‹ MarieAntoinette et le procès du collier d'après la procédure instruite devant le parlement de ParisChapitre 10 sur 48 · ET LE 1M10CES MT CCH. MER · texte numérisé non relu

ET LE 1M10CES MT CCH. MER

Ils sc rendent chez I horloger Furet et lui achètent trois pendules du prix de 3,720 livres, et, la veille du jour où les pendules doivent être livrées, ils donnent à compte deux diamants évalués 2,700 livres; de plus, madame de Lamotte propose à Furet de lui faire une montre enrichie de pierreries qu’elle fournirait elle-même; elle tire alors de sa bourse plusieurs diamants qu’elle fait voir à l'horloger; celui-ci lui fait observer qu’ils sont trop gros pour une montre, et offre de les lui monter sur des bracelets 1 .

Mais le plus important pour M. et madame de Lainottc était de transformer en argent les diamants du collier; c’est encore à Kétaux de Villette qu’ils s’adressèrent pour y parvenir; Rétaux, I intime ami de madame de Lamotte, le faussaire qui avait contrefait l’écriture de la Reine, l’homme qui avait été acteur dans les scènes de la d’Oliva et de la remise du collier, proposait , dès le 15 février, à un juif nommé Vidal, trois paquets de diamants valant environ 20, (XK) livres*; mais celui-ci, craignant qu’ils ne lussent le produit d’un vol, tant ils étaient offerts à vil prix, prévenait l’inspecteur de police du quartier Montmartre ; celui-ci mandait Rétaux’ à

1 Information : Déposition de Furet.

1 Information : 1 >é position d’Israël Vidal, âgé de cinquante-cinq an», marchand, rue .Neuve Suint-Kustache.

’ Information : Déposition de l.ouis-Marc-Antoinc Kétaux de Villette, âgé de trente-cinq ans, ancien gendarme.

MARIE-ANTOINETTE

son bureau , et lui demandait d’où provenaient ces diamants; après un peu d'hésitation ,Villctte répondait qu'ils provenaient d’une dame de Lainoltc, à qui il les avait rendus; malgré cette réponse, l’inspecteur de police le conduisait chez le commissaire Gauthier, pour y faire sa déposition et v subir interrogatoire 1 .

INTERROGATOIRE DU SIEUR RÉTAUX DE Vlt.l.ETTE , ARRÊTÉ DE 1,’ORDRE DU ROI *.

« 16 février 1785.

« L’an mil sept cent quatre -vingt-cinq, le mercredi seize février, une heure de relevée, en notre bétel et par-devant nous, Augustin -François Gauthier, avocat en Parlement, conseiller du Roi, commissaire au Châtelet de Paris, est comparu le sieur Jean-François de Bruguières, conseiller du Roi, inspecteur de police.

Lequel a conduit devant nous, en vertu des ordres du Roi dont il est porteur, le sieur Louis-Marc- Antoine Rétaux <Ip miette, ancien gendarme Dauphin, demeurant rue Saint- Louis au Marais, n° 53, pour être interrogé* sur la vente qu’il a voulu faire

* Information : Déposition de Jean-François de Brugnières, Agé de cinquante ans, conseiller du Roi , inspecteur de police du quartier Montmartre, rue Taithout.

J Arctùvcs de l'Empire, V, 12076.

d’une quantité assez considérable de diamants et a signé

DE BRUCMERES.

Desquelles comparutions et dires avons donné acte audit sieur de Bruguières, et ayant fait comparaître le particulier arrêté, lequel après serment par lui fait de dire vérité, interrogé de ses noms, surnoms, âge, qualité, pays et demeure,

A répondu se nommer Louis- Marc- Antoine Rétaux de fillette, âgé de trente ans, ancien gendarme Dauphin, natif de Lyon, demeurant rue Saint-Louis au Marais, n°53, vis-à-vis les dames du Calvaire.

Interrogé s’il a proposé en vente aux sieurs Adam et Vidal une quantité de diamants sur papier,

A répondu que oui.

Interrogé quel était le nombre et la qualité de ces diamants, et s’ils lui appartiennent ,

A répondu qu’il y avait quarante diamants brillants, de la valeur d environ 400 francs pièce, qu’ils ne lui appartiennent pas, mais à une dame qui l'avait chargé de les vendre, et à laquelle il les a rendus; qu’il ne pourrait sans compromettre cette dame la nommer, à moins d'un ordre exprès de M. le lieutenant général de police, à qui seul il la nommera s’il l'exige.

Interrogé s’il a été mis en prison ou repris de justice,

A répondu cpie non.

MAHIE-ANTOI N KTTK

Lecture à lui faite de son interrogatoire et de ses réponses, a dit icelles contenir vérité, y a persisté el a signé

R ÉTAUX DE VlELETTE.

I, ayant fait fouiller, ne s’est rien trouvé de suspect.

