‹ MarieAntoinette et le procès du collier d'après la procédure instruite devant le parlement de ParisChapitre 11 sur 48 · DÉCLARATION DU SIEUR CRAY, JOAILLIER · texte numérisé non relu

DÉCLARATION DU SIEUR CRAY, JOAILLIER

u Londres, le 15 novembre 1783.

Je, William Gray, fils et associé de Robert Gray de Rond Street, à Londres, certifie par les présentes que les principales circonstancfes de mes opérations avec le comte de Valois sont comme il suit.

Dans le courant d’avril dernier, époque de ma première entrevue avec lui, il fut amené dans ma boutique par M. O’Neill, capitaine au service de France, et me montra en différentes fois diverses jtrtrlies de diamants d'une immense valeur. Il me les proposa tous à acheter, me disant qu’il les avait en héritat/e de sa mère, qui venait de mourir, et qui les portait en / tièce d'estomac. Je consentis à acquérir plusieurs de ces pierres, et comme je lui en offris

1 Information : Déposition d’O’Neill.

2 Pièces justificatives pour M. le cardinal de Rohan, accuse.

SU MARIE- ANTOINETTE

meilleur prix qu’on ne lui en avait offert nulle part, il désira conclure avec moi , et je lui eu pris pour la valeur de plus de 10,000 livres sterling, que je lui payai partie argent comptant et partie eu divers articles de bijouterie, ainsi qu'il conste du décompte ci-joint.

Les pierres que M. de Valois m’a vendues ressemblent si exactement tant en poids qu'en figure à relies du collier fait récemment à l’aris (tel qu’il m’est connu par un dessin (pii m’a été remis par M. Barthélemy, chargé des affaires de France, et par un détail qui m’a été montré ensuite), que je n’ai pas le plus léger doute quelles if aient été enlevées du collier.

J’ai joint ici une copie du susdit détail, et en marge j'ai noté non-seulement les pierres que j’ai achetées, mais encore celles qu’il m’a montrées uniquement et que je n’ai point acquises.

Tous ces diamants étaient démontés quand M. de Valois me les apporta, et ils étaient si endommagés daus leurs tailles , que je comprends qu’on les aura arraches à leur monture avec un couteau ou quelque instrument semblable.

A la marge du détail, j’ai noté b article 2 comme en ayant monté les pierres, savoir : quarante et un brillants formant les trois festons, etc. Les trois festons étaient, je crois, compris eu totalité dans le nombre de soixante pierres que M. de Valois m’apporta à la fin du mois de mai dernier, avec ordre

de les monter en un collier et nue paire de boucles d’oreilles, qu’il médit destiner ù madame la comtesse ; ces soixante pierres étaient certainement toutes prises de différentes parties du collier originaire, ainsi que je le reconnais par le dessin et le détail de ce bijou.

Le 26 du mois de mai, jour où je le vis pour la dernière fois avant son départ d’Angleterre, il me dit que lorsque ce collier et ccs boucles d’oreilles seraient achevés, il désirait que je les envoyasse à M. Sykes, à Paris, pour lui être remis. Mais je regardai ces bijoux comme d'une valeur trop considérable pour être confiés à une voie ordinaire de transport, et nulle occasion favorable ne s’étant présentée, ils demeurèrent en ma possession jusque vers le 20 août dentier, que M. de l'a loi s vint lui-même dans ma boutique et les em/iorta.

Lors de ce dernier voyage de M. de Valois, je ne le vis que deux fois, et dans l’une de ces entrevues il se plaignit que l’épingle de diamants en étoile qu'il avait achetée pour madame la comtesse, étant entièrement montée à jour, elle en avait par accident perdu deux ou trois pierres en la portant. Il me fit mention en même temps de plusieurs autres articles que je lui avais vendus comme étant employés ù Bar-sur- Aube ou y ayant été laissés, mentionnant en particulier les deux belles épées d'acier notées dans le compte ci-joint.

