‹ Mariée en blancChapitre 17 sur 142 · LE PÈRE · texte numérisé non relu

LE PÈRE

Magali se jeta au cou de l'institutrice, et appuyant sa tète sur son épaule, l'embrassant avec tendresse, elle lui susurra à l'oreille :

— Si vous saviez comme je suis heureuse !

M"*^ Mercier avait bien compris déjà ce que l'adorable enfant avait à lui dire.

— Il m'aime !

— Mais oui, ma chère mignonne, je le sais bien, dit l'amie de Léon, il t'aime... et toi aussi tu lui as donné ton cœiii"

— Oui... oui, tout entier!... répondit MaL;ali sous les baisers de celle qui lui tenait lieu de mère.

Paul les rejoignit.

— Alors, c'est bien vrai ? lui demanda M"' Mercier, vous aimez ma fille?

— Si je l'aime!... s'écria le jeune homme. Ma vie entière est en elle désormais!... tout mon bonheur est ici, entre ses mains, entre les vôtres, entre celles de mon oncle!...

— Ce n'est pas nous qui y mettrons obstacle, ajouta rinstilulrice.

Et se tournant vers Léon qui revenait avec Mouredu et Norine, qui avait entendu ces dernières paroles :

— N'est-ce pas, monsieur des Roselles? demanda-l-elle.

Le père de Magali ne put cmiirilicr un soupir de s'exhaler de ses lèvres.

11 attendit un instant pour répondre, comme s'il ne pouvait se décider à souscrire à cet amour qui cependant, il le sentait bien, devait faire le bonheur de sa fille.

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Enfin, il dit pourtant :

— Le bonheur, mes chers enfants, ce n'est pas moi seul qui peux le dispenser.

Paul et Magali le regardaient avec surprise, ne comprenant pas le sens énigmatique de ses paroles.

Puis, après un silence, Paul demanda :

— Que voulez-vous dire?

— Bientôt, tu sauras, mon ami, répondit l'officier de marine.

Il y avait donc un mystère?... une menace peut-être contre leur amour ?

Que signifiait ce langage?

Qu'y avait-il donc à apprendre ?

Paul et Magali éprouvaient alors des angoisses aussi vives qu'avait été le bonheur qu'ils venaient de goûter?

Le neveu de Léon surtout était impatient de connaître le sens de ces paroles.

Il avait été entendu qu'il passerait la nuit à Cormeilles et qu'il ne repartirait que le lendemain pour Paris.

Norine lui avait fait préparer une chambre voisine de celle de son oncle.

Alors, le soir, lorsqu'on se sépara, Léon des Roselles conduisit son neveu dans son cabinet de travail, et là, seul avec lui :

— Mes paroles t'ont inquiété, n'est-ce pas? demanda-t-il avec bonté.

— Je me demande, répondit le jeune homme, ce qui pourrait s'opposer à mon bonheur, car, c'est vrai, depuis que je vous ai entendu dire qu'il ne dépendait pas de vous de me rendre heureux, mon âme est en proie aux plus douloureuses angoisses.

Et prenant la main de son oncle, assis auprès de lui :

— Si vous saviez combien je l'aime, dit-il avec l'accent de la plus sincère passion, vous comprendriez que désormais toute ma vie dépend d'elle.

— J'ai bien compris ton amour, répondit Léon des Roselles, et peutêtre aurais-jedù, avant de te le laisser concevoir si grand, te dire ces choses dont l'annonce a suffi pour te rendre si malheureux.

— Quelles choses?... de quoi s'agit-il, mon oncle? questionna impatiemment le jeune homme. — Y a-t-il quelque chose qui puisse faire obstacle à mon bonheur ?

— Peut-être.

— Oh! vous redoublez mon tourment... Parlez, je vous en conjure.'...

— Tu aimes donc Mat^ali? commença le malheureux père.

— Je l'aime plus que moi-même, plus que lout au monde, répondit Paul avec feu.

— Tu veux en faire la femme?

— Je veux qu'elle soit la compagne de ma vie entière, parce que c'est d'elle que dépend mon bonheur.

— N'as-lu pas réfléchi sur sa situation ?

— Sa situation !... laquelle?

— Tu sais que cette chère enfant que j'aime comme ma fille,... que nous aimons tous ici, est une orpheline que nous avons adoptée...

— Oui, dit Paul, qui ne pouvait encore comprendre où son oncle voulait en venir, je sais que c'est M"= Mercier et vous qui l'avez élevée, qui vous êtes attachés à elle, qui êtes tout pour elle...

— Eh bien! reprit Léon des Roselles, il faut aujourd'hui que je te dise autre chose...

— Quoi donc?

L'oflicier de marine avait de la peine à parler.

— Magali n'est pas seulement orpheline, dit-il après un effort sur lui-hième, sa naissance est illégitime... elle est bàlarde...

— Bàlarde!

— Oui... Sans nom,... sans père et sans mère.

— Eh bien, qu'importe!... ^'e lui donnerai-je pas mon nom, moi, on l'épousant?

— Celle silualion, peiisai-je, pourrait te donner à rénéchir,... modifier peut-élre lis inlcnlioiis...

