CHAPITRE X
Le 2 1 mars i556, la population d'OxIuid se ruait haletante et curieuse veis la j)rison de Thomas Cranimer. C'ëtail dans la matinée fju'il devait être conduit au supplice, l ne jeune Mlle voulut pénétrer auprès de l'archevêque, elle montra un ordre de la reine <|ni
l'aïUoiisait à être reçu partout . On lui répondit qu'un autre ordre, émané de ia reine également, défendait que le condamné vît aucune personne étrangère, des prêtres et des religieux exceptés. La vedle aussi les même refus avaient attristé son cœur. Et c'était bien inutilement qu'elle avait passé et repassé devant les murs de la prison , le condamné ne s'était pas montré à sa fenêtre. Ayant bien perdu tout espoir , elle se resigna à le voir avec tous, et implora de la foule qui attendait la douceur d'être placée au premier rang , pour dire quelques paroles à l'homme qui allait mourir. Sa jeunesse, sa beauté, son grand air d'affliction, lui obtinrent cette faveur. Un jeune homme veillait sur elle.
Thomas Crauinier parut enlin avec son cortège de mort. On ne voyait pas sur les
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liails lie l'arciievêque l'exallaliDii li('i()i(|iio du iiiartyie, c'était une inorne et sombre préoccupation.
— Me voilà! dit Aiabella. — Mon père?
ajoula-t-elle en se précipitant veis lui, à travers les hallebardes.
Il devint pâle. Puis il serra la jeune fille sui' son cœui'. Ses lèvres tremblantes se refusèrent d'abord à dire un seul mot, ses \('M\ se fixèrent sur elle, sa boucbe lui sourit avec un tendre ravissement.
— Sois bénie, dit-il enfin, poin- ta noble afT'eclionl .le t'ai revue, ma mort sera belle el sereine. W alter s'offiit à lui. — Toi aussi, mon fils' Deux l.Minies tombèrent le lon^ de ses joues. — Me voilà ("aible de l)onlieur; mais u ayez jjas d'iu(pii('tude, riionnne tort reparaitra au moment décisil.
Aiabella s'inclina snr les mains du iiiailyr, et y mit un religieux baiser. Un ordre brutal se fit entendre, le coîtége reprit sa marche. Survint une jjluie abondante qui força toute cette multitude à s'abriter dans l'église de Sainte-Marie. Le docteur Cole monta en chaire, fl prononça uu discouis dans lequel il s'attacha à prouver combien était légitime le supplice de Thomas Crammer , qui avait prononcé le divorce de Henri VIÏl, et de Catherine d'Aragon, renié l'autorité sacrée du chef de l'Eglise universelle et fait tomber sur l'Angleterre un déluge d'hérésies Le grand chancelier d'àngletere, Thomas Morus et l'évéque Fischer, avaient péri sous Henri VHÏ , pour leur attachement à la loi catholique. Thomas Crammer devait périr à son tour, pour venger ces
pieuses \ictiii)es (i). IMeuaiU en pili<- les terieuis (ju'il supposail à r;uclievè(jiie , le docteui' lui raj)j)ela que les llamrnes avaient été, poui' les Irois enfants cités dans TRcMiluie, une agréable rosce. Il mil encoie sa charité savante à lui parler des joies de saint André sur la croix, et de la sérénité patiente avec laquelle saint Laurent se laissa consumer sur un brasier ['à):
Les yeux se détournaient souvent du prédicateur po'jr s'arrêter surThomas Crammer, placé en fac e de la chaire. A voir la contenance [)leine (Thumilité de l'archesèfjue. son air conliit, les larmes cju'il ne letenait pas, ses yeux tantôt levés vers le ciel, tantôt baissés sur la terre {:)), on sentait poui- sa fai-
[\ j BiRNET. Histoire de la Re formation. 2 Mémoires i]v (liammer 3) Ibid
blesse une pitié qui^ dans quelques âmes, se mêlait au dédain. Gomme pour mieux le donner en spectacle, on l'avait fait placer sur une estrade : Voilà l'Homme, Et de là, il inspirait le docteur Cole, qui exaltait la con • version du chrétien, si longtemps égaré, qui la glorifiait avec une sauite ardeur; car il voyait l'œuvie de la miséricorde divine. Quant au supplice, il importait peu, sa durée serait courte, et le paradis et ses délices deviendraient un jour le partage de l'homme qui s'était repenti; et dans cette ville d'Oxford, témoin de son expiation, les prières et les messes ne manqueraient pas à sa mémoires (i).
Quand le docteur eut fini, Thomas Cram-
(-1) Mémoires de Crammcr.
n\ev déplia -.iii j)a|)i(M-, cl s apprêta à le lire A. côté (Je la chaire se trouvaient plusieurs leligieux. Une tète passionnée se détacha de ce groupe immobile, et s'avança jxjur mieux savourei", peut-être, ravdissement (iu condamné. Arahella leconnul ie dominicain.
Elle l'indiqua à \\ aller d'un i^este (lénussant.
— Ce papier me touimente, dit tout bas la triste jeune fille. Garcina devait dicter une confession à rarchevê(|uo que ce dernier aulail lue publiquement. Serions-nous venus, mon Dieul pour assistei- à son déshonneur;' Que son visasse est détail! Ses yeux sont pleins de lîon'.e, ils ne savent ou s'airèter. v\ aller, avez-vous peur? Il soupira peniblemenL — Voyez la joie méchante de tous ses ennemis.
Ecoutons! écoutons 1 ce lut le (ri général. Bientôt, le silence devnu [)rorond.
Thomas Crammer leva les mains au ciel^ et fit une prière.
Puis, d'une voix que l'ëmotion brisait, il lut le fatal papier. Il demandait à tous ces admirateurs du Christ de la compassion et des prières , il leur faisait de la fidélité au devoir , le vrai moyen du bonheur. Luimême implorait à son tour la miséricorde du Père et du Seigneur de tous. Ce monde qui écoutait Crammer accueillit ses paroles avec des impressions diverses. Les uns, et Ton eût pu les compter, montraient une tristesse indulgente; d'autres, du mépris et de la colère; d'autres encore, une ivresse railleuse, tout ce que l'aversion a d'acharné, d'injuste et de bas. A chaque manifestation de repentir, des regards cherchaient d'autres regards, pour y trouver le reflet d'une satisfaction méchante. Quekjues êtres, morts à tout
»enliineiif fort , n'avaient (juc (Je la «Hjriosil(*. Jusqu'alors nul hiiiit ne s'était presque fait entendre. Thomas Cianiiner se dé<^agea soudain de ses (orfnes douloureuses et prosternées. On l'observa dès-lors avec espoir ou avec inquiétude, selon ses molifs inférieui* à soi. Que voulait dire le changement (jui -s'opérait en lui ? Son front n'f'tait plus abattu, il se levait calme et beau. Son maintien avait pris quelque chose de solennel. L'enthousiasme débordait de ses yeux, de sa bouche muette encore , mais puissante d'une ferveur et d'un courage qui avaient leur source dans les profondeurs de l'ame. On put trou ver alors que sa longue barbe donnait h sa figure une haute expression. Il promena sur toute rassemblée ces yeux qui semblaient la mesurer sans dédain et san^ |)rovo(ation ,
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mais qui révélaient une face oubliée ou peutêtre méconnue de cette nature d'homme Ce fut avec des accents pénétrés et fermes qu'il confessa la foi nouvelle. Des buées et des vociférations l'interrompirent, des malédictions s'y mêlèrent. — Montrez-vous cbrétien! lui cria lord Williames . — Je le fais, répondit Crammer en tournant vers le grand seigneur, son visage majestueux de conviction.
