‹ Marion carméliteChapitre 1 sur 23 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

DUBARAIL , puis GERDY. Duharail parait, conduit par un domestique tout en noir qui lui fait un grand salut.

DUBARAIL. C'est bien ! . . annoncez le chevalier Duharail, gentilhomme ordinaire de M. le cardinal. [Le domestique salue tristement et sort. ) Drôle de figure, avec ses pleureuses et son pourpoint mercredi des cendres!., singulière livrée pour une femme dont la vie est un long carnaval ! . . Attendons. ( J7 se jette dans un fauteuil. Un domestique, tout en noir comme l'autre, parait précédant Gerdy , et lui fait un grand salut.) Encore ! Ah! quelqu'un...

GERDY , qui tourne le dos à Duharail.

Merci, mon cher !.. annoncez le comte de Gerdy.

(Le domestique salue et sort.)

DUBARAIL, se levant. De Gerdy!

GERDY, se retournant. Hein!., plaît— il ?

DUBARAIL. Lui-même... ce cher comte!

gerdy. Duharail!.. Eh! parbleu! embrassons-nous, mon très-cher...

DUBARAIL. De tout mon cœur.

GERDT. Qui diable mVût dit que je vous rencontrerais ce matin à Choisy?

DUBARAIL. J'arrive à l'instant.

gerdy. Et moi, comme vous voyez...

encore tout consterné de l'accueil lugubre que je reçois chez la fille la plus folle de France et autres lieux.

DUBARAIL. C'est ce que je me disais là... car je n'ai encore trouvé, en fait de créatures vivantes et humaines, que ce valet noir, qui m'a introduit de l'air le plus triste... comme on recevrait une catastrophe ou un messager de malheur.

gerdy. Tous, je ne dis pas.

DUBARAIL. Hein ?

GERDY. Gentilhomme de notre doux cardinal, de notre bénin Richelieu, on vous croit toujours chargé d'une lettre de cachet pour quelqu'un de ses amis intimes.

dubarail. Tous êtes un peu sorcier, mon cher comte.

GERDY, effrayé. Plait-il ? est-ce que j'aurais deviné juste?., vous êtes en partie de chasse, ce matin ?

dubarail. Eh! non... D'ailleurs, je ne me mêle de cela qu'en grand... je n'arrête pas, moi.

gerdy. Non, vous ordonnez d'arrêter, voilà tout.

DUBARAIL. Je remets la lettre Je cachet à qui de droit, et le reste. ne me regarde plus.

GERDY, toujours effrayé. C'est donc, cela que j'ai aperçu, à l'entrée de Choisy, deux ou trois de ces pourpoints noirs qui sentent la Bastille d'une lieue?

dubarail. Allons laissons là cette

plaisanterie.

GERDY. Il appelle ça une plaisanterie!

dubarail. Et dites-moi , mon chercomte, qu'ètes-vous devenu depuis quinze jours que vous avez disparu de notre grande ville, vous, le roi de nos fous, l'ame de toutes nos fêtes, l'amant de toutes nos femmes ?. . Où est- il? se demandait-on de toutes parts. . . est-ce qu'il est mort ? est-ce qu'il s'est fait ermite ?

gerdy. A peu près.

dubarail. Et je vous trouve ici.... ce matin!.. D'où diable sortez-vous?

GERDY. Du couvent.

dubarail. Du... du couvent!., je n'en reviens pas !

GERDY. Moi, c'est différent !.. j'en reviens. . . en personne . . Oh ! ne riez pas, c'est l'histoire la plus sérieuse dans son principe... quoique la plus bouffonne, la plus burlesque dans ses conséquences ! . d'abord, vous savez... tout Paris, toute la France sait que j'étais, il y a un mois, l'amant en pied de Marion Delorme.

dubarail. Vous ne l'avez pas laissé ignorer.

GERDY. Pourfaire honneur àcettebonne fille qui , cette fois, du moins, avait eu la main heureuse.... Le choix était pour elle...

dubarail. Honorable et flatteur.

GERDY . Flatteur, comme vous dites. . . Eh bien ! le croiviez-vous ? au bout de huit jours, congédié, dédaigné... comme votre cardinal... moi, comte de Gerdy, l'homme le plus aimable de la place Royale !.. j'étais trop fat, trop impertinent pour Mlle Marion.

dubarail. Pas possible !

gerdy. Ma parole d'honneur !.. Aussi, ça criait vengeance, et... qu'est-ce que c'est?..

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