‹ Marin, Paul. Histoire documentaire de l'affaire DreyfusChapitre 4 sur 78 · Le Père Dulac est le directeur de mon mari · texte numérisé non relu

Le Père Dulac est le directeur de mon mari

4. a Le Père Dulac a pris la part la plus active à mon retour au foyer conjugal ; »

5. « Le Père Dulae m'a mandée auprès de lui, ài deux reprises, au cours du procès Zola; »

6. « J*ai refusé de m'y rendre, pour ne pas lui dire en face le soupçon que j'avais de ses machinations. »

La miraculée ajoute : « Il m'est facile de démontrer que je ne suis pas la dame voilée, car au moment de la remise du document libérateur à Esterliazy, j'étais loin de Paris. »

Sur le rôle joué par le Père Dulac, l'historien se borne à une supposition :

« Un juif est dépeint avec les traits précisés par la miraculée. Ce juif règne sur sa conscience et sur celle de son mari.

» Ce juif incarne en sa pénitente la dame voilée.

» Ce juif suggère la foi en cette incarnation à un trio d'officiers juifs.

» Ce juif fait donner à ses coreligionnaires galonnés leur parole d'honneur de ne pas révéler le nom delà miraculée ; mais il leur suggère de fournir au juge les indications propres à faire deviner ce nom. »

Rochefort, Drumont, Gassagnac revêtent immédiatement le juif et ses acolytes de quatre chemises soufrées. Mais, motus I le Père Dulac n'est pas juif ; il est antijuif. 11 a le droit de diriger la conscience de la femme et du mari. Il a le pouvoir de livrer les secrets de leur alcôve. Il a la prérogative de compromettre sa pénitente, d'affirmer qu'elle a remis à Esterhazy le document libérateur. Il a le droit de trahir et de mentir.

LES HIBACLfi» mj PÈRE DULAG 15

Telle est la meatalité de Rochefort, Drumont et Gassagnac Le Père Balac ne mérite pas Tombre d'une . critique. La miefi4alitè du trio antisémite illamine lau morale to Père Duïac : elle inspire une conclusion d'une extrém« simplicité : « La religion qui produit, honore et canonise le Père Dulac est une fameuse religion ! »

11 y a, du reste, dans Faventure du PèreDulaaet de ses trois mousquetaires une révélation piquante de la mentalité de Taristocratie militaire, à laquelle est confié le salut du peuple français en 1898. Pour que tu n'aies pas de doute sur ce noirajcle, ami lecteur, voici les- aveux du bon Père. Prends et lis :

1. Le Figaro de ce matin, après la Libre Parole d*hier, met en doute la réalité de Tentrevue que j'ai eue, à l'époque de Taffaire Dreyfus, avec le R. P. Dulac.

2. Bien que M. Clemenceau ait négligé de me demander Tautorisation de publier cet incident, la loyauté m'ÎQterdit de laisser soupçonner, de mon fait, sa bonne foi, même indiscutée.

3. Il est exact qu'au lendemain de Tarrèt de revision rendu par les Cbambres réunies de la Cour de cassation et à la veille du procès de Rânnes, le R. P. Du Lac m'a fait prier de lui accorder un entretien au sujet des accusations qui avaient été portées contre lui.

4. 11 est exact que, soucieux, avant tout, de vérité et de justice, je n'ai pas décliné la conversation qui m'était proposée et dont le souvenir ne me gène pas.

5. J'ai refusé formellement d'aller voir le R. P. Du Lac, comme il m'y conviait, dans sa cellule, mais j'ai accepté volontiers de me rencontrer avec lui chez un tiers.

6. C'est le samedi 10 juin 1899 que j'ai déjeuné avec le R. P. Du Lac et causé avec lui pendant plus de quatre heures.

7. 11 est exact que le R. P. Du Lac a sollicité mon intervention aupvèâ du lieuteDant-Gakmel Picquart, qui

sortir du Cherche-Midi, pour obtenir d'an téretractation écrite d'un témoignage antérieur, [es faits visés dans Tinterrogatoire du commaaerhazy, à la date du 25 juillet 1898, devant e dlnstruetion Bertulus. {Eiiquête de la Cour ion, tome II, p. 269.)

ii exact que je me sais refusé à une semblable e.