— Scélérat bypocnte! cria une autre voix qn'Arabella n'entendit pas sans borreuî .
L'arcbevêque reprit : il avait scandalisé le monde par ses prévarications, un besoin immodéré de vivre quelques jours encore, l'avait entrainé à des actes avilissants ; mais à celte heure suprême, lorsqu'il n'avait plus rien à craindre ou à espérer des hommes, au moment où il allait se trouver face-à-face avec Dieu et l'éternité, il confessait la vérité
qu'il |)()ilail dans sou cd'ui . ('elle vérité domiail un flf'menli forrni 1 , (h'-finitir, aux six rélraclali(>!is (jui avaient entaché \vs dernieis jouis de sa vie; selon lin. le calliolieisine suhsisteiail (jU(l(|uc temps encore à l'aide ilu doute ou de la foi sans intellit^ence , mais \\ tomberait enlin [lom- ne se relever jamais. Il parla lon«:;temps Des muijnuiess'élevaient de toutes parts. On eût ilit à la lois la jilainle morne de la va^ue sui" la ijrève, et le hruil du vent (\u\ tourmente les feuilles et qui court dans Taii" et sur la terie. S<)U\ent ces murmures devenaient si violenis(ju'ils c ouvraieiît la voix de rarcbevêque. - i/aposlal ! le démon ! hurlaient le^ plus f«)u^ueux. Il demeurait calme et attendait dans une haute patience que Tépuiscmf rit ou la curiosit»'* de ces êtres soulevés, lui permit de lefucndro son cfTrayante protestation.
— Fermey. la bouche de cet hérétique , et arrachezrle de là, cria le docteur Cole.
Cramnier chercha de son regard les deux êtres qu'il espérait bien trouver dans cette foule; il les découvrit appuyés contre un pilier, et il les salua doucement.
Tout aussitôt il se vit précipiter du haut de Testrade.
On se remit en chemin. Quand on fut arrivé au lieu du supplice, et que le bûcher fut allumé, on vit Thomas Crammer étendre sa main dans la flamme et la laisser brûler. — Main indigne^ proférait-il. Tous les cœurs frémirent à cet acte. Nul orgueil ne se montra d'ailleurs sur le front du martyr. C'était l'homme qui se relevait de ses chutes avec humilité. Sa main avait péché en écrivant contre sa conscience, elle devait être châtiée la première. Il monta sur le bûcher
«omme les chrétiens des pienners siècles. Eu cet instant de sereine exaltation, où déjà il plaiiail au-(l(ssll^ des li(»ninu s cl ilc la vie, tout ce cjui était là se sentit piosteiné. l n seul étie inaitiisait son émotion, c'était le dominicain. Debout, en face île Técliafaud, les bras croisés et le i égard fixe et profond, il épiait une faiblesse sur la fii^ure de cet homme aux piises asec la mort. Crammer avait vécu. Le leligieux inclina sa tète effrayante de colère. L'apo^lat a\aii été sublime jusqu'au bout.
— C'est à nous de mourir maintenant, dit Âiabflla 1 Wall CI".
— Oui, répondit-il dans une sombre admiration.
CliAPiTRK \l.
Arabellael Wahei expiaienl tlaus la prison de New§;ate, leur dévoueiiieiu à la cause du demiei niarlM . Vn resle d'aff^clion pour la jeune fille luttait flans le cd ur de la reine , contre les sombres exigences de la foi, et le ressentiment de la surprise faite à sa pitié.
Mais qu'elle se représenlàt Arabella traîtreusement suppliante à ses genoux, pour aller soutenir l'apostat, toutes ses dispositions de tendresse et de miséricorde s'évanouissaient soudain; elle sentait un besoin forcené de meurtre s'emparer de son ame : alors elle ne comprenait pas que la coupable vécût encore, qu'elle n'eût pas fait bâter son jugement, qu'elle ne l'eût pas déjà abandonnée aux bourreaux. Cette lenteur lui semblait un acte de trahison envers Dieu lui-même , et le feu était un supplice trop doux. La colère du dominicain pour être plus tranquille dans son expression, n'en était pas moins dangereuse. Une seule de ces inimitiés eût suffi du reste pour luer Arabella. La reine fatiguée de la perpétuelle mobilité de ses sentiments, écrivit à la jeune tille, pour la ramener au culte catholique. La vie était à celte
condilioii. Aialjt'lla lui icjionJit j>.ii un «-ucigiquc mais irspcclucux iv(us. Ia' iliai^iin do Marv ('gala son indignahou.
— Qu'elle meure ilorie ! s Cciia la souveraine olVeilsée, et (|u'elle meure vite! sa pensée m'est importune. Tanl (ju'elle vivra, je serai eu proie à di' làelies inceitiludes , je mettrai mon salut en dani^ei.
('etle réflexion était conclusive. \ dix jours de là, on était au 7 avril, Arahella Keydnor fut condanmée au feu. î.ady Maigery expira ci'hoireur en rap[)i-enant. Walter ^ervll fut eondamne aussi.
Don Clément «evoyait dans le calme de la (iouce nuit (jui suivit ee jui;ement. un sermon sur la moil . I )« lemj)s en temps, il écrivit lesgiandes pt iis(('s (pu venait ni ia>on ner dans son ame, el il st le répétait . Sa parole a\ail une expression siipeihe ( Mi sentait
riiomme ivre de son pouvoir sur d'autres hommes. Mais sa disposition changea. Il subit hii-méme le joug qu'il voulait imposer aux autres. A mesure qu'il s'enfonça d'avantage dans ces méditations austères, son front perdit de son orgueil, son air devint sombre, et toute lueur de vie et d'enthousiasme s'y éteignit insensiblement. Repassant dans sa mémoire les années perdues, il s'étonna d'y avoir mis tant de passions étroites et vaines, tant de faux semblants de justice, tant d'emportements indiscrets et orgueilleux , tant de violences. C'était pour Dieu qu'il avait agi. Mais Dieu a-t-il besoin que sa créature veille au maintien de sa gloire? Effrayé de cette question tonnante comme un blasphème, il prit l'Evangile et il l'ouvrit. Partout la tolérance et l'amour. Les lettres s'enflammaient sous son regard craintif, Une interprétation
nouvelle consternait son intelligence et accusait ses années de i^lorificalion. I^a terreur le gagnait sourrleni -nt II laissa lotnhci son front dans ses mains.
— Me serai-je l rompe? Sun regard éperdu se leva pour chercher une réponse au ciel. — Âi-je bien compris le dessein de Divu ? M'a-t-il en ( ffet donn»' la mission de maudire? Est-ce maudire qu'il faut dire? Jusqu'à ce jour j'avais appelé mon zèle d'un autre nom. Dieu sera-t il miséricordieux pour moi qui ne l'ai pas été? Veria-t-il dans 1 homme de sang l'élu de sa sagesse? La parole qui aura retranché de la vie ce que la créature a de plus beau, 1 être intelligent, ne s*^ra-telle point la parole honnie? Il n'est pas d'artisan qui ne soit jaloux de son ouvre, (pii ne s'mdigne de la voir briser par d'autres que par lui; et moi j'ai brisé plusieurs foii
l'œuvre que l'arlisau suprême affectionne entre toutes, celle qu'il a faite la dernière coname le couronnement splendide de l'univers; la seule qu'il ait douée d'un perfectionnement infini , la seule qui le connaisse , qui l'exalte ou le nie; la seule qui porte en son sein l'empreinte immortelle et sacrée de ce Dieu, la pensée.
