‹ Marin, Paul. Histoire documentaire de l'affaire DreyfusChapitre 18 sur 78 · ËD bavant le malaga sénatorial · texte numérisé non relu

ËD bavant le malaga sénatorial

Dans cette visite au Sénat qui m'a, d-aîUeurs, beaucoup intéressé t j'ai entendu, en buvant ]e malaga sénatorial, les propos suivants, que je reproduis textuellement :

Premier sénateur :

« La République était mille fois plus belle quand nous ne l'avions pas... Voyez-vous, moi« je l'aime tellement ma République, que je l'aimerais mieux morte que déshonorée. »

Second sénateur, paraissant être dans un état de décomposition moins avancée que son interlocuteur :

« J'avoue que j'aimerais mieux que ce ne fût ni l'un ni l'autre, que la République ne mourût pas et qu'elle ne fût pas déshonorée. »

Voilà ce que disaient ces hommes au sujet d^une loi ayant pour but de faire juger par un plus grand nombre de magistrats, c'est-à-dire avec plus de lumière et de garanties, une affaire qui a fini par bouleverser le pays tout entier.

Et les hommes qui disaient ces choses entre eux, et sans désirer ni craindre qu'on les entendit, étaient les mêmes qui n'avaient pas hésité à condamner à une peine terrible un général qui avait vaillamment combattu pour la France et à le condamner sur quelle preuve? Sur le témoignage d'un Buret, d'un escroc avéré, qu'on avait fait sortir exprès de Mazas pour rendre nn faux témoignage.

IL y a de la canaillerie là dedans, je vous l'accorde, mais il y a de la débilité mentale, de la déliquescence cérébrale. Le demi-idiot qui parlait ainsi à son ami n'était certainement plus en état de rapprocher deux idées, de les comparer entre elles, et il avait même perdu à peu près la mémoire de ce qu'il avait fait.

J'eus envie de m'approcher de lui et de lui faire ob-

server à qael degré de décrépitude intellectuelle et dMnconsciente immoralité il en était arrivé, mais je me dis :

« J'ai déjà une histoire avec Dusolier; cela m'en ferait deux pour un*e fois que je viens là-dedans par hasard. Zut I Finissons notre cigare devant une allégorie quelconque représentant la gloire de la Patrie et allons respirer un air plus pur... »

Edifiants propos de saint Drumont, prophète et martyr, sur le débat sénatorial. — Audience de la Cour de cassation du 2 mars 1899 sur « le règlement de juges » de Picquart. — Rapport du conseiller Atthalin.

Ces versets du prophète sont le miroir de son âme. La délibération sénatoriale s'y reflète avec des difformités grimaçantes, qui sont à la mesure de la conscience qui les produit. « Au lieu secret, hermétiquement clos pour que chacun puisse cacher sa souffrance, on aperçoit le douloureux regard du malheureux que la vessie torture. » Cette malséante caricature apprend que la conscience du prophète se complaît aux scènes

tribunal correctionael décidait qu'il j avait lieu de surseoir à statuer. La Teille, 20 septembre 1898, le général commandant la place militaire de Paris avait signé Tordre d'informer contre Picquârt pour faux en écritures privées. Le U octobre, un nouvel ordre d'informer était décerné par le rapporteur près le conseil de guerre pour usage de faux et usage de pièces secrètes.

L'ordre de mise en jugement fut signé par le gouverneur de Paris. Il visait les crimes de faux et usage de faux. En ce qui touche les faits qualifiés délits, Tordre d'informer rappelait ceux qui faisaient Tobjet de la poursuite correctionnelle. Conformément à Tarticle 527 du code d'instruction criminelle, Picquârt demandait à la cour de cassation de porter la connaissance de tous ces faits devant les mêmes juges.

Lorsque j'ai fait mon premier rapport, je n'avais que l'ordre de mise en jugement ; c'était insuffisant.

Aujoard'hui, la chambre criminelle possède les éléments nécessaires pour statuer en parfaite connaissance de cause. Il importe, dit M. Atthalin, de mettre au point la question.

La juridiction de droit commun, saisie de quatre chefs de prévention, n'en a retenu qu'un contre le lieutenant-colonel Picquârt, de complicité avec Leblois. Elle n'en a retenu également qu'un contre Leblois, pris comme auteur principal.

