ACTE II, SCENE X
Je dois rester pour loi.
éléna.
Voudrais-je prolonger Des plaisirs qu'avec vous je ne puis partager? J'en sens peu la douceur j ce devoir qui m'ordonne D'entendre tout le monde en n'écoutant personne 5 Ces flots de courtisans qui m'assiègent de soins, Et croiraient m'offenser , s'ils m'importunaient moins , D'un tel délassement me font un esclavage. Avec la liberté qu'autorise l'usage , Un d'eux , couvert d'un masque et ne se nommant pas, Me lasse , me poursuit , s'attache à tous mes pas.
FALIERO , 'vivement.
Qu'a-t-ildit?
Bien , pourtant , rien qu'il n'ait pu me dire 5 Mais je conçois l'ennui que ce bal vous inspire , Et prompte à le quitter, j'ai cependant , je croi, Moins de pitié pour vous que je n'en ai pour moi.
Ce dégoût des plaisirs et m'attriste et m'étonne : A quelque noir chagrin ton ame s'abandonne. Tu ii'es donc plus heureuse , Éléna ?
éléna.
Moi 5 seigneur !
Parle.
éléna.
Rien près de vous ne manque à mon bonheur.
Dis-moi ce qui le trouble : est-ce la calomnie? L'innocence la brave et n'en est pas ternie. Doit-on s'en affliger quand on est sans remords?
ELENA
Je suis heureuse.
Non : malgré tous vos efforts , Vos pleurs mal étouffés démentent ce langage : Yous me trompez.
eléna, à part.
Ociel!
* A ma voix prends courage :
Ne laisse pas ton cœur se trahir à demi : Sois Bonne et confiante avec ton vieil ami : Il va l'interroger.
ÉLÉNA , à part.
Je frémis !
Ma tendresse Eût voulu te cacher le doute qui m'oppresse ; Mais pour m'en affranchir j'ai de puissans motifs : Un instant quelquefois, un mot, sont décisifs. Un mot peut disposer de mon sort, de ma vie.
ÉLÉNA.
Qu'entends-je ?
En me rendant la paix qui m'est ravie. N'as-tu pas , réponds-moi , par un discours léger , Un abandon permis que tu crus sans danger, Un sourire , un regard , par quelque préférence , Enhardi de Sténo la coupable espérance ?
ÉLENA , vivement.
Sténo !
Non , je le vois ; ce dédain Ta prouvé ; Non 5 pas même un regret par Thonneur réprouvé ,