SCENE VI. — Lks Mêmes, le Conseiller, le Bourreau, Peuple, Soldats
SAVERNY, à quelqu’un dans la foule.
Monsieur, rangez-vous donc, pour que cet enfant voie!
A Laffemas.
Bonjour, monsieur.
A un bateleur qui porte un singe sur son dos.
Dis-donc, toi! lequel de vous deux Fait voir l’autre?
DIDIER
Marchons !
MARION
Et nul n’a pitié d’eux!
A Laffemas.
Ah ! votre tragédie arrive à bonne fin.
L’auteur est-il content?
MARION
Plus d’espérance enfin!
LAFFEMAS, bas à Marion.
Il faut dans un moment que le cardinal passe. Il sera temps encor de demander leur grâce.
DIDIER, à Saverny.
Mon frère, c’est pour moi que vous faites ce pas. Embrassons-nous.
Il embrasse Saverny.
MARION, courant à lui.
Et moi?
DIDIER, montrant à Laffemas Marion qu’il repousse.
Vous ne l’embrassez pas,
Monsieur?
Il embrasse de nouveau Saverny.
MARION, revenant à lui.
Et moi, Didier?
DIDIER, montrant Saverny.
C’est mon ami, madame.
MARION, joignant les mains.
Oh! que vous m’accablez durement, pauvre femme Qui, sans cesse aux genoux ou du juge ou du roi, Demande grâce à tous pour vous, à vous pour moi!
Neuf heures sonnent lentement. Didier fait signe à tous de se taire. Profond silence.
DIDIER, au peuple, après les neuf coups.
Vous qui venez ici pour voir notre visage,
Vous tous ici présents', rendez-nous témoignage,
Vous qui venez ici pour nous voir au passage,
THEATRE. — II. 12
Imprimerie nationale.
Si l’on parle de nous, que c’est avec courage,
Si l'on parle de nous, rendez-nous témoignage Sans trembler ni pâlir, que nous avons compté Que tous deux, sans pâlir, nous avons écouté Cette heure qui pour nous sonnait l’éternité !
On voit que dans cette première version Didier ne pardonnait pas à Marion. Victor Hugo a biffé ces quatre derniers vers et ajouté deux feuillets non chiffrés et datés 28 mai 18)1, donnant la version définitive.
Dans ces deux feuillets quelques variantes :
DIDIER
J’aurais mille pensées
Que je ne dirais pas, sur les choses passées.
J’aurais l’air d’épier, de douter, de souffrir,
Tu serais malheureuse! Oh! laisse-moi mourir!
Ces deux derniers vers se présentent ainsi dans le manuscrit :
Oh! laisse-moi mourir!
Il fait signe aux soldats de marcher et cherche à s’éloigner.
MARION, aux gardes.
S’il fait encore un pas.
Par pitié, dites-lui que vous ne voulez pas!
Après les deux feuillets de 1831 , les quatre vers :
Vous qui venez ici pour nous voir au passage. . .
ont été recopiés pour s’enchaîner avec la fin.
Trois surcharges à la date finale :