DÉROULÈDE
Contradiction du jugement de Rennes avec Tarrôt de la Cour de cassation. — Esprit des juges de Rennes. •— Métamorphose du crime en acte de vertu héroïque. — Furieux assauts du parti conservateur, contre la conscience. — Rochefort à la rescousse da parti conservateur. — Secret de la volte-face de Rochefort.
— Thaumaturgie du père Dulac. — Miracle de rincaination.
— Trois témoins du miracle ; ils ont cru ; ils confessent leur foi ; ils méritent les palmes du martyre.
La loi d'amnistie clôt la crise aiguë de l'affaire Dreyfus. Elle raye le procès Zola du rôle de la cour d'assises. Le prétoire est fermé aux avocats et aux témoins de février 1898. L'éteignoir est posé sur Tinlerrogatoire de ces témoins. L'histoire est réduite à la portion congrue de leurs réticencesj au procès Delegorgue. « La question ne sera pas posée. » La loi d'amnistie met surtout l'éteignoir sur le procès Pic-
quart-Possien : c'est le plus sensationnd des tableaux de l'affaire : on y a la vision de l'engrenage où sont pinces les doigts qui tendent à Possien la photographie Schwartzkoppen-Picquart (1) : sa mise en marche amène l'un après l'autre à la barre du tribunal chacun des collaborateurs du faussaire : le mot, emporté par le lieutenant-colonel Henry, dans sa tombe, est enfin prononcé.
Par l'amnistie le secret des faussaires est soustrait à la vindicte publique ; il est ignoré de l'histoire.
Aux spasmes de la crise aiguë succède l'évolution latente du mal, qui s'est révélé par l'éruption violente du procès Zola.
L'innocence de Dreyfus est néanmoins acquise. L'enquête de la Cour de cassation et l'arrêt qui a couronné cette enquête l'ont proclamée. Les débats de Rennes ont apporté à l'innocence une contribution nouvelle : cependant le jugement qui les a clos est en contradiction avec la vérité, que ces débats ont mise en évidence.
Pourquoi cette antinomie ? Pourquoi le juge répond-il : « Oui, Dreyfus est coupable », alors que l'évidence crie : « Non, Dreyfus n'est pas coupable » ? Quels mobiles dictent pareille sentence à cinq officiers ?
Les « cinq » envisagent, non la culpabilité de Dreyfus, mais le ricochet de leur sentence sur un tiers, sur le général Mercier. Voici leur point de vue :
« Acquitter Dreyfus^ c'est livrer Mercier à la vindicte de la loi ; car Mercier a violé la loi, pour faire condamner Dreyfus.
» Condamner Dreyfus, c'est sauver Mercier; c'est l'absoudre d'avoir violé la loi; c'est affirmer que la
(l) Voir Hitioire documentaire^ tome V, page 128 et suivanias.
culpabiMté de: Dreyfus est indépendante de cette violalion ; c'est pBOclamey qu'aucua intérêt légitime n'est lésé par estte violation.. »
Bref, les « cinq » considèrent Tabsolntion de Mercier coiMEie la ÔB qui justifie la condamnation de- Dreyfus. II lexn faut cette absolution; ils condamnent rioBo^eiit.
L'excuse des «c cinq » réside dans rinsigniflance dudommaLge qui iré*alte pour Dreyfus de leur sentence. La^âteelâ suit : elte réduit le ptéjudiee matériel àr des piroportions- exigeëtà ; si bien qu'il est à peine perceptible^
GonsidéiOEis le dommage m^oral. Bst-il plus sérieux que le dommage matériel ? Non. La sentence de Rennes est contredite par l'évidence des faits : elle î»ovoqiie plus d'indignatian contre les « cinq » que^ contre le çoEHâamné.
En Franeer ce; sentiment revêt une signification précise- Dreyfus, y personnifie Tinnocence aux prises avec le préJTigé, héritage de traditions séculaires,. legaduboupèaisir. Les «cinq» incarnent la puissance de caste, habituée à. se faire un jouet de Féquité, quand il s*agit de maintenir le privilège de l'un des siens.
Ainsi Dreyfus ne subit pas de lésion grave, contrairexnexit à. ropiniom de prime-saut, qui, se fiant aux aippârences, omet de peser matériellement et moralement le dommage.
En France, hors de France, il se produit, boa an mal aïky mainte^ condamnation, où les principes de l'équité semt également violés, où le préjudice subi par' TinBoeent est plus' grave.
