‹ MarieAntoinette et le procès du collier d'après la procédure instruite devant le parlement de ParisChapitre 32 sur 48 · TROISIÈME INTERROGATOIRE DE RÉTAUX .DE VILLETTE · texte numérisé non relu

TROISIÈME INTERROGATOIRE DE RÉTAUX .DE VILLETTE

Du jeudi 1 1 mai 1 786.

Par-devant nous, Jean-Bnptiste-Maxinli lien -Pierre Titon, conseiller du Roi en sa cour de Parlement, a été amené, en l’une des salies du gouvernement du château de la Pastille, le sieur Rétaux de Villette.

Interrogé de ses nom, surnoms, âge, qualités et demeure ,

A dit se nommer Louis-Marc-Antoine Rétaux de Villette, âgé de trente-deux ans, ancien gendarme, demeurant avant sa détention rue Saint-Louis, au Marais.

A lui représentées deux lettres, l’une datée de Paris du 3 mai, l’autre également datée de Paris du t mai 1786, toutes deux signées Rétaux de Villette, avec les enveloppes desdites lettres, portant l’adresse : a A monseigneur le comte de Vergennes, secrétaire d’Etat à la cour ; » l’avons sommé de déclarer s’il est l’auteur desdites lettres et enveloppes, et de les parapher.

Ledit Rétaux de Villette, après avoir examiné lesdites deux lettres et enveloppes, a déclaré qu'il en est l’auteur; que c’est lui qui les a fait parvenir à M. le comte de Vergennes , et qu’il est prêt de les parapher.

A lui représenté que de la dernière lettre il résulte qu’il ne nous a pas dit toutes les particularités dont il a connaissance dans cette affaire, et que d’après le ser-

1 Archives de t Empire , X’, 2576.

ment qu’il a prête il doit à la justice de ne rien dissimuler; l’avons somme de nous déclarer ce qu’il entend par la dernière phrase de la seconde lettre,

À répondu que la dernière lettre qu'il a eu l’honneur d’écrire h M. le comte de Vergennes a précédé son dernier interrogatoire, où il a donné en abrégé l’idée des connaissances et particularités qu’il a dans cette affaire; que, puisque la justice exige des détails plus circonstanciés, il va les donner. Il a été instruit à peu près dans le mois de juin ou de juillet 1784, par la dame de L.amotte , que M. le cardinal l’avait pressée de faire une démarche auprès de la Reine, afin que Sa Majesté fit connaître ses intentions à M. le cardinal, pour qu’elle, dame de Lamotte, en reçût des bienfaits , et que par ce moyen cela donnât occasion à M. le cardinal d’avoir des rapports directs avec la Reine, auprès de laquelle il n’était pus en faveur. La dame de Lamotte, en conséquence, s’était jetée, comme il l'a dit déjà, aux pieds de la Reine; cette démarche fut infructueuse. La dame de Lamotte, interrogée par M. le cardinal sur l’effet de sa démarche, lui répondit , soit par vanité ou ne voulant pas avouer son peu de réussite, qu’elle avait vu la Reine, qu’elle lui avait fait l'exposé de sa situation fâcheuse, et qu’elle lui avait parlé avantageusement du cardinal, lequel lui recommanda de continuer ses bons offices auprès de Sa Majesté dans ses entrevues subséquentes, ce que madame de Lamotte lui dit avoir fait. La dame de Lamotte fit écrire par lui répondant , à peu

près au mois de mai, comme il l’a dit, des lettres auxquelles il ne comprenait rien ; mais que d’autres lettres, ainsi que les précédentes censées venir de la Reine et plus circonstanciées, l’ont éclairé, et lui ont fait connaître l'ambition et la nature des prétentions de M. le cardinal, qui étaient, autant qu’il peut le dire, un désir véhément d’obtenir les bonnes grâces de Sa Majesté pour parvenir au premier ministère , en écartant les personnes en faveur qui pourraient y apporter obstacle. Cette correspondance a duré jusqu’à la scène de la demoiselle d’Oliva, avouée par tout le monde. 11 peut d'autant plus ussurer la vérité de ce qu’il vient de nous dire relativement à l’explication des lettres qu’il a écrites, qu’il a vu une partie des lettres de M. le curdinal auxquelles on le chargeait de répondre, correspondance que peut attester le baron de Planta. Pour le reste, il s’en réfère à ses interrogatoires et confrontations, auxquels il n’a plus rien à ajouter.

Titon. Rétaux de Villette.

MU

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