— Non, oh non! s'écria vivement Paul des Hoselles; rien n'est capable de changer mon cœur cl je le lui ai donné tout enlier.

— Ce n'est pas loul.

— Ou'avez-vous encore à m'apprendre?... Vous voyez bien que rien ne saurait déliuire uiuu amour.

— Non seulement celle chère enfant est d'une naissance irrégulière, non seulement il y a une lâche sur son berceau, mais celte lâche ne pourra jamais être effacée...

— En esl-elle responsable? dit Paul, et s'il y a eu déshonneur, doitelle, innocente, en supporter le poids ?

— C'est vrai, mais...

— Est-ce qu'en lui donnant mon nom, le vôtre, je n'effacerai pas loul?

— Non, car elle a un père.

— Eh bien! son père...

^ Son père vit.

• — Il peut donc réparer sa faute en la légitimant.

— II ne le peut pas ? répondit Léon des Roselles en refoulant les douleurs qui le poignaient.

— Et sa mère?

— Sa mère...

— Oui, sa mère ?

— Elle est morte !... prononça le père de Magali d'une voix creuse.

— Et elle sait?

— Magali ne sait rien ; elle se croit orpheline.

Mais en vous, elle a un père, comme elle a une mère avec M"= Mercier, dit Paul avec fougue. Ceux qui lui ontdonnéle jour n'ont pu, sans doute, faire autre chose que ce qu'ils ont fait, et il ne nous appartient pas de les juger.

Et puis qu'importe tout cela, ajouta-t-il en changeant de ton? Est-ce que je ne suis pas au-dessus de ces préjugés sociaux qui tendent à faire un paria de l'enfant qui a eu le malheur d'avoir une tache sur sa naissance?... Est-ce l'enfant qui est coupable?... Et ceux qui lui ont donné le jour, ne sont-ils pas souvent plus à plaindre qu'à blâmer?

Pour moi, mon oncle, sur celte question, je ne vois qu'une chose : l'enfant est le vivant témoignage de deux êtres que l'amour a unis, et que parfois l'implacable, l'injustice destinée, a séparés; et à ce titre l'enfant, d'où qu'il vienne, a droit à ma sympalliic et parfois à ma pitié... comme ses parents.

Léon des Roselles, qui se sentait remué profondément par les paroles de son neveu, ne put plus y tenir à cet instant et il lui prit les mains en l'attirant à lui.

— Je suis heureux, dit-il en réagissant contre l'émotion qu'il éprouvait, de t'entendre exprimer ces nobles et généreux sentiments!... Oui, tuas raison, Paul... L'enfant quel qu'il soit, d'où qu'il vienne, est un être sacré ! . . .

^— Mais le jeune homme, entièrement absorbé par son amour, ne pouvait pas remarquer ce qui se passait chez son oncle, car avec la moindre clairvoyance, il se fut immédiatement douté de la vérité.

— Ai -je, lorsque je l'ai aimée, reprit-il, regardé quelle était sa naissance?... L'amour ne raisonne pas ces choses-là. Celui qui aime subit malgré lui l'irrésistible attraction qui s'empare de tout son être, sans voir au delà de l'objet qui seul emplit son esprit et son cœur.

Nous nous sonmies aimés!... Nos âmes se sont confondues et, bien avant que nos lèvres eussent parlé, elles s'étaient déjà communiqué leurs

sentiments!... Aujourd'hui il n'y a plus de bonheur possible pour elle comme pour moi que dans la consécration de notre amour, et c'est à vous que je'demande de me donner ce bonheur que j'ai entrevu.

Léon des Roselles connaissait mieux encore qu'auparavant combien grande était l'affection de Paul pour sa fille.

La générosité de son cœur l'engageait à lui faire connaître, dés maintenant, la vérité tout entière, car il faudrait que Paul sut un jour qu'il était le père de celle qu'il aimait.

Il hésitait.

Enfin cependant, il fit un effort sur lui-même et il demanda :

— Alors, tu aimeras Magali malgré tout?

— Je l'aimerai plus encore, répondit Paul des Roselles, maintenant que je sais qu'elle a eu le malheur d'être privée de ceux qui, les premiers, auraient fait connaître à son petit cœur les joies de la tendresse et de l'affection, car je lui donnerai tant d'amour qu'elle ne s'apercevra jamais qu'il en est un qui lui a fait défaut.

— Mais tu ne sais pas tout encore, dit l'officier de marine d'une voix grave.

— Qu'ai-je donc encore à apprendre?... Quoi que ce soit, rien n'est capable de modifier mes sentiments, je vous le jure.

— Oui, mon enfant, je le sais, je l'ai compris... et c'est parce que je suis sûr de toi que je veux tout te dire.

— Oh ! parlez, mon oncle, parlez!... Tout ce qui se rapporte à Magali me touche et m'intéresse... Tout ce que vous me direz ne contribuera qu'à augmenter l'amour que je lui ai voué...

— Je t'ai dit que le père de cette chère enfant vivait, reprit Léon des Roselles avec peine.

— Oui... Eh bien?

— Son père... tu le connais...

— Moi,... je le connais!

— C'est...

— Ah! je comprends,... oui, c'est ça, n'est-ce pas?... C'est vous?... Vous?

— C'est moi i

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