AxissL l'historien ne se place pas au point de vue du condamné — point de vue presque négligeable — poiir criti^qu^ le procès de Rennes, mais au regard des lois qm régissent la conscience.
La contradiction des « cinq » avec l'évidence des faits déroge au principe — ou mieux à la fiction légale — qui identifie le juge avec la conscience universelle, quand il prononce « coupable. »
La Déclaration des droits de Thomme et les Constitutions postérieures ont fortifié ce principe fondamental. La loi exige du juré un serment solennel, avant qu'il exerce la fonction de prononcer « coupable. » La loi impose aussi le serment au juge « de profession. » Elle omet de l'exiger du juge militaire. Cette omission prive l'officier de la conviction que sa fonction exceptionnelle diffère absolument de sa fonction habituelle, où la conscience s'efface sous celle du chef.
Autre corollaire : le juge militaire, quand il prononce « coupable » contrairement à la voix de sa conscience, déroge bien à la loi naturelle, mais il ne viole pas de loi écrite. Il n'encourt donc aucune pénalité de ce chef, en vertu de l'axiome « Nulla pœna sine lege. » Bref, le juge militaire, qui condamne, contrairement à sa conscience, ne commet ni crime, ni délit. Cependant son acte est aussi pervers, au regard de la loi naturelle, que celui de maint forçat. Le silence de la loi sur un acte absolument subversif de l'ordre public tient sans doute à son énormité : tel, le silence de Solon sur le parricide. Cette monstruosité, cinq consciences s'accordent à la consommer, afin d'assurer l'impunité au général Mercier !
L'histoire est sillonnée de courants favorisant le criminel et de poussées hostiles à l'innocent. Le coquillage d'Aristide et la ciguë de Socrate enseignent que Dreyfus ne jouît pas du monopole de la défaveur, malgré son innocence.
Orsini, l'assassin de Napoléon III, et, sous nos yeux, l'assassin anonyme de Labori prouvent qu'à l'inverse
un courant sympathique enveloppe mainte fols le criminel et Tentoure d'une auréole.
Le crime de Mercier n'a pas Todieux du sang versé : c'est d'ailleurs un acte politique : Mercier a-t-il, en effet, ombre d'animosité personnelle à la victime ?
Au reste, l'odieux du crime de Mercier disparaît, sî l'on prête l'oreille aux casuistes du patriotisme.
Selon ces psychologues, le crime de Mercier se métamorphose en l'héroïsme d'un patriote, faisant le sacrifice de sa conscience, son bien le plus précieux, au salut de TÉtat. Par un sophisme de même essence, le faux du lieutenant-colonel Henry se présente aussi, à ces casuistes, comme un acte glorieux, honorant son auteur, à Tenvi des héros.
L'historien constate que le roi des mystilicateurs, Rochefort, n'a pas goûté ce paradoxe. En revanche, le prophète de l'antisémitisme Ta fait sien. Ce n'est pourtant pas d'intuition. En effet, Drumont a d'abord considéré le faux d'Henry comme un crime, le 3 septembre 1898 :
« Henry a subi l'atmosphère de cette abominable époque. Il a vu que tout le monde truquait... il a truqué. Ce qu'il a fait n'est pas bien... Sans approuver le procédé, les vrais Français seront pleins de commisération pour ce pauvre diable (1). »
Le 9 septembre, le prophète évolue : « Au premier moment, j'avais subi l'ambiance et je m'étais laissé aller à chercher à excuser le fait. »
Il termine l'évolution, en canonisant le faussaire : « Paris tiendra à immortaliser dans le marbre ou dans le bronze le vieux soldat. » La souscription Henry est l'épilogue de cette évolution.
(1) Voir Histoire documentaire, tome VI, page 21 et suivantes, la reproduction in extenso de cet article de Drumont ainsi que <)eson article du 9 septembre 1898.
