‹ Marino FalieroChapitre 47 sur 77 · ACTE III, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE III

Toi , qui le menaçais , toi , qui veux m'immoler, Vous tous... Mais de terreur je les vois reculer. Allons ! pas un d'entre eux, je leur rends cet hommage , N'est assez lâche , au moins , pour avoir ce courage.

STROZZI

Il nous- fait honte , amis !

BERTRAM

Nous Pavons mérilé.

Avant qu'on le punisse il doit être écouté.

Vos soldats, Faliero, sont prêts à vous entendre.

Eh bien ! à leur parler je veux encor descendre. Est-ce un tyran qu'en moi vous prétendez punir? Ma vie est /jour par jour, dans plus d'un souvenir : Déroulez d'un seul coup cette vaste carrière. Mes victoires ! passons : je les laisse en arrière; Mon règne devant vous , pour vous imposer moins , Pvécuse en sa faveur ces glorieux témoins. Quand vous ai-je opprimés? qui de vous fut victime? Qui peut me reprocher un acte illégitime ? Il est juge à son tour, celui qui fut martyr, C'est avec son poignard qu'il doit me démentir. Justes, puis-je vous craindre? ingrats, je vous défie. Tous l'êtes : c'est pour vous que l'on me sacrifie. C'est en vous défendant que sur moi j'amassai Ce fardeau de douleurs dont le poids m'a lassé. Pour vous faire innocens , je me suis fait coupable , Et le plus grand de vous est le plus misérable. Jugez-moi : le passé fut mon seul défenseur; Etes- vous des ingrats, ou suis-je un oppresseur?

BERTRAM

Si Dieu vous couronnait, vous le seriez peut-être.

Trous savez qui je fus j voici qui je veux être. Votre vengeur d'abord. Vous exposez vos jours • Ee succès à ce prix ne s'obtient pas toujours, ' Toujours la liberté : qui périt avec gloire ^affranchit par la mort comme par la victoire. ^ -Ylais te succès suivra vos desseins généreux *i je veux les servir : compagnons , je le veux. -La cloche de Saint-Marc à mon ordre est soumise • Irois coups , et tout un peuple est debout dans Venise tes trois coups sonneront. Mes eliens sont nombreux,' Mes vassaux plus encorj je m'engage pour eux. jappez donc! dans son sang noyez la tyrannie; Venise en sortira , mais libre et rajeunie. Votre vengeur alors redevient votre égal Des débris d'un corps faible à lui-même fatal, 0 un état incertain, république ou rovaume Qui n a ni roi ni peuple , et n'est plus 'qu'un fantôme , formons un Etat libre où régneront les lois , Ou les rangs mérités s'appuîront sur les droits Ou les travaux, eux seuls, donneront la richesse • Les talens , le pouvoir • les vertus , la noblesse. ' Ne soupçonnez donc pas que, dans la ro vauté L attrait du despotisme aujourd'hui m'ait tenté. Se charge qui voudra de ce poids incommode! Mes vœux tendent plus haut : oui, je fus prince à Rhode, General à Zara, Doge à Venise- eh bien! Je ne veux pas descendre, et me fais citoyen.

PIETRO , en frappant sur l'épaule du Boue. L est parler dignement!

Le Doge se recule avec un mouvement involontaire de dédain.

v. . . D'où vient celte surprise ?

Entre égaux!... r

Page 1