MINISTRE DE L’INTERIEUR
Paris, le 24 août 1S29.
Monsieur le baron ,
Ce devait être un devoir et un plaisir pour moi de rendre compte au roi de l’entretien que j’ai eu l’honneur d’avoir avec vous hier matin. Sa Majesté en a écouté le récit avec un véritable intérêt et m’a donné l’ordre de vous annoncer, comme un témoignage de sa satisfaction royale, que la pension d’homme de lettres dont vous jouissez sur le budget de mon département sera désormais de six mille francs par année.
Je suis heureux, monsieur le baron, d’être auprès de vous l’organe de la bonté du roi. Le bienfait nouveau que Sa Majesté vous accorde dit assez l’estime qui est due à votre mérite, et je me félicite de voir ainsi récompensés les nobles sentiments qui vous ont inspiré de si beaux vers sur la déplorable mort de Louis XVII.
Recevez, monsieur le baron, l’assurance de ma considération distinguée.
Le Minière,
secrétaire d’Etat de l'inter.'eurj La Bourdonnaye.
Victor Hugo écrivit immédiatement sa réponse; comme les faits avaient été, après un certain nombre d’années, défigurés et, à plusieurs reprises, faussés, il prit le soin, dans une lettre à Auguste Vacquerie, en 1870, de les rétablir ainsi :
Ma femme et Sainte-Beuve étaient dans mon cabinet quand une lettre du ministre d: l’intérieur, La Bourdonnaye, m’arriva. J’ouvris la lettre. C’était l’annonce des 6,000 francs de pension. Je tendis la lettre à ma femme et â Sainte-Beuve et je leur dis : lisez. Puis je pris une plume et je me mis a écrire sur la première feuille de papier qui me tomba sous la main. Ils lisaient pendant que j’écrivais, et
tous deux gardaient le silence. Je signai et je posai la plume. Sainte-Beuve me demanda :
— Qu’allez-vous répondre?
Je lui dis : — Ceci.
Et je lui tendis ce que je venais d’écrire. C’était la lettre de refus.
On connaît cette réponse qui a été publiée dans la Correspondance : elle est noble et fière, Victor Hugo avait à soutenir sa famille, sa femme, trois enfants, des parents; il avait cru pouvoir, vivant de sa plume, « compter sur le produit légitime » de son drame; il ajoutait :
Mais puisque la représentation de cette pièce, œuvre cependant toute de conscience, d’art et de probité, paraît dangereuse, je m’incline, espérant qu’une auguste volonté pourra changer à cet égard. J’avais demandé que ma pièce fût jouée ; je ne demande rien autre chose.
On pense bien que la mesure gouvernementale excita une vive indignation dans la presse.
Le Globe publiait en août un article intitulé ;