ACTE IV, SCENE IX
Ne te souvie*ns-tu pas De l'heure où ton vieux père expira dans nos bras ? A son dernier soupir il reçut ta promesse De m'aimer, d'embellir, d'honorer ma vieillesse : Tu l'as fait.
ÉLÉNA.
C'en est trop !
faliero.
Je promis à mon tour De veiller sur ton sort jusqu'à mon dernier jour. Ton père me l'ordonne.
Ecartez cette image.
C'est lui...
ELENA-
Je parlerais !
C'est lui qui m'encourage A remplir mon devoir, à tenir mon serment, A défendre sa fille.
éléna.
A la punir.
faliero.
Comment ?
ÉLÉNA.
Yengez-vous; punissez. Le sang qu'il vous demande C'est le mien. Punissez : votre honneur le commande, Mais n'immolez que moi , moi seule : cet honneur Pour qui vous exposez repos , gloire , bonheur, Je l'ai perdu!
Qu'entends-je? où suis-je? que dit -elle? Qui ? vous ?
ÉlÉNA.
"Fille parjure, épouse criminelle, Mon père au lit de mort, vos bienfaits et ma foi, Tout, oui, j'ai tout trahi.
Point de pitié pour toi!
Mais il est un secret qu'il faut que tu déclares : Ton complice?
ÉLÉNA.
II n'est plus.
Éléna, lu t'égares.
Comprends-tu bien les mots qui te sont échappés? Sais-tu que , s'il est vrai , tu vas mourir ?
ÉLÉNA.
Frappez!
FALIERO , levant son poignard.
Reçois ton châtiment!... mais non. Qu'allais- je faire? Tu tremblais pour ma vie , et ta frayeur m'éclaire. Non , non j en t'accusant tu voulais me sauver.
Le poignard tombe de ses mains»
A ce sublime aveu qui pouvait s'élever De cette trahison ne fut jamais capable. Dis* que tu m'abusais , que tu n'es pas coupable , Parle , et dans mon dessein je ne persiste pas , J'y renonce, Eléna , parle... ou viens dans nies bras, Viens , et c'en est assez !
ÉLÉNA.
Hélas ! j'en suis indigne.
J'ai mérité la mort : frappez , je m'y résigne. Ah! frappez!
Et le fer de mes mains est tombé • A sa honte, à mes maux, je n'ai pas succombé!