^6 LfVllE PREttlER
Il est d'ailleurs évident que le crime de Mercfer est plus facile à colorer d'un -vernis de patriotisme que celui de Henry. Pourquoi donc s'étonner, si les « ciwq » >ont ridée qu'ils font acte de patriotes, en déclarant « coupable » un juif, afin d'éviter des désagréments à un héros? Chacun des « cinq » -est convaincu que n'importe lequel de ses camarades pense ainsi. L'argument est si fort chez ce mouton de Panurge, qu'il arrive à considérer comme un 'crime, le fait du camarade, qui juge selon sa conscience, qui répond : «Non, Dreyfus n'est pas coupable. »
En vertu de ce bel argument, la quarantaine est p-rononcée contre les deux juges qui répoBdent : « Non. »
dette excommunication a un trait désopilant, car elle frappe deux adversaires acharnés de rinnotjence 4e Dreyfus : par malheur, leur acharnement n'a pas été assez canaille. De ces excommuniés, l'un s'appelle de Bréon. II est des « souscripteurs Henry. » C'est un bigot : c'est le frère du célèbre curé de Sainte-Clotilde, crème d'aristo et d'antisémite. Quel alfreux scandale pour les gens « bien nés et bien pensants! »
Il se produit d'ailleurs de façon piquant-e. Un chétif capitaine, l'un des « cinq, » est mis en quarantaine pour le « non » de Bréon, qui lui est attribué par la rumeur des mess. L'excommunié est terrifié : il viole le secret de la délibération du conseil de guerre : il a l'impudeur de balbutier que le vrai coupable, le renégat, le judaïsant, n'est autre que le bigot, le frère du curé !
Môme émoi tragi-comique, quand le colonel Jouaust est signalé comme le second traître ! Le public n'a pas idée, en effet, que Jouaust puisse être des deux juges honnêtes. Directeur des débats, il a affiché une hostilité systématique contre Picquart, principal témoin
LES MIRACLES SU TÈRE DULAG 7
de l'irraocence : il a laissé te général Mercier insulter à Faiee le 'CommantSant Freystœtter : il a fait preuve d'uwe révoltante partialité, notamment lorsque le -général floget a insulté le capitaine de Fonds-Lamothe. Le procès de Rennes est la révélation d'une mentalité profondément oblitérée chez-les « cinq » et chez leurs camarades. La quarantaine de Bréon et de Jouaust précise -cette oblitération. Ce marasme n'est d%illeurs -qu'un trait particulier de la perversion de lamentante générale, au cours d'une période féconde en amers enseignements.
Leur leçon ^amène plus d*un penseur, élevé dans la religion qui est traditionnelle en France, à renoncer in 'Concept optimiste qu'il a professé antérieurem^ent sur la conscience et sur la religion de ses contemporains. Il y aperçoitque leurs pratiques religieuses sont impuissantes à pré^rver de l'immoralité l'âme qui «'y adonne comme à la panacée aux infirmités du monde et à la corruption humaine. 11 y constate la faillite #e ces pratiques.
L'affaire Dreyfus a divisé la France en deux camps : les tenants de la conscience, ses adversaires. Ceux-là s'affirment les -champions de principes supérieurs.
i< La conscieroce, clament-ils, doit se constituer leur serf.
» des principes sont indiscutables : ils s'imposent à ia eoBscirenee, en vertu d'une règle éternelle.
» D'autres hommes les ont, au temps passé, déclarés tels. Ces hommes ont délibéré que ces principes sont la parote môme de Dieu.
» Llnôluctabiiité de ces principes exi^e que la conscience déclare inexistant tout phénomène qui les met im déSauit.
» Ce phénomène est pure illusion : en aucune façon fl n'entame ies principes.
*dereau a beau être de récriture d'Esterhazy, pes exigent que la conscience s'abstienne de er : elle a le devoir d'accepter les explicaplus extravagantes, les plus subtiles, les jrenues, plutôt que de violer le principe ilité des conseils de guerre, corollaire du l'autorité. »
es de Dreyfus devient ainsi un critérium de . Tel le procès de Galilée ; tel, celui de Galas, îs trois procédures est d'ailleurs identique : ion du parti conservateur de repousser la [ lui fait échec. La taction conservatrice, la puissance que procure le préjugé, con- 3yfus à Rennes, presque aussi cyniquement ondamné Galilée et Galas, conservateur remporte là une victoire qui îxamen le plus attentif, car elle lui est fatale s pires défaites. Gette victoire est un leurre, source de représailles infinies, riomphe du Saint-Office sur Galilée. Emla Terre de tourner?
îl horizon oriente-t-il le milliard de généraneni au monde après la victoire du Saintlui interdit de s'endormir sur l'oreiller de séculaires, par elles-mêmes inofi'ensives, eviennent l'instrument du crime aux mains sition. Il souligne la bôtîse des fanatiques î : ces ignares prétendent opposer une soiole divine, écrite il y a quarante siècles, à es actes divins que des myriades d'aurores puscules manifestent sans interruption à
s, le héraut de la vérité les proclame aux générations, à chaque heure du jour et de us la coupole des Observatoires que les dis-
ciples de Galilée ont érigés à la science. Au contraire, le pseudo-verbe divin, qui exige, sous peine de mort à l'incrédule, que Josué ait arrêté le soleil , devient le symbole de ce que la crédulité humaine a adoré de plus stupide et de plus naïvement criminel.
