma vie espérée.
— Ma mère n'a-t-elle jamais rien su de votie désoueiuent :^ demanda .\ral)ella.
— Jamais, c'eût été poui- elle une douleur inulile.
- Sa fille le sait, el qu'elle sous aime I
— Nous fûtes admnahic, mon peie. dit Waller ;i son lour. Mais votre exemple n en-
traînait au mai aucun de vos semblables. G'ëélait un acte qui restait ignoré dans votre vie. ÎNuUe pei'sonnalité ne Tentacbail d'ailleurs. Il n'en serait pas de même de ce que me demande cet imprudent ami. N'en parlons plus, Berckley, j'aurais aimé à vivre pour des êtres grands de cœur, comme vous l'êtes tous ici; la violence du temps ne le veut pas.
— Je te sauverai malgré toi. On te liera s'il le faut,
— Et moi, je ne recouvrerai ma liberté que pour venir mourir à Smilbfred?
Bercklev s'épuisa en raisonnements pris dans son envie ardente de sauver Walter et dans son indifféience pour tout culte. Walter resta inflexible. Seulement, une fois, il cbangea de visage quand Berckley dans son emportement d'affliclion, lui dit : — Tu n'es qu'un superbe, tu n'aimes pas cette jeune
(illf (jui [v dorme sa vit-, lu lui |)it*feres les salisfactions (l'oi'j^ucil. \ peine ces cruelles paroles eurciU-elles élé dites (pr.Xrabella saisit la inaui deWalter, et (|u\ni rej^ard de con fiatice déinenlit le fougueux jeune Iminine.
Quand le doinniicain reparut devant Mary Tudor, il avait , en une semaine , viedli de bien des années L(,' le^ardde la icinc l'interrogea :
— Ils sont auprès de Dieu, madame. El nous, leurs meurtriers, cpii [)eut dire où nous serons un joui ?
La fdle de Henri VIll sourit d'un air méprisant.
— .Moi, je suis Irancjuille, mon père; je laisse la terreur aux cœurs mal alTermis.
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