it exact que le R. P. Du Lac s'est efforcé de mom opinion sur le général de Boisdeffre. îst exact que le R. P. Du Lac n'a réussi qu'à me lans mon opinion, notamment en me racontant rencontrait tous les jours avec le général de e, quand celui-ci était chef d'état-major ; — ïnéral l'entretint de la préparation du plan de Lion, numéro XIII, et le prévint de ladénonciacommandant Esterhazy ; — enfin, que, peu de nt notre entrevue, le général lui avait tenu cet inaire propos : « Donnez-moi votre bénédiction un homme qui attend le peloton d'exécution. » est inexact, d'autre part, que ces paroles aient 3ncées au confessionnal ; c'est dans la cellule Du Lac que le général dç Boisdeffre lui tint ce

îst exact que le R. P. Du Lac m'a demandé de à invoquer son témoignage dans un procès pour lui avais adressé une citation.

eu a sa date : « 28 janvier 1901 ; » il est conte Joseph Reinach». Il rit de la contradiction, irche du confesseur de Boisdeffre auprès du i d'obtenir la rétractation de la miraculée est 'veille. C'est le comble de la houptza (1). Les 38 anecdotes de la France Juive pâlissent à ;et aveu. Quel dommage que le Père Dulac ne juif!

Histoire documenlairey tome VI, p. 349.

Déroulède selon TApocalypse de Drumont." — Trois visions. — Leur concordance justifiée par l'éloge du chantage. — Souvent prophète varie, bien fol est qui s'y fie.

Les dix volumes qui précèdent ces pages décrivent les fureurs d'un cyclone. Au sein de la tempête, se succèdent, émouvantes, inopinées, les phases successives de la lutte engagée autour de Dreyfus. Les jours qui terminent la présidence de Félix Faure voient rame française, ballottée parla force mystérieuse, qui incite l'homme à la haine et l'incline vers le mensonge. Félix Faure disparaît. L'âme française se rapproche de la vérité : elle la touche. Le 3 juin 1899, le mensonge semble vaincu par Farrét solennel de la Cour de cassation. Une nouvelle période s'ouvre. La vérité semble y perdre les avantages conquis par elle : le mensonge paraît victorieux le 9 septembre 1899, en vertu du jugement du Conseil de guerre de Rennes.

Comment se produisent les phénomènes qui, le 3 juin et le 9 septembre, marquent de signes contradictoires la pénible ascension de la conscience universelle vers la vérité? C'est là un sujet digne de l'attention du psychologue. Il y constate la faiblesse des

jugements humains : leur fragilité n'a d'égale que la violence des passions qui les dictent.

Au premier^-ang des personnages qui déchaînent ces passions et en sont naturellement le jouet, émerge alors Déroulède. Ce n'est pas un homme nouveau. En 1893, il a été le héros de la mystification la plus retentissante qui ait occupé le Parlement, l'affaire du nègre Norton. Avant cet imbroglio, Déroulède a déjà fait parler de lui. Le prophète de Tantisémitisme a buriné son nom dans la France Juive :

1. « Figurez- vous un Ii>éroulède vraimeat patriote, au lieu de s'être enrégimenté dans le parti de Grambetta par amour pour la réclame banale... (1). »

2. « Au moment ou Déroulède et la Ligue des Patriotes provoquaient niaisement TAllemagne... (2).»

3. « Pour faire réussir le coup, il faut trouver un imbécile de bonne foi : Déroulède est là. Il est absolument incapable, j'en suis convaincu, d'avoir reçu quoi que ce soit pour jouer le rôle de l'agent provocateur. C'est simplement un type bien actuel, l'homme affolé de réclames, ayant le besoin d'être toujours en s<;ène. se st fait une sorte de profession de son bruyant patriotisme : c'est dans ce rôle que le Paris des premières est habitué à le voir et il ne peut plus dépouiller ce personnage. Il est patriote à la ville, à la campagne, le matin, le soir, aux ar î étés, aux Bouffes* à la Petite Mariée et à la Mascotte. Au Salon, à côté de vieux soldats qui ont vingt campagnes, dix blessures, il se fait peindre par Neuville, la capote enroulée autour du corps, portant dans des étuis de cuir toutes sortes d'instruments, des cartouches, des lorgnettes, un revolver (3). »

(i)Tome I, p. 153.

1%) Tome I, p. 465..

(3) Tome I, p. 483.