J'aurais dû faire mention (pie vers le cominence-

MARIE- ANTOINETTE

ment de juillet, je reçus une lettre de M. de Valois, datée de Bar-sur- Aube, par laquelle il ine prévenait qu’une personne, dont j’ai oublié le nom, viendrait dans ma boutique demander le collier et les boucles d’oreilles, et il me donnait ordre de les lui remettre. En effet, peu de jours après, cette personne m’apporta un mandat de M. de Valois, sur moi, de huit {{uinées, somme que je lui devais pour balance de notre compte de bijoux; mais comme il me devait lui-même davantage pour la façon de la monture du collier et des boucles d’oreilles, je refusai de payer les huit guinées.

J’ai dit ci-dessus que M. de Valois prit de moi comme portion de payement divers articles de bijouterie; j’ajoute qu'il prit aussi une grande quantité de perles, et il parlait ordinairement de tout cela comme de choses destinées à madame la comtesse (car c’est la dénomination qu’il employait toujours), ou propres à l' ameublement de. sa maison. En général, la nature des articles dont il faisait emplette et l’ensemble de sa conduite et de ses discours dans tout le cours des affaires qu’il a faites avec moi, me l'ont toujours fait regarder connue agissant pour lui-méme, et je demeure toujours dans la très-parfaite conviction et opinion qu'il n'a pu être l'agent d'aucune autre personne, et n’a vendu les bijoux au compte de qui que ce soit autre lui-même.

Signé William Gray. «

EXTRAIT ET COPIE VÉRITABLE DU GRAND LIVRE DE M. GRAY, TIRÉS ET ATTESTÉS PAR MOI JOSEPH klHKLP , COMMIS DE MM. GRAY ET FILS*.

Monsieur le comte Je Valois, à Londres, doit à Itobert Gray.

• 20 tuai 1 7H5.

Liv.st. Schelling». Deniers.

l'n médaillon de diamants 230

Une bague de diamants 94 10

l'n noeud de perles pour une dame. . 52 10

Un écran à feu 1 4

Un entonnoir et son verre 6

, Une bourse 4 14 G

Une irès-belle épée d’acier 100

Une très-belle épée d’acier 45

Deux étuis à cure-dents 12 12

Un grand couteau à découper et sa

fourchette 1 4

Une paire de boudes d’acier bleu. . 18

Deux mille aiguilles 1 10

Une case lie? forte 5 5

Un anneau de diamants eu jonc. . . 18 13

tjuatre rasoirs 1

Monture d’une bague de diamants. . I 8

Ëtui pour les bagues 8

Portefeuille de soie garni de ses instruments 12 12

Un tire-bouchon 12

Une belle épingle de diamants en

étoiles 400

Une paire de pincettes il asperges. . . 2 12 G

Une montre d’or 38

Pièce» justificatives pour M. le cardinal de Hohan, accusé.

M AB I K- ANTOINETTE

Liv. 81. SchcUill(;i. Dell i rr>

line bourse 4 14 6

Un cordon de ranne I 1

Une paire de balances à diamants. . I 1

Un siphon 5 5

Une paire de pincettes de paresseux. 10 6

Un collier de perles 170

Mille huit cents perles 270

Une aigrette de diamants en rose. . . 60

Une paire de boudes d'acier 18 18

Une chaîne de montre 6 16 6

Une belle paire de boucles d’oreilles

de diamants 600

Une bague en brillants 1(M)

Une tabatière eu diamants. . . ... 120

Une agrafc de chemise en diamants. . 28

Une paire de bondes. . . 7 7

Une autre 3 13 6

Une partie de semence de perles et

autres perles jiour broderie 1,800

Sorti de la caisse en argent 6,0!M)

Total 10,307 1. st. 6sch.

Somme pareille en valeur de divers

articles de diamants 10,307 1. st. 6sch.

Monsieur le comte île Valois

doit à Robert Gray.

23 juillet 1785

Montage d’un collier à brillants et de boucles d’oreilles par lui laissés à

M. Cray, le 26 mai précédent. . . 24

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