Plaidoirie de M» Mimerel
Après une courte suspension d'audience. M® Mimerel a la parole.
Reprenant dès le début la thèse développée — avec certaines réticences dans la forme — parle conseiller Atthalin, le représentant du lieutenant-colonel Picqnart s'attache à démontrer « qu'il est exact, en effet, qn'i^
existe entre tous les faits un lien de connexité qui les rend incontestablement justiciables d'une môme juridiction. 9
Il fonde sa tbèse juridique sur plusieurs documents dont il donne lecture, notamment sur le rapport du capitaine Tavernier.
Aux termes de ce rapport, les charges relevées contre le lieutenant-colonel Picquart semblaient suffisantes pour le mettre en jugement :
lo Sous accusation d'avoir en 1896, à Paris, alors qu'il était en activité de service, et employé à l'état-major de Tarmèe, fait fabriquer une carte-télégramme communément appelée « petit blea » dont il a mensongèrement attribué récriture à une personne nominativement désignée, dans le but de nuire au commandant Walsin-Ësterhazj ;
20 D'avoir, au cours de la même année et au même lieu, sciemment fait usage d'une pièce fausse, ladite carte-télégramme ;
30 Sous prévention d'avoir, au cours de la môme année et au même lieu, étant en activité de service, employé à l'état-major de l'armée et comme tel agent du gouvernement, communiqué & Me Leblois, avocat, personne non qualifiée pour en prendre connaissance, le dossier d'espionnage Boulot, dossier renfermant des documents secrets intéressant la défense du territoire et la sûreté extérieure de l'Etat; qui lui était confié ou dont il avait connaissance à raison de ses fonctions ;
50 D'avoir, dans les mêmes circonstances, communiqué audit M® Leblois, personne non qualifiée pour en prendre connaissance, le dossier secret des pigeons voyageurs, dossier renfermant des documents secrets intéressant la défense du territoire et la sûreté extérieure de l'Etat, qui lui était confié ou dont il avait connaissance à raison de ses fonctions ;
50 D'avoir, dans les mômes conditions, communiqué audit M« Leblois, personne non qualifiée pour en prendre connaissance, le dossier de trahison Dreyfus, dossier renfermant des documents secrets intéressant la défense du territoire et la sûreté extérieure de TËtat, qui lui était confié ou dont il avait connaissance à raison de ses fonctions.
M® Mimerel s'efforce de démontrer le néant de cette quintuple accusation.
Il insiste surtout sur le «petit bleu. » D'après le représentant du lieutenant-colonel Picquart, les experts auraient trouvé des ressemblances graphiques entre récriture de la carte-télégramme et celle d'une antre pièce, écrite au crayon noir et signée G... comme le petit bleu. »
Il est donc nécessaire^ dit M*' Mimerel, de faire une expertise sérieuse avec des pièces de comparaison authentiques de l'écriture du « petit bleu, » en la comparant à celle de Tagent de chez qui il doit provenir ; de s'assurer de ce qui est l'écriture de la pièce au crayon signée G..., écriture que les experts affirment ressembler à celle du « petit bleu. »
L'expertise faite à l'instruction Tavernier montre que cette apparence a été donnée à la pièce après coup. Il serait dans l'intérêt de la vérité de rechercher qui lui a donné cette apparence frauduleuse.
En terminant sa plaidoirie, M° Mimerel s'écrie :
— Quelle que soit la juridiction devant laquelle il sera renvoyé, le lieutenant-colonel Picquart ira la lôte haute, en
fmme qui n'a pas hésité à tout sacrifier pour accomplir e œuvre de justice et faire, en un mot, son devoir.
de la Cour de cassation du 3 mars 1899. — Drumon( ses injures contre Atthalin [dans la bouche des avocats les à la cause de Dreyfus.
lars se tient la deuxième audience du règlejuges de Picquart. En voici le compte-rendu, i le Matin, I