LES MIRACISS DU PÈRE DULAG 19

4. « Sirpposez que Déroulède, au lien d'être nn poseur et un fanfaron de patriotisme eût eu vraiment au cœur les sentiments d'un patriote, l'amour profond et sincère de son pays • (1). »

Ces yersets sont de 1886. Treize années séparent l'apparition de la France Juive de Tagonie de Félix Faure. An cours de ce grande mortalis œvi spatium^ le prophète modifie la dureté de ses appréciations. Quatre ans après avoir bafoué Déroulède, le prophète lui fait amende honorable, dans La Derrlière Bataille :

« DérouISde est, lui aussi, un désintéressé, un dè^ Youé à la Patrie. A une époqu-e oîi tout le monde se trompe, comme dans les conibats de nuit, j'ai été injuste pour lui jadis, et je le regrette (2). »

La nuit des eomibals- d'avant 1886 a empêché l'œil du prophète de dîacemer le mérite de Déroulède. L'anrore s*est levée après 1886 : les fausses apparences « affolement, niaiserie, imbécillité, amonr de la récîame, faux patriotisme », dont le brouillard entourait Déroulède se sont (Kssipées : le prophète a vu ; il rend témoignage de ce qu'il a vu. Le banal' de la palinodie est relevé par ce trait charmant, du Testatament d'un Antisémite, paru un an plus tard.

« Sans doute Déroulède niera le fait. Ce n'est pas un être de noble simplicité comme de Mun, qui trouve tout naturel qu'on n'approuve pas tout ce qu'il fait. L'ancien président de la Ligue des Patriotes a le nez de Polichinelle et Polichinelle dans la Comédie italienne est un type de martial , dans lequel entre un peu de fourberie ou d'à moins de rouerie (3). » Le nez de Polichinelle l Pourquoi ce nez à l'idole

(1) Tome I, p. 487.

(2) Page 138.

(3) Page 92.

20 UVBE PREMIER

recollée en 1890 ? Faut-il Tattribuer à de nouvelles ténèbres et à de nouveaux combats de nuit?

Est-iL au contraire, Teffet d'une vision du prophète, que le grand jour a faite plus aiguë .et plus précise. Le mystère n'est pas expliqué. Pourtant certaine page du Testament d'un Antisémite aide à le percer :

« Un directeur de journal, appartenant à une famille honorable entre toutes, brillant causeur et fort aimé dans les salons, a fait souvent entre intimes sa profession de foi à ce sujet :

« Il y a deux systèmes, disait-il, la Réclame et le Chantage. Je trouve, pour ma part, abominable et surtout honteux d'abuser le public à Taide de réclames mensongères, de tromper et de ruiner de pauvres pères de famille, qui ont eu confiance en moi, qui ont cru à ce que j'écrivais. Quant au Chantage, il ne m'inspire pas les mêmes répugnances : je regarde comme parfaitement naturel de forcer des forbans à me donner une part de leurs prises. »

« Notre confrère agit comme il parle., Ce fut lui qui fit une opération restée légendaire. Il contraignit le Panama à lui verser 160,000 francs d'un seul coup. Les lâches, les bas intrigants, les lèche-fesses font de la réclame ; les impudents, les hardis, les gens de tempérament font du chantage. En réalité, j'incline à admettre que le dernier procédé vaut mieux. Notre journaliste aux 160,000 francs n'a pas trompé les petits... Il a dit à M. de Lesseps et à sa bande :

« Vous êtes des aigrefins et des chevaliers d'industrie (ce qui était absolument exact). Vous avez volé quatorze cent millions au public ; faites moi ma part ou je tombe sur vous (1). »

L'apologie du chantage est dans la manière savante

(l) Page 71.

des directeurs de conscience, dont Pascal a immortalisé le génie dans Les. Provinciales. Le journaliste,* selon le cœur du prophète, y est marqué d'un triple sceau : « d'une famille honorable entre toutes, » tiens ! c'est comme le Père Du Lac ! « fort aimé dans les salons » nouvelle ressemblance avec le directeur de conscience de Boisdeffre ! « causent brillant » encore une coïncidence avec le thaumaturge de la dame voilée! Ce Machiavel est pourvu de vertus théologales qui font mauvais ménage avec les vétérans du Syndicat, dont rineffable Rouyporte fièrement l'enseigne parisienne et-défend la caisse. Ce journaliste idéal dé-tourne le Pactole par un canal dont l'ingéniosité ne doit rien au Suez et au Panama.

La profession de foi de ce grand homme contient la clef des trois Déroulède : elle donne la concordance du « un » de la. France Juive, avec le « deux » de La Dernière Bataille, avec le « trois » du Testament d^un Antisémite. Elle explique tous les Déroulède présents et futurs, y en eût-il mille. Elle indique par quels ressorts « prophète varie », quand il sacrifie aux demi-dieux de TOlympe contemporain.