Le religieux se leva et traversa deux fois cette chambre morne
— De fausses lueurs m'égarent peut-être , et me poussent dans les ténèbres.
— Qui m'assure qu'en cet instant je ne suis pas la proie du père des mensonges?
— Cette épouvante soudaine de tous les actes réfléchis de ma longue vie , n'est-elle point une ruse qu'il emploie pour me faire faillir à la justice? H a éprouvé bien des saints; pourquoi me laisserait-il en paix , moi qui,
tous le*s jours, insulte àsof) poiivoif fu aflV.incliissant la créatuio du péclié? Ne jueîxi-il pas loules les fonnes pour st'duiic l'afu' (juil veut fane désior ?
— Il ne peut pas me i^arroller desliens (le la pauvreté, je ne possède lien rie jx'iissable sous le soleil. Les heaulés d une fftnrue, ses appels voluptueux el ses souriies nie trouveraient pleins de mépris. Il le sait. J'ai dompté la chair longtemps soufTranle et rebelle, je Tai assujélie à Tesprit; et c'est l'esprit qu'il attaque. Tentateur! tentateur' ciia le moine avec un r iie superbe, et en dressant sa haute taille; je suis lrt)p liahile poui ta ruse grossière. I^'ivraie sera sé[)arée du bon grain. Ces efforts n'aboul iront qu'à faire sifflei- sur toi, el à te c(Mii()imer d'opprobeset de malédictions. Toute chair est vouée à la moil , mais tr)ute sagesse ne doit pas faillir. Démon
de Job, démon de Saùl et de David, je le liens sous mes pieds , tu ne peux pas me nuire ! Les tempêtes que tu soulèves autour de moi , ne me font pas même courber la tête; je reste debout et fort. Dieu m'a ceint les reins d'une triple armure, et comme l'onagre et l'onyx du désert, je me ris du joug que tu m'apprêtes.
De nouvelles angoisses irritèrent son cœur. La lutte intérieure donnait à sa face les aspects les plus cbangeants ; elle s'éclairait de lueurs orgueilleuses, et tout aussitôt elle devenait terne et se couvrait d'épaisses ombres. La mort et la vie y apparaissaient tourà-tour.
— Mon Dieu 1 s'écria-t-il en levant ses bras maigres et longs; pourquoi ces doutes? Où donc est ta loi vraie, ton amour, ta justice? Que veux-tu de moi? Tu as tracé dans
les fiut's un clieimn au lijinieiie. Les soleili el les mondes n'crrvnl pas vagaboruls dans l'espace; le pelit iiiisseau, comme le fleuve, sait où i\ va; le lonenl fougueux el révolté levait aussi; moi, je ne le sais j)as. Tu m'as fait don de la pensée; c'esl par là que je devrais être dans la création l'être le plus grand, le plus libre el le plus hcuft-ux; d n'en est rien pourtant. Celle pensée, don magnifujua en apparence, devient, quand je m'en sers, un abime, un cliaos, quelque chose de dérisone el d'invariablement mauvais. A quoi bon celte distinction ' as tu choisi l'homme pour en faire un h(»lc)causte vivant et perpétuel? De viles terreurs seraient-elles nécessaires à ta gloire? Si tu es le Dieu juste, délivremoi de l'incertitude plus auïère que la mort! révele-moi la parole que je la glorifi.! lu
reux m'appeler en jugenient devant loi pour mes actes sur ia terre; et, au lieu d'écîairer la route que je dois suivre, tu la caches dans la nuit, tu la sèmes d'embûches et tu me frappes moi-même d'aveuglement. Toi qui formes les tempêtes et les diriges au loin, toi qui sais le nombre des grains de sable que le vent remue sur la grève; toi qui pèses l'air elïTemue les grandes eaux, ne peux-tu donc dissiper ma nuit !
Tout-à-coup la voix du superbe devint errante et mourut sur ses lèvres, ses yeux qu'animait une colère railleuse, prirent une expression d'humilité; c'est qu'ils venaient de rencontrer l'image du Christ agonisant. Une Contemplation attendrie féconda son cœur. L* extase ardente chassa tous les doutes. Ce fut avec larmes qu'il répéta laprière sacrée : Mon père, pardonnez-leur; Us ne savent ce qu'ils font.
;, — Oli! ji- ('onij>ren(l>., dit-il, votre loi; mon nieii' cVsl l'amour! Vous ne nous demanderez pas coiu[)te de la manière dont nos frères vous auront servi, mais vous nous demanderez si nous les avons vêtus quand ils avaient froid et noun is quand ilsavaienl (ijim; si nous avons oom|)té lein- tristesse d'ame j apaisé par une généreuse tendresse les rages que la misère et les aRVonls avaient soulevées dans leur seiii. FA malliein- .»u incnnliier!
Il se prosterna et passa la mut dafis raltliction, la lutte et la [)iière.
Mary Tuchu- fit un mouvement de surprise en le voyant le niMtin: ("est (pi'il «'tait alTreusement clianj^é.
Je viens, lui dii il, vous demander la vi( d'Arabella Reydnor et de Walter Nervil.
— Sont-ils donc enfin catholiques' demanda la reine.
— Non, madame, mais le Christ es! mort pour eux.
— Je ne m'explique pas votre miséricorde, mon père; hier encore vous blâmiez les regrets que je donnais involontairement à cette jeune fille, et aujourd'hui vous voulez la sauver.
— Reine, dit le dominicain, savez- vous la douleui- de l'être intelligent? Comment osions-nous eftacer de la vie ce que le désir et l'effort de tous les hommes réunis ne pourraient pas faire revivre?
— Ceci est un beau scrupule de solitaire , il peut fournira plus d'une méditation. Mais nous autres rois, nous devons voir les choses de plus haut.
— Femme, dit le religieux, ne traitez pas cette question avec une légèreté mondaine. Moi, prêtre du Seigneur, je l'ai sévèrement
examinée, et toutes tues ^alisfacliotis du mal se sont changées en un venin douloureux.
— A. votre place, mon ptie, je me défierais de cette disposition, (ionnuenl saciiliezvous la loi de lonj^ues années au trouble d'un moment? C est un pié^e de 1 esprit du mal.
— Je me le suis dit; mais une voix intérieure plus persuasive, plus belle et plus forte que toutes les voix connues; une voix irrésistible m'a rappelé ce précepte du Christ : « Ne jugez pas, et vous ne serez pas « jugés. ).
La fille de ilem i Vlll, opposa au religieux cette parole teiiil)lc : « .le suis le Dieu fort, M le Dieu jaloux, poursuivant rini(|uité des « pères sui les enfants en la Iroisiècne et la « quatrième génération. »
— C'est le Dieu de Moïse, reinarqiia le dominicain.
— j'espère bien, mon père, repartit chaleureusement la reine en le regardant en face, que le Dieu de Moïse et le Christ ne font qu'un dans votre pensée.
