ACTE II
URSULE. r
Elle... l’enfant... J’ai dit qu’on vînt m’avertir de son retour... Ambroise... si vous vouliez la voir. .. vous en auriez pitié, Ambroise, vous l’aimeriez !
ahbroise, s’éloignant rapidement.
L’aimer!... elle!... elle, la fille do l'infâme qui a perdu Marie- Rose ! Elle, la preuve vivante de son déshonneur! Non, je ne veux pas la voir ; non, je n’aurai pas pitié d’elle. Ce n’est pas assez de la distance, ce n’est pas assez de ma haine... entre elle et moi je veux élever les murs d’un cloître.
URSULE
De la haine ! pour un enfant !
AMBROISE
Oui, je la hais de tout l’amour que j’ai pour sa mère... Cet enfant, c'est mon bonheur brisé quand mon amour survit à ma honte... c’est ma vie condamnée au supplice du mépris pour celle que j’aime encore... Cet enfant, c’est l’aliment éternel de ma fureur impuissante à se venger. .. Enfin cet enfant... c’est le malheur.. . cVst le crime... on repousse le malheur, et le crime doit être puni !
URSULE
Ambroise ! — Ambroise, pensez à Dieu !
AMBROISE
Qu’il me juge; moi, j’ai condamné. (Il sort.)
SCfcNE XII.
URSULE, seule.
Demain, dit-il, demain on viendra me la prendre, puis dans quelques mois des vœux éternels la sépareront à jamais de sa mère ; non, c’est impossible. Sébastien la sauvera. Sébastien? il no reviendra que dans trois jours, et c’est demain. — Demain.. . non, cela ne sera pas. Mais que faire?. . . comment empêcher ?... où la cacher ma fille?... Ma pauvre tête, affaiblie par l’âge et par le mal, voit bien le danger, mais voi’k tout... ce qu’il me faudrait pour sauver cette chère petite, c’est de la force... c’est une inspiration... et je ne trouve rien... rien que des larmes!... {Avec désespoir.) O malheureuse vieillesse qui ne peut que pleurer !