L'Engueuleur attitré et acquitté de l'armée
On les pouvait admirer à l'aise à la 9^ chambre, les Voltigeurs de la Vérité !
Ceux-là, plus encore que ces Voltigeurs de Coblentz — si vaillamment pris à partie par TEngueuleur attitré et acquitté de l'armée — marchent contre la France en compagnie de l'étranger, au nom de cette Vérité dont ils nous parlent sans cesse et qu'ils ne nous montrent jamais.
Donc, à la 9* chambre on s'amusait beaucoup.
Distinguer en un même groupement messieurs Mathias
Morhardt, Psicharl, Sébastien Faure, de Pressensé, Marius Tournadre, Trarieux (qui n'est pas protestant), Joseph Reinach, — j'en passe et des meilleurs — est vraiment pour Tceil, même blasé, un régal pas ordinaire.
Et en examinant ces Grands Pontifes — dont le moins laid parait être monsieur Trarieux (qui n'est pas protestant) et le plus intelligent monsieur Joseph Reinach
— on comprend que leur idée fixe, persistante, tenace, irréductible, c'est rabaissement systématique du pays et le développement immodéré de leurs individualités respectives.
Ils se dressent en des attitudes un peu grotesques. Ils se cassent Tencensoir sur le nez. Ils cherchent de toute leur habileté à se grandir.
Ils sont, à leurs propres yeux, les Défenseurs patentés des Droits de THomme, les Sauveteurs du Citoyen, les lumineux Héros de Tldée, les Voltigeurs de la Vérité l
Conscients des ruines qu'ils amoncellent et de la boue quMls accumulent, ils se vautrent dans cette boue et, de ces ruines, s'élève joyeusement un piédestal.
Ils jettent aux Français — qui jugent autrement qu'eux les choses — de louches regards apitoyés.
Us marchent la tète haute, fiers, non pas — disent-ils
— de la tête elle-même, mais de la Grande Idée dont elle est coiffée.
A la police correctionnelle, un jour de rafles, un des raflés répondait avec simplicité au président qui lui disait, écœuré de son audace :
— Et vous osez porter la tète haute ?
— C'est pas ma tète qui est haute, c'est ma casquette. De même les dreyfusards auxquels on laisse entendre
qu'ils gobent, de façon peut-être excessive, des personnalités souvent discutables^ et qu'ils accordent leur confiance à des individus douteux et à des intellectualités incertaines, répondent avec aplomb :
— Ce n'est pas nous qui sommes infaillibles, c'est la Vérité l
G'eat forte de cette croyance que La Ligue des Droits de Vhomme et du citoyen^ qui est en quelque sorte Tâme même de l'Affaire, avait remis sa défense entre les mains autorisées de son président monsieur Trarieux. (Qui n^est pas protestant.)
Il a présenté cette défense de façon copieuse et solen« Délie. Avec une évidente complaisance, il a cité du Tra* rieux et commenté du Trarieux.
Et, il faut bien le dire aussi — d'autant plus qu'il serait difficile de définir autrement la caractéristique de ce que Maître Chenu appelle « l'inappréciable talent de monsieur Trarieux », — il a « parlé » du Trarieux.
Et il m'a semblé que ses complices eux-mêmes l'écoutaient d'un air un peu las. Monsieur Joseph Reinach piétinait et monsieur de Pressensé bâillait de tout son cœur. Mais les Voltigeurs se sont réveillés pour applaudir comme un seul homme le panégyrique de monsieur Picquart qui serviait de péroraison.
2, •— Cuignet rend inatile la stoïque mort da colonel Henry.
Ce qui est surtout déplaisant chez les Voltigeurs de la Vérité, c'est leur manque total de franchise. Au lieu de nous dire tout bonnement : « Dreyfus n'est pas coupable, parce que nous qui sommes les plus forts nous ne voulons pas qu'il le soit »... ils essaient de prouver l'innocence par tous les moyens qui se peuvent acheter, — non pas seulement avec de l'argent, mais par des procédés divers.
C'est ainsi qu'ils sont aidés dans leur abominable entreprise par les Juifs ; les cosmopolites de toutes provenances; les militaires ivrognes, francs-maçons, mécontents ou besogneux, et par un fort stock de protestants. Et cela n'a rien qui doive surprendre.
Ce qui surprend péniblement, par exemple, c'est l'appui apporté par ceux que nous croyons nôtres et qui par instinct, antipathies personnelles ou obéissance, servent de tout leur pouvoir là cause qu'on s'attendait à leur voir combattre de toutes leurs forces.
Dans la déposition de monsieur le capitaine Gaignet, énormément question de la haine qu'aurait vouée jlonel Picquart le colonel du Paty de Clam. Elle 3uvait guère être plus forte, cette haine^ que celle parait avoir vouée au colonel du Paty de Glam ûeur le capitaine Guignet ?
ne connais pas le colonel du Paty. Je n'ai aucune n de le juger avec bienveillance, mais, tout de e, j'ai peine à croire qu'il soit exactement l'homme dépeint monsieur le capitaine Guignet... Et, s'il cet homme, serait-il utile de le traîner ainsi sur la
land M. Picquart traquait, poursuivait et calom-
le commandant Ësterhazy, c'est qu'il voulait le tituer à Dreyfus et ses manœuvres avaient un but. lis monsieur le capitaine Guignet qui ne cherche bstituer personne à Dreyfus — puisqu'il le charge que autant que le colonel du Paty — met, sembleun singulier. acharnement à rouler dans le ruisseau fficier qui a été son chef.
ce faisant, il rend inutile la stoïque mort du nel Henry. Pourquoi donc cet incompréhensible âge?
1 le lisant, on se prend à penser que l'officier accujv n'est qu'un instrument et que son étrange dépon masque une manœuvre politique.
1 s'aperçoit que cette déposition est tout entière ;ée — indirectement- et habilement d'ailleurs" — re un ancien ministre qu'on redoute parce qu'il est
honnête, plus intelligent et plus populaire dans aée que tout autre ministre civil.
il apparaît, aux chercheurs de la petite hôte, que nattendu Voltigeur de la Vérité n'est autre qu'un istre jaloux et inquiet, et que la déposition Guignet ait s'appeler — si la recherche de la paternité siit pas interdite :
Freycinet contre Gavaignac I »