‹ Marino FalieroChapitre 49 sur 77 · ACTE III, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE III

Au Doge.

Quand voulez-vous agir?

Au lever du soleil.

BERTRAM

Sitôt!

Toujours trop tard dans un projet pareil. Bien choisir l'heure est tout pour les succès des hommes. Le hasard devient maître au point où nous en sommes ; Qui sait s'il veut nous perdre ou s'il doit nous servir? Otez donc au hasard ce qu'on peut lui ravir.

BERTRAM

Mais tous périront-ils ?

PIETRO

Sous leurs palais en cendre.

ISRAËL

Il faut achever l'œuvre ©u ne pas l'entreprendre. Bertram , qu'un d'eux survive au désastre commun : En lui tous revivront • ainsi tous , ou pas un : Le père avec l'époux , le frère avec le frère , Tous, et jusqu'à l'enfant sur le corps de son père!

EERTRAM.

Faliero seul commande et doit seul décider. ISRAËL , au Doge.

Prononcez !

FALIERO , après un moment de silence.

Ah! cruels! qu'osez-vous demander?

Mes mains se résignaient à leur sanglant office 5 Mais prendre sur moi seul l'horreur du sacrifice !...

A Israël.

Tu peux l'ordonner , toi ! tu ne fus qu'opprimé • Mais moi , s'ils m'ont trahi , jadis ils m'ont aimé.

En s' avançant sur le devant de la scène , tandis que les conjurés attendent avec anxiété sa décision. .Nous avons confondu notre joie et nos larmes :

Les anciens du conseil sont mes compagnons d'armes , Mes compagnons d'enfance. Au sortir de nos jeux , J ai couché sous leur tente , et j'ai dit avec eux , A la table où pour moi leur coupe s'est remplie , Ces paroles du cœur que jamais on n'oublie. Adieu, vivans récits de nos premiers combats» Je ne verrai donc plus , en lui tendant les bras , Sur le front d'un vieillard rajeuni par ma vue, Un siècle d'amitié m'offrir la bienvenue. Je tue , en les frappant , le passé , l'avenir , Et reste sans espoir comme sans souvenir.

ISRAËL , avec impatience.

Eh quoi! vous balancez?

UN GONDOLIER , hors de la scène.

« Gondolier, la mer t'appelle;

« Pars et n'attends pas le jour.

PIETRO

C'est un avis : silence

LE GONDOLIER

« Adieu , Venise la belle ; « Adieu , pays mon amour !

Un importun s'approche ; évitons sa présence.

LE GONDOLIER

« Quand le devoir l'ordonne , « Venise , on t'abandonne , « Mais c'est sans t'oublier.

Que chacun à ma voix revienne au rendez-vous , Et sans nous éloigner, amis, séparons-nous.

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