SCÈNE II
Les MiMEs, LE MARQUIS*.
( Un domestique entre, salue le marquis , lui montre un nége et soit. )
ni ii\r. mi . S ni, doute quelque visiteur comme nous. . tuêine cérémonial.
GERDY. I D jeune seigneur. .. ( S\i[>pm-
* Dubarail, de Gerdy, le marquis.
LE MAGASIN TnEATRAL.
chant et saluant.) Monsieur est sans doute attendu chez Marion Delorme?
(Le marquis le salue et s'assied.) gerdy. Monsieur est peut-être un ami de Marion Delorme?
( Le marquis lève les yeux au ciel, soupire et tire de sa poche une lettre qu'il lil.sans écouter.)
dubarail. Cet homme est sourd.
gerdy. Et muet.
dubarail. Continuez donc, mon cher.
. ?GERDY. J'étais piqué au vif... (Regardant le marquis.) Diable d'original!.. ( Reprenant.) Je jurai de me venger de celte bégueule de Marion...
(Le marquis relève la tète ete'coute.)
dubarail, riant. Voilà un reproche bien peu mérité.
gerdy. Et de réparer mon échec par un triomphe digne de moi... Il me fallait au moins une maîtresse ayant tabouret en cour, et portant écusson sur son carrosse... Je levai les yeux, et ils s'arrêtèrent sur... dubarail. Sur?..
gerdy. Une dame jeune , belle, ravissante... Je tombai amoureux fou... comme un écolier, unenfant. . Mais une vertu! . . une vertu invraisemblable! . . Là où mon amourpropre espérait une victoire, mon cœur essuya une défaite... Après les dédains de Manon, il ne me manquait plus que cela pour me déshonorer tout-à-fait !.. Honteux, désespéré, pour la première fois de ma vie, je perdis la tète... Je menaçai de me tuer... de me faire moine, comme ce fou de Joyeuse !
dubarail. Ah! oui, la manie du jour...
tout le monde tourne au couvent, les carmélites sont à la mode.
GERDV. On m'en défia... Il ne faut pas me délier deux fois défaire une sottise... et dans le paroxisme d'une passion extravagante, je dis adieu au monde, aux plaisirs, aux femmes, et courant me jeter dans un cloître, je signai bravement mon dernier billet d'amour... frère Adrien, chartreux indigne, anicà in sœculo comte de Gerdy!.. {Riant.) Ah! ah! ah!
dubarail , de même. Ah ! ah ! ah !
chartreux!..
LE MARQUIS, aoec un rire étouffé. Ah ! ah ! ah !
(On le rcqarde, il a repris son sérieux et continue sa lettre.) GERDY, regardant le marquis. Il m'avait semblé que notre muet...
H. DUBARAIL.
A m de FEeu de six francs.
Je vois comment l'histoire cesse :
Votre courageux dévouement
MARION CARMKI.ITE.
Flecriil celte vertu tigTCStf ,
*Jn m renait..t
Non pas, vraiment !
"en .ternis bien fâche.
m r, a « a il..
Comment?
t. f. un Y.
Oui, ccrlc, il eùtele fort triste I)'; voir triompher un chartreux...
Si je retombais amoureux , Il faudrait me faire trappiste.
La belle n'a fait que rire de ma folie.. . niais le coup a porté ailleurs... et huit jours après, quand je commençais à m'ennuyer sous le capuchon , je trouvai dans un livre de prières qui m arrivait du dehors, ce billet charmant que je baisai mille fois, tenez : [Lisant.) «Quel que soit » le jour, accourez, vous serez le bien- » venu. »
dubarail. L'ne lettre de change !
gerdy. Payable à vue.
dubarail. Et de qui?
gerdy. Lisez.
DUBARAIL, Usant le nom. IVIarion Delorme. ( Le mar/juis lève vivement la tête et les regarde.} Heureux vaurien!., mais le motif d'un pareil retour...
gerdy. Vous ne comprenez pas ?. . Cette pauvre Mariona pris mon désespoir et ma retraite pour un effet de ses rigueurs... et comme elle a le cœur bien placé, elle n'a rien trouvé de mieux pour me rendre au inonde que de s'exposer encore à mon impertinence.
Le marquis devient rêveur.)
Dubarail. ^ ous ne vous l'êtes pas fait dire deux fris.
gerdy. Ah ! bien oui... pour cela il fallait franchir la grille, reconquérir ma liberté... Mais en voici bien d'un autre! les bons pères me tenaient et ne voulaient pas me lâcher !..
dubarail. Bah! ah! c'est charmant !
GEUDY. Ils me signifient que lorsqu'on a été moine un seul jour, il n'v a pas de raison pour que ça finisse et que je suis chartreux à perpétuité!.. On donna des ordres en conséquence au frère portier... et il ne me resta plus pour voie de salut ,
que la fenêtre de ma cellule je regarde :
deux cents pieds de hauteur !
dubarail. Et vous avez sauté?
GERDY. Oui, en arrière.
dubarail. Poltron!
Gerdy. J'auraisbien voulu vous y voir, avec votre gros ventre et vos petites jambes !.. par bonheur, grâce aune échelle de soie que la Desceillets de l'hôtel de Bourgogne m'a fait passer, et qui trompa la surveillance du ciel et de la terre... après
une semaine de vocation avortée, |'ai pu échanger ma robe encapuchonnée contre mon pourpoint de velours, et at 'courir à Choisy, chez Mai ion, pour toucher mon billet et réclamer les droits que me garantit sa signature.
(Le marquis le regarde avec colère cl dédain.)
DURAIVAIL.
Ain : J'ai vn le Panin<.\, t!<-<; àûmts. On peut vous faite banqueroute...
GEiinr.
S'il s'agissait d'argent comptant , .le pou nais le craindre, sans doute • Mais il s'agit , en cet instant, De ternie/, vous, «le Irte-à-téle,
D'amour, de bonheur... pas «le frais.
Pour acquitter semblable dette,
Les fonds ne lui manquent jamais.
dubarail. C'est très-bien... sice laisscz-
passer peut vous ouvrir les portes du logis qui lui est réservé et qu'ot' appelle vulgairement... ( baissant la voit.) la Bastille.
GERDY. La Bastille !.. qu'entends- je !.. (Le marquis se lève vivement et avec inquiétude.)
dubarail. Chut donc ! ce diable de sourd vous a entendu !
gerdy. Eh ! que m'importe! vous ne l'arrêterez pas ?
DUBARAIL. Moi!., cela ne me regarde en aucune manière... et si Manon est mieux portante...
GERDY. Mais mon billet... mon billet devenu inutile et sans valeur!., voyez, c'est signé Marion !
• dubarail. Voyez, c'est signé Bichelieu !
( Le marquislit par-dessus son épaule, et sansètre vu; on entend rire au dehors.)
GERDY. Hein! quelle gaîlé !. . ce doit être elle!., c'est Marion!
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