— Tranquillisez-vous, madame, je puis être humain sans hérésie. Cela dit, le religieux fit de nouveaux efforts pour changer le cœur de la reine. Ce fut d'un ton pénétré et sans ménagement pour lui-même, qu'il parla des martyrs de la réforme. De quel droit , dit-il à sa royale complice , avonsnous devancé les jugements de Dieu? Un jour, une minute de plus, et ces êtres que la damnation éternelle tourmente, seraient peutêtre revenus à la foi. C'est nous qui leur avons impitoyablement ravi ce temps que le maître leur eût laissé pour le repentir. C'est notre zèle insensé et cruel qui les a dépossédés de l'héritage glorieux. Sans nous ils
comiaîtraiciJl le père de tous, ils l aiineraienl. C'est [)ûr nous fjirils existeront a jamais (ians les (Jésespoiis inlitiis. l n mol conlnl, une aspiration humble les eut sau\és. Mais nous', impatients de satisfaire notre haine , nous (|ui avions la prélenlion de venger Dieu , nous les avons brutalement erfacés de la vie. Comme si la viiîiie doit èlie arrachée quand elle fait encore es|)érer de doux Innls, comme si le moissonneur abat les épis avant qu i^s soient mûrs. Toutes ces âmes peidues sans retour, sont déposée^ aux pieds delà souveraine clémence, contre \ous, madame, conlie moi leui bouncau; elles nous maudissent.
— Au-dessus de la malédiction des reprouvés, dit la reine froidement, il y a la malé- <licl'.on de Dieu. Je 1 aurais encourue, et ^ous , mon père, avec moi, si nous avions épargné les hérétiques. Dans Notre pieux d^'
sir de combattre les méchants, vous vous êtes hâté de connaître leurs livres, c'était une faute d'orgueil, mon père. La semence funeste n'a pas toute séché dans votre cœur; il y a eu des places où elle a mystérieusement fructifié, où elle s'est mêlée au bon grain. J*ai fait de la possession des livres pervers un motif de condamnation, tant j'avais à ca ur de ne pas voir les esprits se corrompre et se perdre. iMon père, je n'aime pas les violences inutiles. Si vous saviez que j'ai tout fait pour sauver Aiabella. Je suis descendue de ma dignité de reine. Instances, prières, épanchements familiers et tendres, je n'ai rien épargné. J'ai mis à la détourner du mal une affection patiente, inouie, une miséricorde que je ne me connaissais pas. C'est bien volontairement qu'elle s'est enfoncée dans la voie perdue. Que son sang re-
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tombe tlonc sm sa lê(e! .\oiiî> i» v pouvouî» rien.
— Nous pouvons iuiiliM- Dieu t'U alleudant le iiKJuienl de la grâce, dil le relij;ieu\ ému.
— La I eine secoua la têle.
— Il ne viendra pas, la jeune superbe se plait à rinifjuité. Vous ne Taxe/, pas enlendue comme moi. Klle s'est élablie dans l'abomination du scliisme avec un endurcissement et une tranquillité de cœur (pii laissent loin tout ce qu'on sait dans ce genre. D'autres peuvent se relever de leur cbute, Arabella est tombée pour toujcuns.
— Qu'en savez vous, madame:*
— Son endurcissement esl complet.
-- El vous ne frémisse/, pas, vous femme, vous ebrëtienne, de la voit mom ir dans celte incrédulité' Aladame, je vous demande la vie de celle pauvre égalée; je \ousla deniande
par les mérites infinis du Glirist, par tout ce qu'il a souffert dans sa passion. Celte destinée de réprouvée que lui prépaie votre religion en courroux, ne doit pas être la sienne. Vous avez aimé cette jeune vierge, ne pouvez-vous l'aimer enrore? Qui sait, peut-être le moment oi^i vous la frapperiez, serait-il celui que Dieu aurait choisi pour la bénir , poui- la purifier de ses souillures, pour lui donner le baptême efficace du repentir? Et quel compte il vous demanderait de cette ame qu'il avait si richement dotée! Comme il serait implacable à son tour! Allez, madame, il la verrait d'un œil plus doux, elle (jui se serait peidue à force d'affection compatissante, que vous si ar lente à pressentir la justice divine et à l'exercer un moment sur la terre. Est-ce à ?ioussi fragiles, si chancelants dans le bien^ si indigents en bonnes œuvres,
d eiujjèchcr la niiséricDide (r;niivt'r i» nos frères? Il vauJiait iiiitMix pour nous, j'<^>sp le penser, nous rtrc enivirs à la coupe cIl» Balihazar, avoif eu un jour ci<* folif et de i*age , renié la majesté sonvciaine? l/expiation relè verait de ce biaspliênie.
- La pilié \ous égare, mon père. Hier encore, j'ai reçu une reinontiance de sa Sainteté, sur ce qu il appelle ma tiédeur, l/opinion du représentant de Jésus-('hrisl n'est pas sans autorité, ce me semble, elle a d'ailleurs pour elle la «grande \oix des Conciles. En est il un seul (pii uail inanifeslé son liorieuicontre les hérétiques? L'E«;lise toute vnlière les repousse.
— Helas ! rnadami*, dit !<• doininic^uu; TÉglise elle-même a failli à sa puissante et belle unité Vers la fin du xr' siècle , deux pajK»$
dominaient à la foi la chrétienté (i). Vers la fin du xiv^ siècle, le scandale de deux autres papes se disputant les mérites de rinfaillibilité et la vénération des hommes, fut encore donné au monde (2). Ce schisme commençait à s'effacer de la mémoire, qu'il lut renouvelé avec plus de violence et d'éclat déshonorant : la chrétienté eut trois papes (3). Lequel choisir, car tous trois nepouvaient être infailhbles? Oh ce fut un coup formidable porté au catholicisme! Les justes se voilèrent la face; les impies tressaillirent d'une joie orgueilleuse. Parlerai -je des Conciles de nos temps? Quelle
{\) Grégoire VII et Clément Ili.
(2) Urbain VI et Clément VII d'abord; et, après la mort d'Urbain VI, en ^589, Clément VII et Boniface IX.
(3) En ^1408, la chrétienté se partageait entre Grégoire XII, Benoît XIII et Alexandre V.
mesure ont- ils gardée? A (jnplles passions fougueuses et téméraires par leurs suites u onlils pas obéi-* Grâce à leur colère ituliscrete , la chrélienlé tout entière a a[)piis (|ue Kouie sacrifie aux cupidités et aux excès du monde; qu'elle vend à prix d'or les emplois les plus saints ; qu'elle a ses mystères et ses fêles immondes. ^oé, surpris tout nu dans son sommeil d'ivresse, ne fut pas bafoué avec plus d'impudeur. Aux beaux jours religieux, les Pères de l'Église mettaient leur gloiie dans l'humilité, un signe de leur cbef prosternait leur volonté et leur intelligence, le ciel parlait par sa bouche. Tout a bien changé. On a vu dans le siècle dernier deux Conciles rivaux s'excommunier l'un et l'autre j ; et le
(4 Le conrilr df Bàl»' . (►m.'it <n kA^\ . où !.• p.ipr K.h-
plus imposant , celui que recommandaient surtout le savoir , la piété , l'austérité des mœurs, prononcer le schisme du représentant de Jésus-Christ, lui donna pour successeur un fainéant voluptueux et ramena sur la terre les désolations et la honte du schisme (i). Il n'est pas besoin d'avoir vécu l'âge d'homme pour se rappeler le Concile de Pise, anathéraatisani Jules II et le Concile de Rome. Que l'Église de nos jours n'accuse pas seulement les Wickleff, les Huss, les Luther , les Henri VIÏI , les Crammer et les Cal-
gène I\ s'obstina à ne pas paraître, et le concile de Ferrare, ouvert par Eugène IV , en 1 438 , pour la réunioa de l'Église grecque avec l'Église romaine.
f\) Le concile de Bâle , toujours opposé à Eugène IV, élut, le 5 novembre 4439, Amédée VIII de Savoie, qui prit 1« nom de Félix V et abdiqua en ^449.