Ce Credo donne la clef des oracles prophétiques les plus obscurs. Celui du 6 novembre 1894 : « N'est-ce pas que ce Mercier est bien vil? » apparaît, parce Credo, le prolégomène naturel des canonisation et déification du «bien vil », en l'an de grâce 1899. Le « mea culpa » du prophète a ses lois : elles se fondent sur le calcul d'un chantage raffiné : le commun du syndicat n'y saurait prétendre. N'a pas qui veut le chantage « artiste. » 11 y faut le don.

Aux précédentes palinodies du prophète sur Déroulède et sur Mercier, il est facile d'en ajouter d'aussi piquantes sur bon nombre de contemporains. Voici sur feu le général Boulanger.

22 LIYAE PREMIER

1. Gomment le général Boulanger, obscur la veille, monta-t-il si haut et comment fut-il gur le point de devenir le maître de la France ? 11 fut lancé par un syndicat juif. Tout est là. Il fallait à Bismarck un ministre de la guerre gui put servir d'épouvantail pour l'Allemagne, Cornélius Herz se chargea de Taffaire, II avait connu le général Boulanger en Amérique : il était en relations constantes avep lui, quand le général était en Tunisie : il lïmposa au gouvernement par Clemenceau (La Dernière Bafai7ie, 1890, page 163)

2. Au printemps de 1887, nous avions au ministère de la guerre un homme qui était un irave et loyal soldat, un vrai soldat français. Boulanger prit rapidement et résolument les mesures nécessaires et dit à TAllemagne : « Quand vous voadrez ! ». Les Juifs ont fait payer cher au pauvre général la patriotique conduite qu'il tint alors. {Libre Parole 9 Août 1899.)

La concordance de ces palinodies ne peut être obtenue que par la déformation de chacun de ces versets contradictoires, inverse de celle qu'exerce le prophète à l'instant oîi il le récite. Esclave de^Tidée — fût-ce de ridée de chantage — Drumont est dans chacun de ces versets d'une feincérité sui generis^ proportionnée à l'autosuggestion que détermine Tidée. Séverine a constaté plaisamment les visions successives du prophète à regard du marquis de Mores : amie intime diii prophète et du marquis, elle marque dans « Contrastes » les caractères de la sincérité prophétique. « Contrastes » figure au troisième chapitre de ce livre. (1) Déroulède et Mercier, Boulanger et Mores sont quatre IBlgures de rinfaillibilité du prophète- ELos ou damnés ? Enfer ou Paradis ? Minos, Eaque et Radamanlhe y perdent leurs poids et leurs balances.

(1) Voir plxis bas, page 36.

Les fanérailies de Félix Fanre, selon l'Apocalyse de Drumont. — Débat au Palais-Bourbou sur ces funérailles. — La Chambre des députés suspend l'immuDité parlementaire de Déroulède et Habert. — Palinodie du prophète, relative au marquis de Mores.

Le dixièoie viDiume de cette histoire finit sur Toracle de Drumont du 24 février 1899. Le prophète de rantisémitisme y célèbre les funérailles de Félix Faure. A l'en croire, le peuple de Paris a a conspué Panama I®'. » Pour apprécier la mentalité de Dru mont en l'occurrence, on peut se référer au débat parlementaire, qui roula sur ces obsèques, le 24 février 1899. Le député d'Alger y brille par son silence. Le fougueux vociféraiteur d' a Assez » n'ose balbutier à la tribune aucune des inepties de son oracle épileptique- Liii-Baiôrae s'^en applique le titre. Mentir, en prophétisant sans contradicteurs, est l'enfance de l'art : le mutisme du député en est l'aveu.

1. — Demande en autorisation de poursuite.— jLecliire deia reqa&ie du Procureur général.

Jf. LE PBÉsœsNT. — J'ai r«Qi2 de M. le ^arde des

sceaux une demande en autorisation de poursuites contre deux membres de la Chambre. {Lisez! lisez!)

M. LE Président donne lecture de la lettre de M. le garde des sceaux et de la lettre de M. le procureur général près la cour d'appel de Paris.

« Paris, le 24 février 1899.

» Monsieur le Président,

» J'ai rhonneur de vous transmettre la lettre par laquelle M. le procureur général près la cour d'appel de Paris sollicite la suspension de Timmunité parlementaire en ce qui concerne deux membres de la Chambre des députés.

» Veuillez agréer, monsieur le Président, Tassurance de ma haute considération.

» Le garde des sceaux, ministre de la justice^ » Georges Lebret. »

« 24 février 1 899.