Ni Rochefort, ni Drumont, ni Gassagnac n'égalent les docteurs du Saint-Office, qui ont incarcéré Galilée, pour la plus grande gloire du naïf historien de la prise de Jéricho. Ils ont beau se hausser sur le sophisme, ils ne s'élèvent pas au niveau des canonistes du dix-septième siècle. C'est un signe des temps.
A Theure actuelle, le domaine scientifique appartient à la conscience. Il est ravi au souverain ecclésiastique. Le dépossédé en dispute vainement quelques parcelles au nouveau détenteur. Dans le domaine moral, la lutte continue, au contraire, âpre, ardente, entre le souverain détrôné et la conscience, son serf d'hier.
L'affaire Dreyfus est un instant critique de la lutte. La faction conservatrice y apparaît momentanément victorieuse et par un contraste saisissant les conditions précaires de ce succès éphémère en font l'ère de désastres sans nombre.
Le chef des chefs du parti conservateur dans cette lutte, le polémiste qui porte les plus rudes coups à la conscience, est, ô ironie des choses I l'anti-conservateur par excellence ; c'est Rochefort. Il est ceint de la couronne de lauriers, après avoir terrassé et ligotté la vérité I
Rochefort, devenu vieux, tire les marrons du feu au' profit de la béte noire de sa longue carrière. Et le prétexte est cocasse, désopilant à l'envi de ses plus hardies mystifications.
Le général de Boisdeffre, pénitent du Père Dulac,
\0 LWRE PREMIER
envoie à Rocîiefort son aide de camp Pauffin. Pauffin a en poche les autographes du kaiser allemand, fabriqués en Thonneur du traîtrissime Dreyfus.
Lq vieillard, qui a passé sa vie à Tilipender les généraux, les capitulards, les Ver&aillais, les assassins de la Commune, a loi en la parole de Tange. Il renouvelle en son honneur le serment d'Annibal et de Gaton. Il déclare à la vérité la guerre à outrance. Pauffin, Boisdeffre, Dulac ont accroché le futur triomphatear au char'embourbé du parti conservateur. Grâce à ce renfort, le coche réactionnaire est tiré de la fondrière où il s'enlise.
Les trois anneaux de la chaîne qui attache Rochefort en cet instant critique, l'historien s'en saisit pour comprendre l'énigme la plus bizarre de la crise pofîtique dont il conte les péripéties. Sans Tîntempéranoe de langue du roi des mystificateurs, glorieux de la mission de salut que lui a confiée Tange de Boisdeffre (1), rhistorien serait impuissant à fournir le mot de Ténigme. Rochefort aurait tenu sa langue, la conscience universelle ignorerait quels ressorts secrets ont lié l'Antéchrist au sauvetage des clients du père Dulac !
Encore un fil d'Ariane I Un pénitent numéro deux du père Dulac, celui-là du sexe aimable, choisit le juge d'instruction pour confident de ses peines. Cette confidence met la conscience universelle sur la piste de l'épisode le plus extraordinaire de la tragi-comédie, les machinations du Père Dulac, grâce auxquelles s'opère le miracle de Tincarnation de la dame voilée; voici la déposition de Bertulus sur ce miracle :
1. Au cours du premier procès Zola, le commandant Ducassé se présenta à mon cabinet, au nom du géné-
(1) Voir Hisioire documentaire, tome II, page 69 et suivantes.
LES MIRACLES DU VtVE DULAG 11
rai de Pellieux, «et me dit : « Nous savons quelle est la 5dame voilée et nous ayons donné notre parole d'honneur de ne pas (Hre son nom; vous la trouverez ru^e de la Pompe, dans les numéros élevés. »
2. Je lis venir le commissaire de police Bernard et je lui donnai l'ordre de prendre note des renseignements du commandant Ducassé et de commencer «es recherches.
3. Quelques jours après, M. Bernard me donna le TioHifde la dame en question, sous certaines réserves, an point de vue de l^authenticité du nom.
4. Quelque temps après, le général Gonse vint me voir, et me demanda où j'en étais, an sujet de la dame voilée. Il me dit qu'il en connaissait le nom et Tadresse, mais qu'il avait donné sa parole de ne pas le dire.