\iii ; elle aussi a l'ail le mal. Les liéiesiar<jue.^ sont sortis do son sein. C'est elle-mènu' qui a ouvert la voie à toutes les impiétés, qui a creusé Tabinie ou chaque jour vont se jjerdre les croyances et les veilus, Kt même en ce moment , Tiente n'a ^uèie à se giorilier de son Concile; les vanités, les haines étroites, y prennent la place des grandes convictions. Paul IV n)ei la ielii;i()n au service de son or gueil. C'est bien moins dans Tintérêt de Thumanité et delà foi c|u'il maiiilienl le Concile, que dans l'intérêt de la |)a[)aulé. Il faut vuir
toutes ces menées de près (Conciles de la
chrétienté des ancic;ns jours, s'éeria le leli- ^ux; Conciles de i\ic^e, Conciles d'Alexandrie, Conciles d'Antioehe, vos splendeuis ne reviendront-elles jamais !
— Kh bien ! mon père, n'ajoutons pas à tant de calamités, n'a^surous pas a notre tour les
triomphes de Satan. Que l'on reconnaisse notre zèle aux coups que n©us porteronsl Défaites-vous de vos idées monacales , voyez ces clsoses sous leur point de vue. Rome a compté plus d'un ennemi dans la solitude des cloîtres. Ces moines qui font vœu d'humilité et de renoncement à toutes les choses de la terre , ont souvent des passions plus profondes et plus redoutables que celles des autres hommes.
— La cruauté ne doit pas remplacer une indocilité orgueilleuse. O reine 1 celui qui est devant vous a souffert cette nuit. Comme Job , j'ai lutté avec l'esprit de Dieu , son souffle a hérissé d'horreur le souffle de ma chair. J'ai assisté à mon dernier jugement. La voix de mon Créateur m'a couvert de confusion et a saisi mon ame de vertige et de stupidité. A mesure que je retrouvais quel-
<jU(' chose (je ma sic passer, des sueurs de nioil coulaienl sm tous nn*s mcrn'nics, mon amour hemblail dans ma poiliinc; la mk-, l'ouïe, la paiole, me mat)(|iiai<Mji a la fois, el jeu sentais d'afVreux d( sespoirs. Oh! je ne n\e glorifiais de rien! I.a eonscienee de toute une vie perdue m\ai racdiait (\ei> eris, je vovais clair dans lant d'actes inspnés pai une interprétation insensée el luiieusc de la parole d'amoin-. Mon ange [deuiail a ma droite , mon démon riait a ma gauche dim nie alfieux. Il me disait mes victimes, il me détaillait leuis supplices, et je les voyais, troupe malfaisante, s'agiter, tournoyer autour de moi el hurler des malédictions sur le prêtre.
— Vous avez tait de la poésie a la manière de Dante Alighieri, dit la reine en réprimaul un froid sourire.
Le religieux l'enveloppa d'un regard sévère.
— J'ai été esclave, c'est une rude condition; eh bien ! j'aimerais mieux être esclave encore le reste de ma vie, que de subir toutes les nuits de semblables visions.
— ïl y a une réalité plus formidable, mon père, que toutes les visions, c'est la damnation éternelle ; et, si j'écoutais vos peurs, la damnation deviendrait mon partage. Voyant que le dominicain s'apprêtait à lui répondre, elle fit un geste impérieux.
— Je ne veux pas de l'enfer.
Alors, cet liomme si fort, si haut, si inflexible la veille encore dans sa terrible doctrine; cet homme qui avait défendu son cœur et sa vie de toute faiblesse, qui s'était interdit la plainte quand son sang ruisselait sous les coups, que l'écliafaud aurait trouvé calme; ce prètrv qui, la rninule d'auparavant com-
:îo7 —
mandait les respects, s»* mil aux genoux cie celle Itinine el pleura. Il lut duux, lenilrr . siip|)liaiil ; il eul une atimii ahie palienc'.
— One vous deniaiidr je pour eux? les jours que Dieu leur laissciail. Seiez vous plus sévère que lui ' L'olïense cpi il supports, ne pouvez vous la supportei- aussi? Connaissezvous son dessein, vo»is cpii marcliez dans la nuil el (pii vous enivre/ des passions dr la terre?
Il dit beaucoup eneore. FJIe accorda deux mois de sursis |)our la mon.
Le palais de Mary Tu ior ne vil plus le religieux que de loin en loin et à de courts ins lants : toutes les heuies dont il pouvait disposer, il les passait dans les deux cellidcs. Il allait dWrahella à Wallei-, el de Waller à Arabella, pour enlever à I nntnuahle eondanjnalion de Dieu ces deux êtres que lonj^lemps
il avait mystérieusement aimés à son insu. Tout ce que la tendresse a de séductions émouvantes, tout ce que (a religion peut fournir de grand et de solide, afflua dans ses entretiens. Il prit mille faces dilférentes , il s'éleva cent fois au-dessus de lui-même. Cette tâche d'amour était vraiment Tauréole de sa vie. Si quelquefois le découragement s'approchait de son ame , il se retrempait à la prière, et l'effort redevenait pour lui quelque chose d'ineffable et de saint , car il voyait bien au-delà des destinées terrestres, à force de charité ardente , il s'était dépoudlé de son orgueil. Rien ne rappelait le vieil homme. Pourtant d fallut bien un jour que cet être si persévérant s'avouât l'inutilité d'une lutte plus longue. Son effroi fui d'abord excessit. Leur éternité différait elle de la sienne? Serait il condamné à ne les levoir jamais?
— (leia lit» pciil |>as èlit-, nioii Dieu! ditil enfin. Volic jiislice est l:i [)()in nccrptei toutes les forincs pures sous lesquelles on vous adore. A nous, hommes, les lerriurs étroites et le sacrifice sombre, à vous la pensée infinie. Leurs mains n'ont point de sang, leur cœur est rest»' bon; ils ont exalté vos (envies et proclamé vos splendeurs et votre miséricorde. De tels êtres ne sont pas vos ennemis. Vous ne leur interdirez pas votre face, ils siégeront à droite avec vos élus. Débarrassé des sollicitudes importunes, il ne sut plus que les aimer.
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MaiATiKloi- niaiula im jour le cardinal (ie la Pôle MU jjalais de Hainj)loii-(!<niit .