» Monsieur le Président,

» Il résuite d'une déclaration du général Roget, recueillie dans un procès-verbal dressé par M. Cochefert. commissaire de police, le 2i février, à deux heures et demie du matin :

» Qae sur la place de la Nation, alors que le général rentrait à la tète de sa brigade à la caserne de Reuilly, revenant des obsèques de M. le Président de la République, Félix Faure, une bande de deux cents personnes environ, conduite par M. Déroulède, s'est précipitée sur la colonne et s'est interposée entre le général et les sapeurs ;

» Que Tune de ces personnes a essayé d'arrêter le cheval du général, qui s'est dégagé ;

» Que la bande, qui paraissait obéir à M. Déroulède, a suivi les sapeurs en criant : Vive l'armée ;

» Que le général, ayant cru voir qu'on essayait de

faire tourner la troupe par la rue du Faubourg-Saint- Antoîne, Ta maintenue d'un signe de son épée dans la direction à suivre ;

» Qu'un peloton, envoyé sur ses ordres pour essayer d'écarter la bande qui s'était interposée dans la colonne, n'a pas réussi à la rejeter de côté ;

)) Qu*à la bauteur de la rue de Reuilly, alors que la colonne venait à droite pour rentrer dans la caserne, le général croit avoir entendu les cris : A Paris! mêlés aux cris de : Vive l'armée !

» Que les manifestants du premier rang ont réussi à entrer dans la caserne en même temps que les sapeurs (une quinzaine de personnes environ);

)) Que le général a fait évacuer la cour dans laquelle ne sont restées que deux personnes, MM. Déroulède et Marcel Habert, revêtus de leurs insignes de députés ;

» Qu'il a entendu de loin ces messieurs crier, sans pouvoir distinguer les paroles prononcées ;

» Que M. Déroulède paraissait s'adresser à des officiers qui étaient à sa proximité et qui appartenaient au 82* de ligne ;

» Que cette scène a duré sept ou huit minutes.

» MM. Déroulède et Marcel Habert, invités à sortir de la caserne, s'y refusèrent. Le général les fit appréhender et conduire à la salle d'honneur.

» M. Déroulède lui dit « qu'après ce qui s'était passé y> on les arrêterait certainemeni et qu'ils aimaient mieux » être arrêtés là ; que d'ailleurs le général avait tort, lui » personnellement, de ne pas trouver la chose aussi » grave qu'elle l'était parce que cela pouvait le com- » promettre sans leur servir. »

» M. le préfet de police, avisé, décerna, en vertu de l'article 10 du Gode d'instruction criminelle, un mandat d'arrestation qui fut notifié à ces messieurs par M. Cochefert, commissaire de police. Lors de la notification, M. Déroulède déclara à M. Gochefert qu'il s'était rendu sur la place de la Nation dans le but d'entraîner les troapes dans un mouvement insurrectionnel et de ren-

ÎJmiE f REIUER

rs0r la Eépubldqae parlemediaire, pour y substituer la publique plébiscitaire. M. Marcel Habert déclara à 1 tour qu'il avait accompagné M. Déroulède^ sachaut qu'il devait faire, et qu'il acceptait la responsabilité ce qu'ils avaient fait ensemble.

I M. Déroulède et M. Marcel Habert ont été conduits dépôt de la préfecture de police.

» Les faits sus-indiqués étant de nature à constituer, ? sont établis, le délit de provocation par discours et s proférés dans des lieux publics à des militaires de rmée de terre, dans le^but de les détourner de leurs i^oirs militaires et de l'obéissance qu'ils doivent à irs chefs, commandant l'exécution des règlements litaires, délit prévu et puni par l'article 25 de la loi du juilleti881, modifié par la loi du 12 décembre 1893 ;

> Et MM. Déroulède et Marcel Habert ayant été arréen état de flagrant délit ;

9 Une instruction a été ouverte aux (termes dudit

icie.

» Dans ces conditions, il y a lien, pour l'autorité jn- |

iaire, de saisir la Chambre des députés dans les

mes de l'article 14 de la loi du 16 juillet 1875. '

► Veuillez agréer, monsieur le président, l'hommage | mon respect.

» Le procureur général^ » Bertrand. »

^. LE Président. — Je suis saisi d'une proposition de Gastelin qui est ainsi conçue : « La Chambre reert, conformément à la loi constitutionnelle, la mise liberté de MM. Déroulède et Marcel Habert. » {Exclalions au centre et à la gauche.) /urgence et la discussion immédiates sont ordonnées.

Projet de résolution soutenu par Gastelin. — « Mise en liberté ovisoire de Déroalède et Habert. » — Le président du Conseil mande la nooiination immédiate de la Commission prévoe 1 pareil cas par le règlement. — Suspension de la séance.

Page 1