THEATRE-FRANÇAIS
22 novembre 1832.
Commiflairc royal :
M. Taylor.
acteurs.
MM. Ligier.
Perrier.
Mlle Anaïs.
MM. Joanny.
Beauvallet.
Mllc Dupont.
MM. Samson.
Geffroy.
Marius.
M"” Eulalie Dupuis.
MM. Albert. Monlaur.
Arsène.
Duparay.
Bouchet.
M"c Moralès.
Mme Tousez.
MM. Regnier.
Faure.
Dumilître.
22 novembre 1882.
A dminilirateur général M. Emile Perrin.
acteurs.
MM. Got.
Mounet-Sully.
M"0 Bartet.
MM. Maubant.
F. Febvre.
Mme Jeanne Samary.
MM. de Féraudy.
Prud’hon.
Baillet.
FI. Samary.
P. Reney.
Joliet.
Villain.
Garraud.
Boucher.
M"e Frémaux.
Mm0 Jouassaint.
MM. Hamel.
Leloir.
REVUE DE LA CRITIQUE
La bataille avait été ardente; les querelles d’écoles étaient toujours aussi vives. La politique jouait cependant le plus grand rôle. François Ier était défendu par la presse royaliste avec autant d’acharnement que s’il se fût agi de Louis-Philippe : quelques écrivains officieux prenaient volontiers sous leur pro-
tection la morale qui leur paraissait outragée. Aussi la critique, tout en rendant hommage à la vigueur de la pensée, à la beauté de la langue, se montra plutôt rigoureuse dans ses jugements. Elle dut reconnaître cependant que le caractère de Triboulet était fortement tracé.
Dans la Revue des Deux-Mondes , Gus-
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tavc Planche, malgré certaines réserves et quelques critiques sur la méthode suivie par le poète dans la conduite du mouvement des passions, fut contraint de s’incliner devant la puissante évocation «des plus sublimes visions» :
Depuis dix ans, M. Hugo n’a pas innové moins hardiment dans la langue que dans les idées et les systèmes littéraires. Il a imprimé aux rimes une richesse oubliée depuis Ronsard, aux rythmes et aux césures des habitudes perdues depuis Régnier et Molière et retrouvées studieusement par André Chénier. Au mouvement, au mécanisme intérieur de la phraséologie française, il a rendu ces périodes amples et flottantes que le dix-huitième siècle dédaignait, qui avaient été s’effaçant de plus en plus sous les petits mots, les petits traits, les petites railleries des salons de M"'° Geoffrin. L’éclat pittoresque des images, l’heureuse alliance et l’habile entrelacement des sentiments familiers et des plus sublimes visions, que de merveilles n’a-t-il pas faites! Nul homme parmi nous n’a été plus constant et plus progressif. La voie qu’il avait ouverte, il l’a suivie courageusement sous le feu croisé des moqueries et du dédain. D’année en année, il révélait une nouvelle face de son talent, et en même temps un nouvel ordre d’idées. - Chacun de .ses ouvrages signale un perfectionnement très sensible dans l’instrument littéraire; mais tous pourtant sont empreints d’un commun caractère : ils procèdent plutôt de la pensée solitaire et recueillie, écoutant au dedans d’elle-même les voix confuses de la rêverie et de l’imagination, que d’un besoin logique de systématiser sous la forme épique et dramatique les développements d’une passion observée dans la vie sociale ou d’une anecdote compliquée d’incidents variés. Dans le roman, dans le drame comme dans l’ode, il est toujours le même. Il lui faut des contrastes heurtés, qui fournissent au développement stratégique de ses rimes, de ses similitudes, de ses images, de ses symboles, de magnifiques occasions de périlleux triomphes. — Pour le maniement de la langue, M. Hugo n’a pas de rival; il fait de notre idiome ce qu’il veut. Il le forge et le rend solide, âpre et rude comme le fer, il le trempe comme l’acier, le fond comme le bronze, le cisèle comme l’argent ou le marbre. Les lames de
Tolède, les médailles florentines ne sont pas plus acérées ou plus délicates que les strophes qu’il lui plaît d’ouvrer.