5. Je lui répondis que je croyais être fixé et je lui donnai la première et la dernière lettre du nom de -cette dame ; il me répondit que nous étions d'accord. Pour être bien sûrs que nous nous entendions, je lui dis : « Donnez-moi le nom de la rue; je vous donnerai le numéro de la maison. » Nous tombâmes encore d'accord.
6. Avant cette visite du général Gonse, j'avais reçu la déposition de la dame M.,., qui était venue à mon cabinet se plaindre des surveillances de police dont elle était l'objet et déclarer qu'il lui était facile de démontrer qu'elle n'était pas la dame voilée, car au moment de la remise du document libérateur à Esterhazy, elle était loin de Paris.
7. Elle m'exposa qu'elle était la cousine et l'amie d'mifance du lieutenant-colonel Picquart, qu^elle avait toujours eu pour lui une très profonde affection, mais que son mari, ayant pris ombrage de cette affection, n'avait plus voulu recevoir chez lui le lieutenant-oolo- Bel Picquart, depuis plus d'un an, je crois.
le époque que je ne puis bien déterminer, 1 sera facile de retrouver par une lettre de le qui est au .dossier, madame M... se préouveau dans mon cabinet et me dit «on exasde la façon dont le général de Pellieux s'était âs-à-vis d'elle.
me conta que, mécontente de voir que la surtout un monsieur se disant oflBlcier au îment de Paris continuaient advenir intersoncierge, elle était allée d'un bond chez le e Pellieux, pour lui demander de faire cesser es investigations et lui démontrer qu'elle ne h un aucun titre, être la dame voilée, général l'aurait reçue froidement et, dès sa irait écrit, sous pli recommandé, à son mari, re dans laquelle sa visite était dénoncée, int qualifiée, et ses paroles mêmes travesties, a réception de cette lettre son mari, disaitit précipité, le soir même, chez le général de
dame M... me demandait de recevoir sous cette déposition. Je refusai, lui objectant que ais pas un trait d'union suffisamment direct qu'elle me disait et les faux « Blanche » et 5a ».
3 m'objecta que ce n'était pas son sentiment, ait évidemment l'objet d'une machination, )S éléments nécessaires à cette machination pu être fournis que par quelqu'un très au le ses dissentiments avec son mari au sujet irt et ensuite de sa réconciliation avec son enue grâce à une lettre d'elle promettant de evoir Picquart.
! disait enfin que la seule personne qui ait pu les renseignements permettant d'insinuer
qu'elle était la dame voilée, parce que, seule, elle présentait les conditions requises (la grande affection et la rupture), ne pouvait être que le Père Dulac, son directeur, celui aussi de son mari, qui avait pris la part la plus active à son retour au foyer conjugal.'
15. A l'appui de son raisonnement, elle disait encore que, deux fois, par deux lettres au cours du procès Zola, le Père Dulac Pavait mandée auprès de lui, et qu'elle avait refusé de s'y rendre, ne voulant pas lui dire en face le soupçon qu'elle avait contre lui.
Six points essentiels ressortent de ce document :
1. Gonse, Pellieux, Ducassé ont foi au miracle de l'Incarnation de la dame voilée;
2. Le trio donne sa parole d'honneur de ne pas révéler le nom de la miraculée ;
3. Cette parole d'honneur lui laisse la latitude de révéler qu'elle demeure « rue de la Pompe, dans les numéros élevés ; »
4. Cette parole d'honneur lui permet de répondre «f oui » à l'investigateur qui, mis sur la piste du nom de la miraculée par l'indiscrétion précitée, énonce interrogativement la lettre initiale de ce <' nom ; »
5. Cette parole d'honneur ne lui interdit pas de répondre « oui » au môme investigateur, énonçant interrogativement la lettre finale du môme « nom ; »
6. Cette parole d'honneur lui permet encore de tomber d'accord avec l'investigateur, quand il précise par dizaines et unités le « numéro élevé de la rue de la Pompe. »
L'élasticité de la parole d'honneur du trio n'est pas le moindre attrait de ce vaudeville. A qui, d'ailleurs, le trio donne-t-il sa parole d'honneur ? Quel mortel a qualité pour l'exiger? Ce thaumaturge, la miraculée le met en lumière :
14 LIYRË PREMIER
1. « Le Père Dulac est la seule personne qui ait pu donner mon nom au trio ; »