— Mo (liiez-Nous, mvloid, lui dit tlle, ce qu'est Walter Norvil. Jr reçois nue le! Ire du roi daus laquelle il intervitiit eu laveur de ce jeuTie lirîétifjue. Il me dit (|ue vous, inylord, f|ue I^f»u <"l» iiieul , que Ir rcurife de Susse»,
le comte d'Aïundel, le marquis de Winchester et lord Howard, si zélé catholique, lui ont écrit dans les termes les plus humbles et les plus pressants, pour qu'il obtînt de moi la libellé de ce jeune homme et celle de sa complice Ârabella Reydnor. Il a donc un immense mérite, cet être qu'Arabella, si fière, préfère à tous, pour l'amour duquel elle a dédaigné de grandes alliances, et qui a su intéresser à sa cause des hommes de la plus grande valeur? Voyez Don Clément, il passe sa vie auprès de lui. Je veux le connaître à mon tour.
— Sa nature est sauvage; s'il allait vous déplaire, madame?
— Il vous a plu , mylord; ai-je le droit d'être plus difficile que vous?
— Les hommes comme Walter Mervil ne peuvent être bien jugés que [>ar ceux qui les
coniiaisseiil . Ils i)iit des l(u mes iKip fiaiiclus, une laii^nie tiop i\[\r , pour ne pas hk'sspi (jiiciquelois.
— ^ous saurons pénélrei- au dr-li des formes , inviord , nous nous flattons d'avoii quelque pénétiation. I.c roi d'ailleuis nous prie de voii- pour nous-uiètnes si l'on jk'uI espérer de larnenei- ce jeune lioiurn<* à la sainte obéissance de l'Église.
— La solitude et les approches de la luoil ont pu l'exalter , madame? Peut-êtie lui échappera-l il quekjues paroles trop liardies, trop éloignées de la soumission , (pi'il aurait gardées s'il fût resté au milieu de ses sem blables.
— Nous ne lui imputerons pas à crime un excès dVnergie : les natures fermes nous con viennent forl , rpiand elles ne t()urM<nl pas a In reNoile.
— Il a souffert .
— Je le sais, mylord, dit Maiy en retenant son impatience. Je le sais , mais le roi souhaite que nous l'entendions , et nous le souhaitons aussi. Voyez donc à le faire venir dans votre palais. J'y serai. Je ne me ierai pas connaître à lui d'abord, car je ne veux pas gêner son epanchement avec vous.
— Ce serait une surprise faite à sa bonne foi, madame.
— Vous voiîà bien scrupuleux , mylord.
Soit raison, soit fantaisie, je tiens à ce qu'il ignore d'abord qui je suis. Je veux le voir sans déguisement , sans timidité ; promettez-moi
donc que vous ne me nommerez pas
Voyant que le cardinal se taisait, elle ajouta avec hauteui' : — Le contraire nous désobli-
i;erail, invloid , ci nou^ nuii-nl t^'iaticiLMiiOiil dans nos respecis
— ■ Ce (jue NOUS voiikv. sera tiiit. madame. Mais au nom du Clirisl, soyez clémenle'
Le jour baissait l()rs(jue Walter fut conduit au palais tle l.ambelli , clans le eommeneemenl de juii». Au moment ou il tiaversail rantichaud)ie , une vieille lui dit ces mots : «( L'homme prudent vaut mieux cpie le fort. >• H tiessaillit , cette même parole lui avait été éciile à Kome. Le cardinal le reçut dans une t];alerie , où les reflets du soleil moinanl jelaienl d'inégales lueurs. Hei^iuald de Pùle était pâle et agité. Son sourir.\ son air, >es [)ar()K'S , tout stiidjla contraint à W alt^r. Il attribua cette gène à la |)iésence du moine Tiarcina.
J'ai sou lu vous \oir, dit le carduial. ahn d oblenii tic Nou^-m/iue «pu* vous ton^rutiii-
siez à vivre. Sans ma faiblesse, je serais allé à Newgate vous chercher moi-même, car vous savez bien que je tiens à vous. Don Clément n'a rien obtenu de votre esprit superbe. Avez-vous bien le droit, jeune homme, de disposer ainsi d'une vie qui n'a donné que des espérances encore? Don Garcina, ajouta- t-il en montrant le moine et en avertissant Walter d'un ton expressif, vous dira que la reine est pleine de dispositions généreuses à votre égard.
— El quel prix met-elle à ma vie ? demanda Walter au moine.
— La reine fera de vous un être grand entre tous, si vous renoncez à l'hérésie.
— Ce que vous appelez l'hérésie est la vérité pour moi.
— Le cardinal tourna sa tête inquiète. Waltei" suivit ce mouvement de l'œil, et il décou-
Mil dans rerubrâsiirt' (l'une lenéhe nue femnie petite et toute vêtue de noii-, dont le visaj^e à demi caché sous un voile ne faisait face à personne.
- SoulTrez qu'on vous instruise . dit le moine.
— Il y a longtemps, mon père, que je n'ai plus rien à apprendre des hommes au milieu desquels je vis.
— (î'est de l'oi^^ueil.
— C'est de In sincérité. Vous avez, instruit l'homas Crammer. Sa docilité nous a t-elle bien satisfait?
— Si mes hunières ont étt^ insulTisantes pour l'éclairer , j'îu bien expié ce loit palmes hund)lcs regrets. Des hommes uucux inspirés que intji rt'ussii aient auprès de vous.
— \\ ne le taul pas, je ( rauuh.us p«»ureu\
vos humbles regrelb. On ne me façonne pas à son gré , je suis d'une trempe rude.
— Un mot peut vous changer.
— Croyez-vous, mon père? Et ce mot, vous espérez bien que nul autre que vous ne le dira?
— J'avoue que cette tâche pieuse me serait douce à remphr.
— Quel mérite auriez-vous de faire de moi un homme à deux faces comme vous , mon père ?
— INe seriez- vous pas effrayé de celte perversité vivante qui pénétrerait la vôtre?
— Mon fils, dit le cardinal, pourquoi ce langage amer? Convient-il à un religieux?
— Souvenez-vous, ditGarcina, que la leine a pour vous les dispositions les plus clémeules ?
h' IIP \eu\ pas (Ir la rif mriicr i\c Marv TiuJor, je ne veux (jiic sa jusiice.
— Elle serait \oivc condamnation , jeunr homme.
— Elî bien! qu'elle m'assassine, comme elle a déjà assassiné tant d'Anj^l.iis.
Le cardinal se leva :
— Ladf)c(rinedn Clirisl n'est pas la tienne; on le voit bien à ton l:ingaa(e. Si tu étais chi-étien, il n'y aurait dans ton r nir f|ue rliarité et teMdressf\
- Mylord. dit le jeun-^ liomme , je porte accusation conlie votre miséricorde. Qu'estce donc que celle doctrine d'aniour et de pardon qui traîne le faible devant le fort, et qui limmolc avec béatitude.
— Vous p( rde;4 le respect! s'écria le c.irdi nal. S'adressa-r il h Garcina ou à cette frmrne
mystérieuse que la nuit enveloppait alors entièrement, enfin il se tourna de leur côté pour justifier Walter. - Il n'a pas la conscience de ses paroles : la prison et la solitude ont troublé son esprit.
— Ne dites pas cela, mylord, car vous savez le contraire. Mais, comme lant d'autres, vous avez scelle vos lèvres devant la puissance.
— J'ai dit la vérité toutes les fois que je l'ai crue bonne. La reine a droit à la vénération de ses sujets. INe vous excitez pas à l'offense, jeune imprudent.
