‹ Marion de Lorme. Le roi s'amuse. Lucrèce BorgiaChapitre 161 sur 305 · ACTE II · texte numérisé non relu

ACTE II

SALTABADIL

LE ROI

Sans doute.

Quel concert plus divin veux-tu donc que j’écoute?

BLANCHE, suppliante.

Ah! vous m’avez parlé. Maintenant, par pitié,

Sors!

LE ROI

Sortir, quand mon sort à ton sort est lié, Quand notre double étoile au même horizon brille, Quand je viens éveiller ton cœur de jeune fille, Quand le ciel m’a choisi pour ouvrir à l’amour Ton âme vierge encore et ta paupière au jour! Viens, regarde, oh! l’amour, c’est le soleil de l’âme! Te sens-tu réchauffée à cette douce flamme?

Le sceptre que la mort vous donne et vous reprend, La gloire qu’on ramasse à la guerre en courant,

Se faire un nom fameux, avoir de grands domaines, Etre empereur ou roi, ce sont choses humaines;

Il n’est sur cette terre, où tout passe à son tour. Qu’une chose qui soit divine, et c’est l’amour! Blanche, c’est le bonheur que ton amant t’apporte, Le bonheur, qui, timide, attendait à ta porte!

La vie est une fleur, l’amour en est le miel.

C’est la colombe unie à l’aigle dans le ciel,

C’est la grâce tremblante à la force appuyée,

C’est ta main dans ma main doucement oubliée... — Aimons-nous! aimons-nous!

Il cherche à l’embrasser. Elle se débat.

BLANCHE

Non! laissez!

11 la serre dans ses bras, et lui prend un baiser.

DAME BERARDE, au fond, sur la terrasse. A part.

Il va bien!

LE ROI, à part.

Haut.

Dis-moi que tu m’aimes!

Elle est prise !

DAME BERARDE, au fond, à part.

Vaurien !

LE ROI

Blanche ! redis-le-moi !

BLANCHE, baissant les yeux.

Vous m’avez entendue.

Vous le savez.

LE ROI, l’embrassant de nouveau avec transport.

Je suis heureux !

BLANCHE

Je suis perdue !

LE ROI

Non. Heureuse avec moi !

BLANCHE, s’arrachant de ses bras.

Vous m’êtes étranger.

Dites-moi votre nom.

DAME BERARDE, au fond, a part.

Il est temps d’y songer!

BLANCHE

Vous n’etes pas au moins seigneur ni gentilhomme! Mon père les craint tant!

LE ROI

A part.

— Voyons ? . . .

Mon Dieu non! Je me nomme...

Il cherche.

Gaucher Mahiet. — Je suis un écolier...

Très pauvre. . .

DAME BERARDE, occupée en ce moment même à compter l’argent qu’il lui a donné.

Est-il menteur!

Entrent dans la rue M. de Pienne et M. de Pardaillan, enveloppés de manteaux, une lanterne sourde à la main.

M. DE PIENNE, bas à M. de Pardaillan.

C’est ici, chevalier!

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