‹ MarieRose drame en cinq actesChapitre 49 sur 113 · AMBROISE, URSULE · texte numérisé non relu

AMBROISE, URSULE

ursüle , entrant sur les derniers mots d’Ambroise.

Oui, de l’enfant que vous venez chercher peut-être? ambroise, se découvrant.

Laissez-moi vous (ljre d’abord que je remercie le ciel qui vous a conservée à notre tendresse. De la retraite que j’habite, jon’ai pas cessé de veiller sur vous, comme c’était mon devoir. Je reçois souvent de vos nouvelles; mais le notaire de ce pays qui me les adresse no sait pas lui-jnêine eu quel lieu elles me parviennent. Hier une lettre de lui m’a appris que nous étions menacés d’un malheur, d’un deuil que la bonté de Dieu nous épargne...

URSULE

Vous êtes venu parce que vous me croyiez morte... n’est-ce pas ?

Non, je me suis hâté parce que j’espérais bien vous revoir encore... On m’avait écrit qu’après vous l’enfant serait sans asile, abandonné à la charité publiquo. . Je ne voulais pas cela, et je suis accouru pour vous dire que je sais comment assurer le sort de l’étrangère que vous avez recueillie.

ursulb, vivement.

L’étrangère !

AMBROISE

Tant que vous lui restez je ne peux pas dire l’orpheline.

URSULE

Ambroise, vous n’avez qu’un vague indice du crime, auquel je ne crois pas, et vous êtes sans miséricorde. .. Ma fille, privée de la raison, ne sait pas même de quoi elle est accusée, et

UU MARIE-ROSE

c’est pour la mieux torturer que vous lui avez enlevé son enfant, que vous l’avez séparée de sa mère.

AMBROISE

Ah ! maudissez-moi ! Dieu seul sait ce que je souffre, lui seul sait ce qui se passe dans l’asile où je cache Marie-Rose b tous les yeux. Ah! oui, je la cache bien!... car les ordonnances défendent de garder chez soi une insensée fût-elle votre mère, votre fille, votre femme!... Si on soupçonnait la vérité... on viendrait l'arracher de mes bras; voilà pourquoi je me suis éloigné des villes ; et môme, jusquç dans le pays sauvage où je me suis retiré, j’ai peur, peur pour elle. — Si la défiance do mes voisins était éveillée, s’ils surprenaient Marie Rose dans un doses accès de délire, elle serait perdue 1 — Ces hommes no voient dans les fous que des incendiaires qu’il faut charger de chaînes et jeter dans un cachot. Depuis quinze ans je n’ai pas quitté Marie- Rose, depuis quinze ans je veille sur son malheur, comme un avare sur son trésor. Calme presque toujours, ce n’est que quand l’orage gronde, quand la foudre éclate que sa folie devient violente!... furieuse!... alors il me fautétoufîerses cris, ses sanglots ; alors les craintes, les douleurs sont pour le bourreau, la victime n’a pas même la conscience do son infortune... Le passé qui me tue est effacé pour elle. El quand l’orage s’éloigne, quand la crise se calme, Marie-Rose me regarde avec la même sérénité qu’aulrefois; je pleure, — elle sourit. J’ai l’enfer dans le cœur, — elle est presque heureuse !... Oh ! moi aussi je voudrais oublier. Moi aussi je voudrais être fou...

URSULE

Presque heureuse, dites-vous? Elle ne sesouvientdoncplus do son enfant.

AMBROISE

Vous me rappelez le but de mon voyage. Il existe à Sainte- Estèvc une communauté de pauvres religieuses, où, moyennant une dot, votre protégée pourra trouver un asile. Je vais me rendre à ce couvent, payer la dot et faire dresser l’acte d’admission.

URSULE

Dans un cloître ! ma fille, dans un cloître !

ambroisk , atec calme.

Elle y eutrera demain...

URSULE

Demain.. . Vous me trompez, Ambroise... vous ne ferez pas cela? (Oh frappe à pelils coups à la porte du jardin.) Ahl la voilà.

AMBROISE

Qui donc?

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