— La reme a droit à leurs mépris, dit le jeune homme. !1 se croisa les bras et regardant le cardinal de toute la hauteur de sa moralité : — Qu'est-ce que cet homme qui ment à la fraternité universelle dans l'intérêt d'un seul être, parce que cet être a une couronne? Qu'est-ce que cel Anglais qui renie en
quelque sorte sa pallie et la justice, [xmh satisfaire les scru[)ules étroits dimc conscience liniide el alVaiblie pai les années!^ \)p (juel droit vienl-il iihsoudrc le nieurlic? Sa miséricorde est immorale ; elK euliaidil Tiiiiquih' d'une part, el de l'autre ell( entache de blâme la défense lénriume. \'ous avez dit l:i vérité, nnlord, mais vous ne l'aNez [)as dile entière e» vous l'axez dite en ( sclave qui s'interdit toute réflexion sur la conduite du maître, quia grand désir que le maître ne se tiou\e pas offensé. Kst ce I;» un^ veitu qui commande les respects.^ Oh! l'indignation nationale étouffera sous sa vasfe clameur vos gémissements discrets. Que les morts oublient, mais que les vivants se rappelent ; qu'ils protestent bien hau! contre la loi d'abrutissement et de sang, <t qu'ils laissent au maudit sa marque indélébile, cVft
à la fois lenr droit et leur devoir. Pendant que vous tenez ce langage, les cachots ne sont pas vides, il y reste des hommes. Et que de proscrits errent sur la îerre étrangère ! Combien durera leur pèlerinage inquiet?
Quand rentreront-ils dans leurs maisons? Bien des tombes se sont ouvertes pour une foule de vies violemment interrompues, bien d'autres s'ouvriront hâtivement encore. Les exiles de l'Angleterre ont le front chauve et le cœur chagrin , leur jeunesse ne s'est pas retirée lentement, elle a fui vite. Oh 1 c'est qu'il y a une amère souffrance à errer loin des siens ! Parlerai-je de ceux qui restent , de ceux qui ne se confondent pas avec le troupeau servile? Vous savez leur destinée, ils meurent aidés par le bourreau.
— Il est fou 1 prononça le cardinal qui sembla soitir d'un rêve; jamais je ne lui
C()mm> celle Niolenct*. -- Madame' au nom de Dieu! ne restez pas ici î
— Poutcjuoi rinlenornpre * dil-elle Hère ment.
— Merci, proféra le jeune homme en s'in clinant du côté de celte femme. Merci, répéta-t-il, \ous; avez une ame, vous, ce prêtre n'en a point , lui qui ose parler d'amour envers les assassins.
— Ne m'épargnez aucune injuie, dit le cardinal; mais cpie votre délire s'arrête a moi.
— Faites donc revis re ce qui a vécu , dit le jeune homme d'un ton sardonique. I.a haine pour les assassins doit être la force impérissable et sacrée de riiumanité. Cette haine feia lever enlin le joui suprême de la réparation. Cardinal, vos hras sont faibles, votre ame Test également. N'êles-N«>us pas 1 hum-
ble serviteur de Rome^ Eh bien , que ia paix envers les méchants soit votre religion, mais laissez rugir dans le sein des forts l'horreur de l'oppression. A vous les délices de la mansuétude, à eux le combat pour glorifica' lion et pour vengeance. Quelques protestalions isolées ont seules témoigné de la misère commune; seules, elles ont porté au ciel la plainte et la colère de tovA un peuple; colère équitable et fortement sentie par tout ce qui a du cœur. L'Angleterre n'en est pas encore à se créer des libertés chimériques, à ériger en principes éternels et souverains des rêves généreux, mais qui se refuseront peut-être à devenir jamais des faits. Ses appels de liberté ne sont pas de vains appels : c'est bien une servitude ignoble et délestée qui la tient bâillonnée, à genoux et la hache sur la tête ; quand elle laisse échapper un cri, c'est bien
un cri d'esclave. Prêtres, dit il, en s'adre*saiU au cardinal et au rnoine, nous pouviez, usant de vote ministèn-, dompter les incliîiations de sang de rtWc reine, vous pouviez la forcer à entendre des enseignements utiles, vous ne 1 avez pa> l'ail: une mission sublime était la vôtre, vous Tavez négligée, institués pour- ('[10 les défenseurs d<'S lionuiies , \ous n avez \oulu ëlre cpie des courtisans; la pauvreté et l'oubli vous ont lait peur.
— ^ous avons eu la conscience du lespecl tlû a la majesté souveraine, répliqua Garcina. L ordre seiait-il possible avec vos idées?
— ^e me\ante/. pas sotre couardise, mon père. Oh ! dit il, avec un accent passionné : (pie souvent j'ai souhaité ctlle reine face-àface avec moi ! Il y aurait eu pour mon ame une satisfaction immcnsf a rc^ffraTci un mo-
ment de la grande colère d'un homme. Une fois elle aurait entendu la vérité, elle aurait su ce que c'est que la vérité; mais je n'étais pas libre de mi vie.
— Insolent , dit une vois de femme.
Les yeux de Walter cherchèrent autour de lui. Ils rencontrèrent le pâle visage de Mary Tudor, en ce moment éclairé par un rayon de la lune. Une courte mais profonde agitation parut dans les traits de la fille de Henri VIII. La maîtrisant aussitôt, elle dit:
— Soyez satisfait, Monsieur, la reine d'Angleterre est là , face-à-face avec vous. Walter s'inclina. — Eli bien! quelles vérités avezvous à nous dire? Parlez, Monsieur, nous vous écoutons avec patience., .-. Votre grande colère d'homme s'est-elle dissipée à notre vue, ou bien est-ce l'expression qui lui manque? Tout-à-l'heure vous aviez u!i déborde-
inenl dt: rage pour iiibuUei- dcb jiiclus; ri Noilà (ju'uiHî leiih \ous iuliiuidc. La coupable' est devant vous, ne l'onbliez donc pas. — Je me lais, madame, il est vrai; c'est que je voudrais concilier les égards que je dois à la lennne el i* la sou\eraine, et Tliorreur que m'inspire la meurtrière.
- Ce début promet quelque cbose, dit Mai y ludor avec un riie forcé et en serrant ses lèvres minces et pâlies par Tinjure.
— Si je ne me contenais j)as, leprit Walter, mon rci^ard nous parcourrait a\ec mépris, ma boucbe voms raillerait, je ferais pâlir voire visage si dur au malheureux, je meltrais dans votre ame, sinon le remords, du nïoins répou\aiilc et la honte.
— Nous seiiez bien puissant, Monsieur, à votie place j'essaierais.