La juridiction militaire a, de son côté, saisi Picquârt sous l'accusation de faux et usage de faux, à propos du « petit bleu 9, et sous celle de communication des dossiers des pigeons-voyageurs et Boulot, et du dossier où se trouve la pièce : « Ce canaille de D... », que la juridiction civile avait déclaré n'être pas de sa compétence. Celle-ci ne restait donc saisie, à Tégard de Picquârt, que du fait de la communication des renseignements concernant l'information relative à Ësterhazj.

3. — Suite du rapport Atthalin — Y a-t-il connexité entre tous ces chefs d'accusation.

Il s'agit, maintenant, de rechercher s'il y a ou s'il n'y a pas connexité entre tous les faits. Ace propos, le con-

-rapporteur examine la question au point de vue ]ne. Et il conclut que la « connexité prévue à le 527 est la môme que celle prévue à l'article 227 oi. » La thèse du requérant parait appuyée sur de peux arrêts rendus par la cour suprême. r savoir s'il y a connexité, recherchons donc, sans dans le détail des procédures et en ne considérant ts que dans leur synthèse, si ces faits convergent n hut unique.

t-il dans les procédures suiyiês, entre les faits relevés îrés soit à la justice civile soit à la justice militaire, Qs de dépendance, des liens de conséquences, de telle u'on puisse voir dans l'ensemble de ces faits une sorte 5?

)eut dire à cet égard que, dans ces procédures, une

Tectrice paraît surgir, et cette idée, c'est celle qu'on

eue, que Picquart aurait eue, de substituer un autre

* à Dreyfus.

our n'a pas, en cette matière, à s'occuper du plus ou de validité des preuves. Elle n'a qu'à prendre les its de la prévention et les préventions elles-mêmes.

seuil même du dossier militaire, que trouve-t-on? ote sur a les manœuvres employées par M. Picquart t de substituer à Dreyfus un autre coupable. »

loin : Un autre témoin parle de l'ardeur qu'apportait >nel Picquart à ses dénonciations contre Esterhazy î substituer à Dreyfus. Un autre déclare : que t Pici été l'âme de toute l'afiTaire. » C'est sous ce jour éga- , que le présente le rapport du capitaine Tavernier. laintenant la communication faite par Picquart à Leu dossier où se trouve la pièce : la canaille de D..., 'occuper de sa signification exacte, « car il peut être it de réserver ce point, la cour le sait », cette comman, quel en serait le véritable caractère ? aurait été faite à un moment où VÉclair venait de

• un prétendu fac-similé de cette pièce où le nom fus » avait remplacé l'initial D. Ne l'a-t-elle pas été lontrer à Leblois, par la production de la pièce authenl'inanité de la prétendue preuve de la culpabilité de s que donnait ï Éclair ?

. ce qu'a pensé le juge d'instruction Fabre. Les inter-

rogatoires de Picquart et de Leblois le prouvent safâsamment. On est à ce point convaincu qu'il y a une campagne organisée par Picquart, que la prévention le déclare, et que, dès 1897, le général de Pellieux, d'abord, puis le rapporteur Ravary, interrogeant Picquart, témoin, sur les relations qu'il pouvait avoir eues avec M. Mathieu Dreyfus, avec M. Scheurer-Kestner ou avec M. Reinach.

Que reproche- t-on à Leblois dans la procédure ? De s'être servi de renseignements fournis par Picquart, non pour défendre Picquart, mais pour persuader à M. Scheurer- Kestner que le coupable est Ësterhazy.

Examinant ensuite le cas de la commnnication faite à M^ Leblois da dossier des a pigeons-voyageurs » et da dossier Boulot, M. Laurent-Atthaiin trouve partout la même idée directrice : d'où connexité.

M. Laurent-Atthaiin poursuit « son simple exposé y>, en indiquant que si le règlement des juges est admis, il faudra renvoyer devant la chambre des mises en accusation, car la justice de droit commun seule a plénitude de juridiction.

Il y a une autre question. Peut-on régler de juges alors que l'un des prévenus, Leblois, déféré à la police correctionnelle, a accepté cette décision? La réponse n'est pas douteuse. Le silence d'un prévenu ne peut mettre obstacle à l'exercice du droit de son co-prévenu.

M. Atthalin conclut de la manière suivante :

— La question de fait est de savoir si, au point où en sont les choses, l'unité de poursuites et de débats devant une même juridiction n'est pas utile à la manifestation de la Yérité. En tout cas, votre décision, quelle qu'elle soit, impliquera une même confiance devant toutes les juridictions du pays.

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