‹ Marine Marchande Primes Et SubventionsChapitre 53 sur 70 · Janvier · texte numérisé non relu

Janvier

Les exemples abondent. Ils sont probants. Saïgon, en 1891, a fourni un fret de sortie de 300.000 tonnes. Les navires qui l’ont chargé se répartissent ainsi : 142 anglais, 101 allemands, 21 espagnols, 10 hollandais, 2 américains l'italien, 1 danois. — Français : néant.

En 1892, le fret de sortie a atteint 800.000 tonnes. Pas un navire français n'en a exporté.

Tout l’avenir de J’Indo-Chine s’en trouve compromis. Les affrètements déjà, au lieu de se faire à Saïgon, passent à Hong-Kong et à Singapoor. Comme les armateurs sont en même temps négociants importateurs, il leur suffit d'élever le taux du fret de quelque cents, sur une marchandise de très bas prix, pour amener une baisse égale et supprimer ainsi le bénéfice du cultivateur.

Or c’est le cultivateur qui forme la richesse véritable du pays.

L'amendement avait donc pour but de permettre aux marins indigènes annamites, sujets français, d’embarquer sur les navires français sans supprimer à ces derniers leur droit à la prime. Il y avait une utilité très grande à constituer à Saïgon une réserve d'officiers, de mécani- Ciens, de contre-maîtres, de matelots et de chauffeurs annamites. Les Français ne peuvent suffisamment supporter le climat. Ce serait une atténuation à la rigueur de l’acte de navigation du 21 septembre 1893 : « Les officiers et trois quarts de l'équipage doivent être français ».

« Lorsque la couvention nationale rendit son décret, nous n'avions pas de colonies de domination. Tous les

marins français embarqués étaient citoyens. Mais aujourd'hui que nous possédons un vérilable empire colonial, peuplé de plusieurs millions d’âmes, allons-nous priver nos sujets, après leur avoir enlevé leur indépendance nationale, des droits que la France accorde à l’ensemble de ses habitants ?... Quand on veut avoir des colonies paisibles, il faut assurer leur richesse au lieu de les ruiner en les metlant dans l'impossibilité de prospérer par des “entraves de toute sorte, en les privant de ce qui leur appartient légitimement. »

C'était un plaidoyer en faveur des colonies d’Extrême- Orient. Mais il avait une portée plus large. Il indiquait l’exigence excessive de l’acte du 21 septembre 1793. Il ne donnait pas la véritable solution.

Permettre aux armateurs de compléter leurs équipages avec des sujets français, c'est leur donner une autorisation bien gratuite : les sujets français d’Extrème-Orient ne sont pas marins. Il est indispensable d'étendre la mesure, de tolérer Fembarquement de matelots étrangers dans les plus grandes proportions qu'il soit possible de fixer (1). Il est admis que certains emplois à bord doivent être tenus par des inscrits maritimes. Les mécaniciens sont dans ce cas. 11 y a là une mesure de sécurité. Mais les matelots,les chauffeurs, tous ceux qui occupent des postes secondaires ou peu compliqués, doivent être recrutés parmi les Chinois ou les Malais.

Page 1