SCENE VIII
Les Mêmes, LE MARQUIS*.
LE MARQUIS , entrant vivement. Elle doit être ici encore!..
MARION. Ciel ! {S' arrêtant.) Il n'est plus temps!..
GERVAIS, montrant au maruuis . Permettez, monsieur...
le marquis. Pardon! je savais qu'il y avait ici une compagne, une amie de Mlle Delorme. . (à part) elles sont deux!. .
* Gervais, Mai ion, M"e Dcsœillets.
** Gervais, Marion, M11' Desœillets, le marquis.
LE MAGASIN THEATRAL
MARION , bas'. Je ne l'ai jamais vu !
MUe desoeillets. \ ous ne connaissiez donc pas Marion ?
LE MARQUIS. Non, madame. . . par malheur!., et j'accourais pour la voir, pour la connaître, quand cette fatale nouvelle..
MARION, à part. Pauvre jeune homme!
Mlle DESOEILLETS , bus à Marion. Faut-il le renvoyer ?
MARION, bas. Il ne me connaît pas !... {A Gênais.) Va... va veiller à ce qu'il n'en
vienne pas un autre : . . ,
(Gervais sort.)
BWMMaaaBQBaayBjtaoeeaa oeeaeeeee cooaaoaco
SCEINE IX.
MARION , M,le DESOEILLETS , LE MARQUIS.
LE MARQUIS. Je vous ai dérangées peutêtre ?
Mlle desoeillets. Au contraire, vous venez à propos, car nous parlions de celle que vous aimiez.
le marquis. Vous étiez son amie, vous, madame?
Mlle desoeillets. Oui; mais pas autant que mademoiselle.
LE marquis. Ah! vous aussi?
MARION. Un peu; nous étions des amies intimes... sans avoir de secrets l'une pour l'autre; je puis même dire que nous ne nous quittions jamais; elle me disait tout.
LE marquis. Ah! que j'aurais voulu être à votre place !
M1Ie desoeillets *,bas. Il en aurait appris de belles !
marion, de même. C'est possible ! ça ne l'aurait pas ennuyé du moins ; (haut) mais je ne comprends pas l'intérêt que vous prenez à cette pauvre Marion.
LE marquis. Ah ! c'est que vous ne savez pas quel beau rêve j'avais fait! quelles
espérances remplissaient mon cœur!
Mais, je ne sais si je dois vous le dire... vous' allez me trouver bien fou, bien insensé!.. J'ai vingt ans...
h'ahion. G'est un âge bien intéressant ; continuez.
LE MARQUIS. Il y a deux mois, j'habitais encore le château de ma mère que je n'avais pas quittée... Surveillé par un gouverneuir sévère, je connaissais le monde à peine, mais je l'aimais de loin : j'aimais ses plaisirs, ses gloires , ses fêtes, ses femmes... o.h! les femmes! je les aimais toutes!
* M11* Dejwillets, Marion, le marquis.
marion, à pari. Il a une belle aine.
le mauquis. Une, surtout, une, dont j'entendais souvent déjeunes seigneurs parler entre eux dans leurs promenades, dans leurs parties de chasse où je les suivais... et qui avaient un double charme pour moi. Celle dont ils vantaient sans cesse la beauté, l'esprit, le cœur , c'était Marion Delorme. A ces éloges qu'ils lui donnaient, aux récits qu'ils faisaient de sa vie si folle, si gaie, je sentais mon cœur battre, le feu me monter au visage ; j'étais hors de moi, et le soir, lorsqu'agité, brûlant, le sommeil fuyait ma paupière, je médisais : « Moi aussi, elle m'aimera cette fille si bonne, si charitable! elle ne repoussera pas un cœur qui n'a pas encore aimé... et que je lui donnerai tout entier ! Hein ? » dites-moi , croyez-vous qu'elle l'eût refusé ?
