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H38 MARIEE EN BLA^C

— Voilà; l'appartement est libre, comme vous l'avez vu, vous pourrez vous installer quand vous voudrez.

— Nous emménagerons demain, dit Bertin.

— Vous n'aurez donc, pour le moment, que le demi-terme à payer, ce qui vous mènera jusqu'au 45 avril.

— Très bien, madame.

L'amant de Palmyre prit alors dans son porte-monnaie la somme indiquée par le reçu et la compta sur le marbre de la commode ; il y ajouta une pièce de vingt francs à titre de denier à Dieu, ce qui lui valut les plus chaleureux remerciements de la concierge, qui ne recevait pas souvent des gratifications de cette importance.

Le lendemain, une voiture de déménagement amenait un mobilier complet.

Pour se le procurer, Bertin s'était tout simplement rendu à l'Hôtel des Ventes de la rue Drouot, et là il avait acheté tout ce qu'il lui fallait, le mobilier de chambre en acajou, celui de la salle à manger en vieux chêne, aussi bien que la batterie de cuisine, les tentures et tous les ustensiles et accessoires nécessaires dans un ménage.

La concierge proposa à ses nouveaux locataires de leur procurer une bonne.

Palmyre répondit, conformément à ce que son amant lui avait dit, qu'elle n'avait pas l'intention d'en prendre une; une femme de ménage lui suffirait.

Et elle dit aussitôt :

— Si vos occupations vous permettaient de vous charger de mon ménage, je préférerais cela à prendre une personne que je ne connais pas.

La concierge accepta avec empressement cette excellente aubaine.

Elle avait tout le temps nécessaire et elle pouvait très bien s'en charger; sa fille, qui travaillait à la maison, suffisait à garder la loge.

Elle aida à l'installalion du mobilier et se mit aussitôt à la besogne.

C'était ce que voulait Bertin, qui avait ainsi l'occasion de causer et de préparer ce qu'il avait proji'té.

Causant tour à tour, tantôt Palmyre, tantôt lui, ils expliquèrent à la concierge qu'ils s'étaient décidés à venir habiter Paris où se trouvaient maintenant les affaires de M. Putol, qui viMiait d'être nommé inspocirur d'une Compagnie d'assurances.

Ils avaient choisi le quartier de Clichy parce qu'il leur avait paru plus sain que le centre avec qui, du reste, il était en communication faciic au

moyen des omnibus, et moins cher en même temps que moins éloigné que ceux d'Auleuil, de Passy ou des Ternes. Palinyre dit :

— Je vais avoir bien des choses à me faire faire, car je me suis aperçu déjà que mes robes ne sont guère à la mode. Vous me procurerez bien une couturière?

— Il n'y a rien de plus facile, madame, répondit la concierge.

— Je voudrais une couturière qui vienne travailler chez moi; le prix m'importe peu, je paierai ce qu'il faut.

— Eh bien ! fiez-vous à moi, je vous en aurai une demain.

— Vous en avez peut-être une dans la maison? dit Palmyre.

— Non, madame, mais j'en connais une qui fera très bien votre affaire.

— Il me semblait vous avoir entendu dire, l'autre jour, quand nous sommes venus pour louer, qu'il y avait une couturière au-dessus de notre appartement.

— Ah ! mais oui, s'écria la concierge, ça fera peut-être bien l'affaire de M"' Verneuil, qui ne travaille pas en ce moment.

Bertin et Palmyre échangèrent un regard d'intelligence et de salisfaction.

Ce qu'ils avaient projeté allait se réaliser sans peine.

Ils allait avoir Miette auprès d'eux et ils pourraient agir sur elle comme ils l'entendraient.

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