Ce fait , nous avons laissé ledit sieur Rétaux de Fillette au sieur de Brugnières, pour être conduit chez M. le lieutenant de police, à l’effet d’être par lui ordonné ce qu’il appartiendra.

Signé Gautiiieii. de Brugnières. »

Du cabinet du commissaire, Rétaux de Villette fut conduit chez M. Lenoir; là il répéta ce qu'il avait dit à l’inspecteur, que ces diamants lui avaient été confiés par une dame de Lamotte-Valois ; la réputation de madame de Lamotte était assez équivoque pour que M. Lenoir chargeât de Brugnières de voir au bureau de sûreté s’il n’y avait pas de déclaration de vol de diamants; celui-ci s’y rendit, mais comme il n’y avait aucune plainte de déposée, l’affaire n’eut pas de suite '.

Cette tentative infructueuse arrêta quelque temps le désir qu’avait madame de Lamotte de faire de l’argent avec les débris du collier; elle résolut de se borner pour le moment à se garnir un riche écrin, et se fit monter par l’orfévre Rejfnier deux gros

* ht formation : Déposition de Brugnières.

F. T LE PROCÈS l>U COLLIER.

brillants pour harpies, valant environ 25,000 livres les deux; puis elle paya cette dépense et quelques autres dettes qu elle avait chez le joaillier, avec des diamants dont le détail suit : vingt brillants du poids de quarante-deux karats, un brillant de dix-sept grains et trente-neuf brillants de cinquante-neuf karats et demi. Reynier, pour faire de l’argent de ces bijoux, les remit à une courtière, la femme Coquelin, qui les vendit successivement à Railleul, orfèvre, rue Saint-Louis; à Langrade, joaillier, quai des Orfèvres ; à Montagne, joaillier, rue Saint- Louis, et en retira une somme de 27,700 livres 1 .

Ou pense bien que ce n’étaient que les plus petites pierres du collier et les plus communes que madame de Lamotte pouvait ainsi montrer à des joailliers; les plus belles étaient trop connues, et n'eussent pas d’ailleurs tardé à revenir entre les mains de Bobiner ou de Bassenge, et tout eût été découvert. Aussi est-ce à l’étranger qu’elle voulut écouler ses plus beaux diamants. Déjà Rétaux, lors de sa comparution devant l’inspecteur Brugnières, avait parlé de vendre des pierreries en Hollande*. Cette idée, qui au mois de février n’était encore qu’en germe dans la tète de madame de Lamotte, y prit plus de consistance pendant le mois de mars suivant, car, à cette

* Information : Dépositions (le Régnier et de Marie-Madeleine Martin , femme de Claude Coquelin , âgée de cinqu.iuledeux ans, courtière en diamants, rue de la ltarillerie.

1 Information : Déposition de Brugnières.

MARIE- A K TO I N KTT K

époque, M. de Lamottc proposait à un sieur O’Neill, ami de sa belle-sœur, de passer avec lui en Angleterre; mais celui-ci ayant demandé quelque répit, ce voyage fut remis au mois d’avril, et eut lieu en effet à cette époque. O’Neill n’accompagna M. de Lamotte que sur les instances réitérées île madame de Lamotte

Avant de quitter Paris, M. de Lamotte s’était rendu chez le banquier Perregaux, et lui avait apporté une somme de 2,000 écus, que celui-ci avait convertie en une lettre de crédit sur Londres*. Ce fut vers le 10 avril qu’eut lieu le départ. Trois jours après, le père Loth, revenant d’un voyage à Bruxelles, alla visiter les époux Lamotte; il ne trouva que madame, qui lui dit que son mari était en Berry pour recueillir une succession. Quelques jours après il dînait chez elle; la conversation étant tombée sur M. de Lamotte, madame de Lamotte lui dit qu’il était eu Poitou; enfin, à la fin du même mois, elle se décida à lui avouer qu’il était en Angleterre, où il avait gagné 1,000 louis dans un pari pour une course de clic vaux s .

Lamotte était en effet en Angleterre, mais ce

* Information : Déposition de Jean O’Neill, âgé de quarante-neuf ans, capitaine au régiment de West, à l’ile d’OIéron, à l’âiis, rue du Four.

1 Information : Déposition de François-Louis l’erregaux r âgé de trente-neuf ans, banquier, nu; du Sentier.

1 Confrontation du cardinal avec le père l.otli.

.n’était pas (le chevaux qu’il s'occupait ; à peine arrivé à Londres, il sc rendit chez le joaillier Gray, et, pour entrer en relations avec lui, il lui montra un gros diamant ayant la forme d'un cœur, en le chargeant de l’appareiller. Le joaillier n’y put réussir. Lamotte voulut alors le vendre 30,000 livres, mais Gray n’en voulut donner tjuc 20,000 livres, et rien ne fut conclu 1 .

Cependant leurs relations n’en restèrent pas là, et les pièces suivantes donneront une idée des affaires qu’ils firent ensemble.

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