Le Journal des Débats , dans un article signé R. subit l’impression de la bataille qui s’est livrée dans la salle; et ne pouvant pas s’attaquer à la beauté des vers, il est réduit à se présenter en défenseur de la morale :
Cet ouvrage n’a pas réussi, non peut-être qu’il ait été plus sifflé qu’applaudi. L’artillerie des sifflets et celle des applaudissements étaient également bien servies. La pièce s’est glissée jusqu’à la fin entre ces deux feux opposés, si bien qu’on ne saurait dire ni que l’auteur ait été nommé, ni qu’il ne l’ait pas été. Mais ce qui est plus funeste à cet ouvrage, c’est qu’il n’a jamais excité un pressant intérêt, jamais il n’a jeté dans l’âme des spectateurs des émotions profondes de terreur et de pitié; ou si quelquefois le public a rendu unanimement justice à des beautés de premier ordre, il accordait alors son juste suffrage à des vers admirables, à des tirades excellentes, au mérite poétique, non pas à des événements, à des situations, enfin au drame même.
... Mais si M. Hugo a succombé, ce n’est pas, du moins, par défaut de force, de vigueur; c’est par le vice de son système; c’est qu’il a voulu peindre des mœurs que repousse la décence, ou, s’il veut, la prudence de notre scène; c’est parce qu’il a cru qu’il pouvait passer d’un genre à l’autre, ou plutôt confondre tous les genres. Le jour où il s’apercevra de cette erreur, où il viendra à la sévère et grande manière de l’antiquité, une haute place lui est réservée parmi les poètes de notre théâtre. Et cette pièce, quelle qu’elle soit, lui seul encore pouvait la faire.
Le Moniteur universel.
... Un seul caractère a paru bien tracé, celui de Triboulet. C’est la profondeur, la pensée, la manière de sentir de Quasimodo. Là, tout respire la chaleur et la vie. Les développements de l’amour paternel, surtout cette adoration pour sa fille, produisent un grand effet.
... Ligier a donné au rôle de Triboulet une force, une expression dignes d’éloges. Il serait difficile de mieux saisir ou plutôt d’avoir mieux deviné ce caractère, de le rendre plus dramatique, plus théâtral.
... Il a fallu toute la puissance de son organe, son intelligence de diction pour ne pas tomber haletant sous les longues tirades dont ce rôle est hérissé.
La Quotidienne.
La défaite de M. Hugo n’est pas une défaite honteuse, c’est un combat dans lequel le vaincu a succombé avec gloire; il a lutté avec un courage très remarquable, pendant quatre heures; en un mot, il est tombé en grand homme et avec honneur comme les héros d’Homère. M. Hugo n’est pas un auteur ordinaire, c’est un poète distingué qui s’est mis à la tête d’une école littéraire et qui résume à lui seul toutes les qualités et les défauts de cette école; il est l’expression complète de ses nouvelles doctrines.
Le Courrier français.
Avenel.
... Il y a dans cette pièce d’admirables beautés. Ce n’était pas sans doute une conception toute neuve que cette idéalisation du fou de cour; mais l’exécution en est ici pleine de hardiesse, de passion et de drame.
... Nous nous hâtons de dire qu’il ne faut jamais juger un drame de M. Hugo sur une analyse, quelque fidèle qu’elle soit. Il se soucie peu de la conduite de son poème; il imagine un sujet, et, dans ce sujet, quatre ou cinq situations principales qu’il traite de main de maître, et abandonne le reste comme au hasard.
. . . Les œuvres d’imagination qui ont coûté un long travail à leur auteur, méritent ce respect qu’on ne les juge pas sans réflexion. Nous reviendrons donc sur cet ouvrage qui, ainsi que ses aînés, excitera pour les amateurs de théâtre une longue et vive curiosité.
... Le style, cette partie si brillante du talent de M. Hugo, mérite aussi un examen particulier.
Mais en attendant que nous revenions sur ce drame, nous pouvons affirmer qu’on y admirera la hauteur de pensée, l’énergie ou la grâce d’expression, la poésie d’images auxquelles l’auteur nous a dès longtemps accoutumés.
La Revue de Paris.
... Au lieu d’une solennité académique, nous avons cru assister à une émeute littéraire. Nous attendons une seconde épreuve plus calme, sans doute, pour savoir si cette conception étrange d’un homme de génie doit rester au théâtre.
