ACTE III, SCENE III
ISRAËL
De ce titre en vain on s'autorise, Pour sortir du respect qu'on doit à la vertu. Vous , égaux ! à quel siège as-tu donc combattu? [ce , Sur quels bords? dans quels rangs? s'il met bas sa naissan- Sa gloire au moins lui reste , et maintient la distance. Il reste grand pour nous , et doit l'être en effet Moins du nom qu'il reçut que du nom qu'il s'est fait. Sers soixante ans Venise ainsi qu'il l'a servie; Risque vingt fois pour elle et ton sang et ta vie; Mets vingt fois sous tes pieds un pavillon rival , Et tu pourras alors le nommer son égal !
pietro.
Si par ma liberté j'excite sa colère , 11 est trop noble encor pour un chef populaire.
Moi t'en vouloir! pourquoi? Tu n'avais aucun tort. Aucun. Ta main , mon brave , et soyons tous d'accord! Je me dépouille aussi de ce nom qui vous gêne : Pour l'emporter sur vous , mon titre c'est ma haine. Si ce titre par toi m'est encor disputé , Dis-moi qui de nous deux fut le plus insulté. Compare nos affronts : autour du Bucentaure, Quand vos cris saluaient mon règne à son aurore , Je marchais sur des fleurs ; je respirais l'encens : Ces fiers patriciens à mes pieds fléchissans, Ils semblaient mes amis... Hélas! j'étais leur maitre. Leur politique alors fut de me méconnaître. Captif de mes sujets, sur mon trône enchaîné, Flélri, j'osai me plaindre et je fus condamné; Je condamne à* mon tour. Mourant, je me relève, Et sans pitié comme eux , terrible , armé du glaive , Un pied dans le cercueil , je m'arrête , et j'en sors
Pour envoyer les Dix m'annoncer chez les morts.
Mais prince ou plébéien , que je règne ou conspire ,
Je ne puis échapper aux soupçons que j'inspire.
Les vôtres m'ont blessé. Terminons ce débat :
Qui me craignait pour chef me veut-il pour soldai?
Je courbe devant lui ma tête octogénaire ,
Et je viens dans vos rangs servir en volontaire.
Faites un meilleur choix , il me sera sacré :
Quel est celui de vous à qui j'obéirai ?
ISRAËL
C'est à nous d'obéir.
Je donnerai l'exemple ; Un attentat par vous fut commis dans le temple; Expiez votre faute en vengeant les autels.
Je serai l'instrument des décrets éternels.
STROZZI
Aux soldats étrangers on a fait des promesses: Les tiendrez-vous?
FALIERO, lui jetant une bourse.
Voici mes premières largesses.
PIETRO
Mes gondoliers mourront pour leur libérateur. :
Tel <jui fut gondolier deviendra sénateur.