Mlle desoeillets. C'eût été difficile.
marion. Ce n'était pas dans ses habitudes. {A pari.) Il est gentil.
LE marquis. Enfin , je quittai le château, j'entrai dans le monde ; j'aurais voulu accourir près d'elle ; mais il fallait porter ailleurs mon premier hommage , me présenter au roi Louis XIII. Je me rendis au camp où sa majesté me reçut avec une bonté qui fit bien des jaloux et éveilla bien des ambitions; mais je n'étais occupé que d'une chose ; j'entendais tous ces jeunes et brillans officiers qui ne juraient que par cette Marion , que rien n'eût pu me faire oublier.
marion. H paraît qu'elle avaitd es amis partout.
LE marquis. Aussi , brisant la chaîne qui me retenait auprès du roi , je pris le prétexte d'une mission en Angleterre qui m'était offerte par des gens qu'effrayait ma faveur naissante, et que j'ai acceptée, pour quitter le camp , pour courir à Paris , à Choisy, mettre ma fortune et ma vie aux pieds de celle que je ne devais jamais connaître.
MARION, émue, lui prenant la main. C'est bien, c'est très-bien.
le marquis. Mais, du moins, si elle n'est plus là , vous me parlerez d'elle , ça console un peu ; et d'abord, dites-moi, elle était bien jolie?
marion. Oh! jolie...
Mlle desoeillets. Eh! mon Dieu! si vous tenez à vous en faire une idée, il y a ici quelqu'un qui lui ressemble.
LE marquis. Vraiment?
MUo desoeillets. A s'y tromper.
LE MARQUIS. Et qui donc ?
MUe desoeillets. Mais, entre vous et moi.
LE MARQUIS. En vt'rité? oli ! laissez-moi vous regarder, vous regarder long-temps.
MARION, à part. Ah ça ! niais si ça prend cette tournure-là...
LE marquis. Les yeux et la taille aussi, n'est-ce pas ?
M11' DESOEILLETS. Exactement.
LE MARQUIS. Et le caractère?
DESOEILLETS. Eh
caractère...
mxriOn. Eh bien
quoi
M1" DESOKILLETS , avec
eh... pour le
. le caractère., in le nt ion. Elh
était vive, emportée...
LE MARQUIS. Vraiment!
M arion. C'est faux ! (,7 part.)S\ elle va lui donnerde ces idées-là. ( Il ont y s' em pot tant.) Ma r ion emportée ! c'est un mensonge ; je le nie... et rien qued'entendre cela, je ne me possède plus, je suis hors de moi!., elle était la douceur même.
MIK' dksoeii.lets. Comme toi.
LE MARQUIS , regardant Marion. Oh!
tant mieux! tant mieux! cette vivacité est souvent un signe de franchise... c'est une qualité de plus.
M \rion, changeant de ton. Un peu vive, je ne dis pas; mais pas trop, enfin, comme monsieur l'aime... il s'agissait de savoir la prendre.
le marquis. Eh ! oui, ce devait être facile.
MARION, à part. Comme il m'aurait aimée, celui-là! (bas, à Mlle Desœillets) emmène-le auprès des autres, méchante.
Mlle desoeillets, riant. J'ai voulu éprouver ton humilité chrétienne.
MARION. Adieu, monsieur, adieu.
le marquis. Vous quitter sitôt !
marion. Je vous en prie.
(Il salue et va pour sortir.)
MUe DESOEILLETS bas , à Marion. Dis donc, s'il me faisait la cour...
MARION, de même. Eh bien?
Mlle DESOEILLETS, de même. Ma foi, je ne répondrais pas...
MARION, de même. Comment !
LE MARQUIS, retenant. Vous me rappeler, madame?
marion. Non, non, monsieur.
M,le DLSOEILLETS, demênic. Ecoutedonc, tu es morte.
MARION, de même. C'est juste.
( Le marquis donne la main à M11* DesceilleU; il se retourne pour regarder Marion; la porte se ferme.)