La curiosité excitée par le nom de M. Victor Hugo, la magnificence des costumes et des décors, le jeu de Ligier, la beauté de quelques scènes, la bizarre inconvenance de quelques autres appelleront une foule de nouveaux juges au Théâtre-Français. Quoi qu’il en soit de la fortune de la pièce, nous aimons déjà à y trouver, dès le premier acte, une de ces scènes où le poète se verra applaudi par tous les partis de la république des lettres.
Nous terminons cette revue de 1832 par une lettre de Joseph Bonaparte.
Le frère aîné de Napoléon était roi de Naples en 1806 lorsqu’il vit pour la première fois Victor Hugo alors âgé de quatre ans et appelé à Naples par son père le général Hugo. Il le revit en 1811 à Madrid, lorsqu’il était roi d’Espagne, alors que Victor avait neufans. Réfugié à New- York après Waterloo , et enfin à Londres en 1832, il écrivit à celui qu’il avait connu tout enfant la lettre suivante sur la première du Roi s’amuse :
Londres, 3 janvier 1833.
Monsieur,
J’ai reçu deux exemplaires du Roi s'amuse; nous en avons fait la lecture le dernier jour de l’année passée; hier dans l’après-dînée, il a fallu en donner une nouvelle représentation. Nous n’avons pas conçu pourquoi la représentation en a été défendue à Paris; la malveillance peut se prendre à tout, et nous avons
REVUE DE LA CRITIQUE
jugé que les Parisiens ont raison de trouver mauvais qu’on veuille les empêcher de s’amuser du Roi s’amuse, qui nous a beaucoup intéressés. Notre société ne se composait pas de plus de dix-huit personnes, mais je puis vous assurer que vous avez eu un succès très complet, au point que je me suis vanté de votre amitié pour moi; aujourd’hui je me crois dans l’obligation de vous en faire l’aveu pour être relevé par vous de ma petite vanité. Recevez surtout mon compliment, cet ouvrage m’a plus intéressé qu’aucun autre que j’aie lu depuis longtemps; nul des personnages, à la vérité, n’excite cette vive et parfaite admiration qui ‘ nous subjugue dans les héros des œuvres classiques, il n’y a pas ici de perfections absolues; mais dans ce corps de plomb de Triboulet, que d’or natif!!! Que de vérité, de nature, de fécondité dans cette malédiction paternelle de Saint-Vallier! C’est la voix du Dieu vivant qui poursuit le puissant dégradé! Je m’arrête, je n’ai le temps, ni le talent, ni l’intention de juger votre pièce, je vous répète ce que disait la servante de Molière : «Cela m’amuse, lisez encore ». — Votre préface est d’un homme de cœur, d’un vrai citoyen, l’estime de tout ce qui sent vivement et patriotiquement vous est acquise. Je regrette que votre père, que mon ami Hugo, ne soit pas témoin de vos efforts et de vos succès qui suivront tant de traverses. . .
Ce que vous dites de Napoléon dans votre réponse au tribunal m’a paru exiger que j’énonce aujourd’hui ce que je crois pouvoir prouver un jour : son despotisme ne fut qu’une dictature née de la guerre; elle eût cessé avec elle. Pitt seul a voulu perpétuellement la guerre, et l’événement de la Restauration a prouvé que, comme chef des intérêts de l’oligarchie et de l’absolutisme des maisons régnantes de l’Europe, Pitt avait raison. — ■ Toute la question entre Napoléon et Pitt est dans ceci : — Qui a voulu la guerre ?
J’ai assez de documents pour prouver que Napoléon a toujours voulu la paix, et que Pitt a toujours voulu la guerre. L’un et l’autre avaient raison comme chefs des intérêts qu’ils représentaient; ceux de la vieille et de la nouvelle Europe. — La civilisation dont vous parlez si bien dans votre préface était celle que voulait Napoléon; il fallait arriver pour cela à la paix maritime et être bien consolidé. Non lo connobbe il mondo mentre l’ebbe connobb’ il’ io !
Si l’ouverture prochaine du parlement pou-
vait vous engager à venir passer ici quelques jours, combien je serais heureux de causer longuement et à cœur ouvert avec vous ! combien il pourrait être utile à la connaissance d’un des plus grands caractères de l’histoire que je pusse déposer entre vos mains des données positives, qui, en le représentant sous son véritable jour, le feraient aimer des Français autant qu’il l’est par moi-même ! Le sabre dont l’arme sans cesse M. de Chateaubriand n’a jamais été à l’intérieur qu’une main de justice, et à l’extérieur qu’un bouclier pour la défense de son pays; il dut attaquer pour se défendre.
