SCENE XII
Les Mêmes, SÉBASTIEN, venant de la droite, deuxième plan.
SÉBASTIEN
Jalousie dont j’ai l’honneur de vous présenter l’objet : Claude Sébastien.
AMBROISE
Mon frère de lait.
SÉBASTIEN
De plus, artiste peintre, pensionnaire de l’académie royale... élève de Boucher et de Fragouard... respectueusement debout
AuîjS I.
devant mes maîtres, en attendant qu’un fauteuil vacant me permette de m’asseoir.
SIMIANE
Mais oui... je vous connais... c’est vous qui, l’an dernier, à Paris, avez peint pour ma belle-sœur, la duchesse de Simiane, son épagneule Mirza allaitant ses petits.
AMBROISE
Ah! tu peins les chiens, toi?
SÉBASTIEN
Oui, je fais aussi les portraits de famille.
simiane, à Ambroise.
Ainsi, tu croyais monsieur ton rival ?
AMBROISE
Ce n’était pas sans raison... sous le prétexte de prendre des études chez nous, il y passait des mois entiers... et je le surprenais sans cesse avec ma future.
SÉBASTIEN
Par amour pour l’art, jaloux !... j’avais reconnu en elle une si merveilleuse votation pour le dessin... Figurez-vousdes ébauches d’une naïveté charmante, le sentiment le plus exquis de la nature... j’aurais été coupable de ne pas cultiver ce germe de talent qui demandait à naître... de ne pas guider celte main intelligente, mais inhabile encore à reproduire ce que son esprit savait si bien comprendre, ce que ses yeux savaient si bien voir...
Il me croyait amant... j’étais père : je créais uue artiste!
AMBROISE
Moi qui n’entends rien aux beaux-arts, cette paternité-là me bouleversait l’esprit... je partis en disant à ma promise j'fu ne me reverras plus!... îYimporte, elle m’attendait avec confiance... Au retour j’ai reconnu et réparé mes torts.
SEBASTIEN. < '
Oui, grâce à mon dévouement .. Pour le râssurer tout à fait, . j’ai fait semblant d’adorer une femme que je fle pouvais pas souffrir... il a fallu l’épouser... je suis veuf... la vertu est toujours récompense c.
simiane, à Ambroise.
Et définitivement tu es marié!
AMBROISE
Bien marié, je m’en vante!
Tant mieux!... Tout ce qui te touche m’intéresse, moi qui te dois la vie.
SÉBASTIEN
Vraiment !
..j,, . , SIMIANE. ,
Il y a cinq an?, dans l’Inde, surpris ot enlevé par une troupe de fanatiques indiens, j’allais périr égorgé aux pieds d’une de leurs moustruensos idoles...
Sebastien, V interrompant.
C’est magnifique 1 Attendez... je vois cela d’ici... dans la profondeur d’un bois, devant l’autel rustique .. la flamme du sacrifice quiéclaire à la fois le dieu sauvage, ses terribles sacrificateurs et la. pâle victime... Il y avait quelque chose de superbe à faire I
AMBROISE
Parbleu!... il y avait un homme à sauver.
SÉBASTIEN
Je çarlc de l’ensemble du tableau... Ah! si un artiste se fut trouvé là!...
SIMIANE
Celui qui vint à mon secours n’était qu’un généreux soldat de nos troupes coloniales... et l’audacieux héroïsme de cet homme suffit pour m’arracher des mains de mes ennemis... Voilà mon sauveur !... Et il ne m’a jamais permis de m’acquitter!
Au contraire... j’ai fait mon prix : un témoignage d’amitié devant tout le monde chaque fois qun nous nous rencontrerons... Vous m’avez offert des poignées d’or, je me sens mieux payé avec une poignée de mains.
SIMIANE
Eh! mon cher Ambroise, cette rencoutre est peut-être la dernière... Je ne suis venu à Marseille que pour m’embarquer... je retourne à Pondichéry.
SÉBASTIEN
Vous parlez de mettre à la voile?... Ahçà, on peut donc sortir du port? le venta donc enfin tourné?
SIMIANE
Dans deux heures tous les navires en partance aurobt quitté Marseille.
SÉBASTIEN
Prépare tes larmes, cher ami... tout à l’heure tu seras débarrassé do moi.
ambroise, à Simiane.
Voilà un départ qui doit bien affliger madame la marquise ^e Simiane. * " ‘ * •„
Sébastien, vilement. J
La marquise?