— N'afTeclez pas, madame, un dédain qui
n'est pas en vous. Mes paroles vous troublent, et je vous plaindrais fort s'il en était autrement car votre endurcissement serait profond. Une religion étroite, indigne du créateui' sublime de toutes choses, vous a poussée à verser le sang; c'est bien mal comprendre sa loi . Quittez vos palais, madame, allez un peu dans les rues et sui- les chemins. Là, pullulent des honnnes qui meurent de faim, et que le froid tue dans leurs greniers ouverlsàtouslesvents,(juand vient rhiveravec son froid soleil. Knirez dans les maisons des paysans, celui quiaune paillasse pour litet une couverturedelaine, est riche, très-riche. Sa iéte {ouïe vieille, toute douloureuse qu'elle soit, n'a le plus souvent qu'une pierre ou un morceau de bois pour chevet. La paille, enveloppée d'une loiie grossière, est un chevet luxueux qu'on ne connaît guère dans les
cclio misère du cc)i|>s iTcsl \'wn couipaicea la inisèiT dv Viuuc. Oli! les (.uissanS (jiil ('té bien C(ju|)al)ksî lU ^ril i puis- (ji>ur conom prt' It\> pi (ils, pom abmlii leurs iuslinclsde couraj;t' el dlioniicur, pour ks rendre giossici'S, couards, slupides cL j)er\(rs, tous les genres df hiulaiilé. Les iils deciiu^ du ciel sonl, au ij;r('' de leurs uiaiirrs, des créatures abjecles el (açoniiees a tous les rntpris 11 en est qui se sonl lellenient éloignés du ispe sacré, qu'ils ont été remplacés par un (pieUpie chose sans nom oans la eiéalion de Dieu. Déshérités de leur caractère primitif , ils C)nl foiUK' une race inconnue , pjuscju'elle est une race dépravée. .N tst-ee pas asec une compassion mélec de »d(^oùt et d'horreur que vous No\t/. de.s iMunmes, \os IVeies, marclu r a la iiuv du soleil, j)niiaril sur leui
front les marqaes hideuses du vice effronté et bas, d'autres se trouver honteux de la nudité de leur corps, et mendier le pain des affamés? Que de misères éclaire le jour! Que de laideurs ignobles dont le maitre n'est pas complice, et qui furent ignorées de l'humanité heureuse ! Que d'affronts a subis dans la longueur des temps cet être que Dieu avait institué le roi de l'univers! La bête a gardé purs ses traits extérieurs et ses instmcts ; l'homme qui a reçu le don immortel de la pensée, a dégradé tout à la fois son visage et son cœur; il est tombé au-dessous de la bête. A force d'avilissement, il n'aime plus, il ne peut plus aimer, sa grande détresse est là. Madame, c'est sur un peuple libre, intelligent et satisfait qu'il serait beau de régner !
— Monsieur iNervil, tout cela est admirable dans votre bouche , mais (|ue pouvons-nous à
cesdouIruislH'irclilairesPNousnoconnaissons pas un (le nos sjrands (jui Noudrait se dt-faire de ses cliàUaux et de ses parcs, pour uoas doter d'un peuple l)U'n nourri, b'u n \êlu et conlenl. Il esl facile d( si^^naler If mal, in.ns les moyens de re\lirper sont presque loujours iinpralicahli'S.
Que les rois diau^ent leur auie, dit le jeune homme, les grands changeront la leur aussi .
— Je ne sais, Monsieur, mais on a pour ces pauvres rois de terribles exigences. On demande à ciiacuti d eux plus de génie et de bonté (pion n'en deîuanderail à tous les hommes ensemble. Qu'on me monlre doiK cet êtie capable de Caire de vos espérances autre chosr- (ju^ur» heau lèvc. je lut obéirai,
moi.
— Vous le nieriez, madame.
— Non, je ne le nierais pas, mais où estil ce sage? Quelle société a donc échappé par lui à ravilissement et au nnialheur communs? J'interroge inutilement ce qui a vécu. Les peuples, il faut bien le dire, Monsieur, sont immodérés dans leurs prétentions; les rois, au contraire, perdent chaque jour de leurs droits. Si les choses continuaient dans ce sens, ils ne seraient bientôt plus que des rois de parade, bons, tout au plus, à orner de leur majesté insignifiante quelque longue et stupide cérémonie, où l'on pourrait les voir et les railler à l'aise. Monsieur Nervil, je tiens pour un lâche le roi qui consentirait à l'être de cette façon, et déclare digne de tous les genres de misères le peuple qui ose tenter de dégrader ses rois.
— Faire entrer le pouvoir excessif des rois
dans (les lirniles sat^es. csI-cm* \rs dr^intl^^i . mariarne *
— Ce langage est (riinc insolence!... Pourront je veux bien descendre un moment à votre point de vne. I.imitei- le poiiNoii des rois, ce serait les assimiler aux niasses; el les masses sont incapables pai- lein nature de savoir ce (jui leur est bon ou luiisiblf.
— Klles ont des répugnances instnicli\es pour tout ee qui It s avilit, madame; et les répugnances ont éclalé souvent, et ce n'a pas été en vain. Voyez les serfs, ds dis{)araissenl et font place à des bommes libres.
— Convenez donc que des bommes libres sont parfois bim embarrassés d'une liberté qui ne leur doime pas du |)ain, el qui iail de la plupart cpjc des gueux et des débaucbés.
— Ils sentent du mnins la jusiice de celte liberté! Nous n'en lrou\eiei pas uii ^\u\ ne
frémisse en se rappelant que ses pères étaient vendus naguère avec moins d'attention qu'on ne vend de nos jours des bœufs et des moutons sur le marché public. Walter cita quelque chose de la formule des actes : « Avec « les bâtiments et tout le cheptel, manants, « bestiaux, charrues,.. ». Manants, bestiaux! Quelle mêlée !
— Les torts d'un autre âge ne sont pas les nôtres, Monsieur.
— Mais le notre en a aussi , madame , et qui ne sont pas moins graves, car ils partent de consciences plus élevées. Il n'appartient d'ailleurs à aucun homme de borner les droits de l'humanité; ces droits sont infinis.
— Ce sont de grands mots, Monsieur. Eh bien, moi, reine, j'aimerais mieux porter ma tète sur l'échafaud que de sanctionner de telles extravagances. Mais c'est trop de temps
pour dis (jiicslioiLs miiliU^, nous mndds a vous cieiiiaïuk'r si nous vouIc/. leiilier tlaiis le sein (lu tiUliolirisiiu'.
— Je n'ai jamais ('U' callj()ii(|iie, rnailarnr
— Voulez-vous le devenir.'
— Je ne Ir j)uis pas.
— \ ous j)réréiez donc la nioii a la vt riu- .'
— Si je m'égarais ainsi, je ne serais (|u'uii fou.
— El vous avez la prêtent ion délie un homme raisonnable? —
Si je vous laissais du temps encore *
— Le temj>s ne chani^erail rien a mes idées religieuses, madame.
— Le temps débarrasse Tesprit d'orgueilleuses obstinations.
— Il va un lionmie aussi convaincu (jue vous , madame, qui a lout fait pour m'amenfi- à la foi; cet homme y a leiioncé.
— Peut-être s'est-il découragé trop vite.
— Non, sa patience et son énergie de cœur ont été admirables, mais il a vu l'inutilité de ses efKbrls.
— Miss Reydnor vous est chère.
— Oui, bien chère; mais je ne serais pas l'homme de son clioix, si je lui sacrifiais ma conscience.
— Mon devoir de reine catholique s'oppose à ce que vous soy*?ez plus longtemps pour votre pays un sujet de scandale. Dieu veuille ne pas me punir d'avoir tant tardé àTaccomplissement de ce devoir. Prévenez la jeune fille dont vous avez fait le malheur, que mer
creâ'i spin vori<^ df^rnier jour n lotis «Ipijx Waltpr fit un urstr de pitié.
— .Ip vous plains. rnnH.imf*.