J’ai, avant ce moment et depuis la mort de mon neveu, chargé plusieurs personnes de vous voir de ma part. Aucune que je sache ne s’est encore acquittée de la commission que je lui avais donnée. — Je n’ai pas le temps de faire copier ma lettre. — Agréez ma profonde estime et ma vive sympathie pour le fils du général Hugo, mon ami.
Joseph.
Cinquante ans plus tard, la seconde représentation du Roi s’amuse était donnée à la Comédie-Française, et, à cette époque, la critique fut très divisée, mais pour des raisons tout à fait différentes. Des royalistes regrettaient bien encore que François I" fût montré sous un jour fâcheux, mais c’est surtout l'interprétation de Got dans Triboulet qui souleva une assez vive opposition. Auguste Vitu s’exprime ainsi dans le Figaro sur le grand artiste :
Il a montré dans les diverses parties de ce rôle écrasant les ressources étendues d’un homme consommé dans son art; tout ce qu’on peut faire avec un grand talent, M. Got nous l’a donné ce soir, mais ce qu’il ne pouvait pas faire, car on ne force pas la nature, c’est d’avoir la voix tragique.
Auguste Vitu rend cet hommage à Victor Hugo :
C’est un événement un peu plus que rare, et on peut dire unique dans les fastes littéraires, que la seconde représentation d’une
pièce de théâtre donnée à cinquante ans de distance de la première, en présence de l’auteur lui-même « entré vivant dans la postérité ». La mort du grand Corneille devança de deux ans le cinquantième anniversaire de l’apparit.ion du Cid. Quant à Shakespeare et a Molière, leur vie entière tient dans cet espace d’un demi-siècle, qui ne compte que pour une étape dans la gigantesque carrière de Victor Hugo.
Un si étonnant spectacle, un si touchant anniversaire explique la curiosité passionnée du public dans la soirée qui vient de s’écouler.
La libre Angleterre a créé une place gouvernementale de poète-lauréat dont le titulaire est doté, outre la couronne officielle de laurier, d’une grosse pension. La nation française comprend autrement la gloire littéraire : elle ne couronne ses poètes ni de lauriers ni de guinées; il lui arrive même d’attendre qu’ils soient morts pour s’assurer qu’ils méritaient de vivre. Seul Victor Hugo, par la nature impérieuse de son génie, par son impassible courage qui semble défier les incrédulités, les coups du sort et le poids des années, domine enfin la contradiction, subjugue les dissidences et voit les fronts les plus fiers courbés devant son trône littéraire. Le poète-lauréat de la France, longtemps et obstinément débattu, aujourd’hui librement acclamé, c’est lui.
Le Rappel.
Auguste Vacquerie.
La profondeur de la pensée, c’est bien, mais la première condition d’un drame est d’être un drame. Quel drame, le Roi s’amuse ! Tout y est, la comédie gaie au premier acte, la comédie sinistre au quatrième, l’élégie et l’idylle au deuxième, la tragédie au troisième, au quatrième et au dernier; le drame partout. Et sous cette variété, quelle unité! Jamais pièce n’a mieux su où elle allait, ne s’est moins attardée en route.
... Et à chaque acte, quelles scènes! Il y a le tonnerre au quatrième, mais quel coup de tonnerre éclatera jamais comme le discours dont Saint- Vallier foudroie le roi et son bouffon. Le roi le reçoit au front et Triboulet au cœur. Combien connaissez-vous de scènes aussi belles que celle de Triboulet avec sa fille dans la petite maison du cul-de-sac Bussy,
et aussi jolies que celle de François 1" avec Blanche ? Mais c’est au troisième acte que le drame est d’une hauteur et d’une puissance incomparables. L’entrée de Triboulet cherchant sa fille, son désespoir obligé de sourire, la chanson de défi qu’il achève, et tout à coup sa fureur qui crève, son rugissement, son insulte aux seigneurs, son duel d’un contre tous, sa rage qui fond en larmes et en prières, et puis, quand Blanche sort de la chambre du roi, les courtisans balayés d’un geste, la fille qui sanglote sur le cœur du père, pas un mot de reproche, la réapparition de Saint- Vallier, quels mots rendraient l’impression que ces choses produisent ! On croit l’émotion épuisée; elle redouble au quatrième acte. Et quant au cinquième, nous ne croyons pas que le génie ait jamais rien inventé de tragique comme l’éclair qui montre à Triboulet, tout glorieux de sa vengeance accomplie, que le cadavre qu’il piétine est le cadavre de sa fille. Et cela en des vers dont il suffit de dire qu’ils sont de celui qui avait déjà écrit les Orientales et Hernani et qui devait écrire Ruj B/as et la Légende des Siècles.
Le Gil Bios.
Théodore de Banville.
O mon ami, il y a quelques jours à peine, en pleine Comédie-Française, dans cette maison de Molière où le bruit des écus tombant à flots sur les écus empêche trop souvent d’entendre la voix de Molière, nous avons assisté à cette fête, à cette joie, à ce couronnement, à ce triomphe nouveau du Roi s'amuse joué devant tout ce que Paris a d’âmes, d’esprits, de beautés; nous avons savouré, applaudi, acclamé, écouté avec une religieuse et déchirante émotion ce drame, où le vers ailé, charmant, savant, magnifique, harmonieux, capricieux, terrible, est, avant tous les autres, le premier et le grand comédien. Nous nous sommes enivrés de cette symphonie épique où la rime, comme une âme visible, fait chanter ses flûtes, ses clairons et ses lyres, et la foule éprise, torturée, charmée, attendrie, mêlait à ses admirations les sanglots et les pleurs; et le maître, l’aïeul de tous, souriant dans sa barbe blanche, écoutait les vers de sa jeunesse chanter délicieusement dans l’éblouissement et dans la lumière.
REVUE DE LA CRITIQUE. 415
Le Beaumarchais.
Émile Blemont.
... N’avez-vous pas senti quelle simple et divine création est Blanche dans le Roi s’amuse ? O l’adorable et lamentable incarnation de l’éternel féminin! Quelle pureté! Quelle impétuosité d’amour! Quelle rayonnante inconscience! Quelle aurore de désir vague et de fraîche pudeur! Quelle révélation, quel saisissement, quelle lutte, quel éblouissement, quelle folie, quel sacrifice et quel abandon de tout l’être dans le fatal amour! Quelle fleur de cœur emportée dans la tempête! Quelle perle inappréciable de l’océan humain! Quelles victoires et quelles défaites de la lumière et des ténèbres! Quelle rédemption sublime sous le couteau de l’assassin! On dirait une jeune prêtresse courant s’immoler sur l’autel. Moins touchante est l’antique Iphigénie. . .
Emile Blémont termine ainsi son éloquent article :
. . . On s’est aperçu jeudi , comme on s’aperçoit trop souvent depuis quelques années, que nous sommes au déclin d’un siècle, d’un grand siècle dont il reste trop peu de grands hommes.
Victor Hugo en est la plus haute expression, et il paraît plus grand encore au milieu des caractères abaissés, des esprits rampants et tortueux, des passions étroites et des idées mesquines, des petits hommes et des petites choses du moment. Il dépasse de la tête et des épaules tout ce qui l’entoure aujourd’hui. C’est uneAlpe, une âme neigeuse à cent coudées au-dessus de la platitude humaine.
La Nouvelle Revue.
H. de Bornier.
... C’est une des gloires de Victor Hugo que toutes ses œuvres donnent lieu ainsi à des explications multiples, à des controverses, à des luttes même, qui témoignent de l’étendue et de la profondeur de son génie. Le Roi s amuse ne pouvait pas échapper à ce péril et à cet honneur. Le péril n’est plus, l’honneur reste. Le Théâtre -Français en reprenant le Roi s'amuse connaissait bien le péril, et comme le poète, il en est sorti glorieux. En résumé, soirée mémorable pour le grand poète, pour le théâtre et l’art.
L’Évènement.
Albert Wolf.
... Les petits hommes qui ont voulu renverser le géant sont morts à la peine et l’histoire n’a retenu des combats passionnés de jadis que le triomphe de Victor Hugo, l’avènement d’un art nouveau qui demeure la plus grande gloire des lettres françaises en ce siècle. Cinquante ans après les sifflets, le drame va aux nues, et avec raison. Il y a un demisiècle l’animosité était telle qu’on se rendait aux Français pour faire tomber la pièce et pour écraser l’auteur. La deuxième représentation réunit un public pénétré de la plus profonde admiration et décidé a la témoigner au grand maître.
Le Constitutionnel.
Georges Ohnet.
Il n’est pas un autre exemple d’une situation semblable et jamais le progrès littéraire accompli chez un peuple ne s’est accusé d’une manière aussi saisissante. C’est le même drame, le même théâtre. Et après une première représentation terminée par un écroulement, une seconde représentation se terminant par une apothéose.
Car cette soirée a été un long triomphe. L’œuvre que tout le monde connaît avait été montée avec le soin délicat qui est la qualité maîtresse de l’administration de la Comédie- Française.
Dans l’Intransigeant j Gramont s’est reporté aux critiques des journaux de 1832, le National, le Journal des Débats, la Revue de Paris, voulant démontrer à quel point l’état des esprits s’était modifié visà-vis de Victor Hugo en 1882, et bien longtemps auparavant d’ailleurs :
... Nous sortons de la deuxième représentation du drame le Roi s’amuse. Les scènes tumultueuses qui s’étaient produites à la première ne se sont pas renouvelées. Nous n’avons entendu ni les «menaces», ni les «véhémentes apostrophes», ni les «hurlements» entendus, signalés par M. X dans le National. Toute la soirée, au contraire, ont retenti à nos oreilles des applaudissements. « L’artillerie des
sifflets et celle des applaudissements était également bien servies», dit le Journal des Débats. En fait d’artillerie, il n’y a eu à la deuxième représentation que des salves de bravos.
. . . Nous avons cru, par moments, assister à une « émeute littéraire », dit la Revue de Paris. Et elle ajoute : «Nous attendons une seconde épreuve plus calme ». La Revue de Paris faisait
bien de vouloir attendre une seconde épreuve. En effet, ceux d? nos confrères qui, moins sages, se sont hâtés d’écrire leur compte rendu d’après l’impression de la première représentation, se sont livrés aux appréciations les plus baroques, ont émis des opinions dont l’absurdité éclate aujourd’hui à tous les yeux et qui 11e feront certes pas honneur à leur jugement.
Le Roi s’amuse. — Drame, par Victor Hugo, Paris, Eugène Renduel, libraire-éditeur, rue des Grands -Augustins, n° 22 (imprimerie Everat),i832. Frontispice parTony Johannot. Edition originale, in-8°, publiée à 6 francs.
Discours prononce' par M. V ittor Hugo, le 19 décembre i8j2, devant le tribunal de commerce, pour contraindre le Théâtre-Français d représenter le Roi s’amuse. — Publié chez Eugène Renduel pour être distribué aux personnes qui ont acheté les précédentes éditions du drame, plaquette in-8", 1832.
Le Roi s’amuse. — Œuvres de Victor Hugo, Drame I. Troisième édition. Paris, Eugène Renduel, 1833, in-8°; prix : 6 francs.
Le Roi s’amuse. — Œuvres de Victor Hugo, Drame I. Paris, Eugène Renduel, 1836, in-8°. Dessin hors texte de C. Rogier.
Le Roi s’amuse... — Théâtre de Victor Hugo, de l’Académie française, première série. Paris, Charpentier, 1841, rue de Seine, n°29 (imprimerie Béthune et Plon), in-18. Edition collective, réimprimée en 1844 ; prix : 3 fr. 50.
Le Roi s’amuse... — Paris, Furne et C'c, rue Saint-André-des-Arts, n° 55 (imprimerie Béthune et Plon), 1841, in-8°. Édition collective, parue en livraisons à 50 centimes et ornée des dessins de l’édition Renduel, 1836.
Le Roi s'amuse. — Paris, Michel Lévy, 1845. Edition grand in-8° à deux colonnes; prix : 1 franc.
Le Roi s’amuse... — Théâtre complet de
Victor Hugo. Paris, chez l’éditeur du répertoire dramatique, boulevard du Temple, n° 34 (imprimerie Plon frères), 1846. Édition grand in-8°, ornée de gravures sur acier.
Le Roi s’amuse... — Théâtre de Victor Hugo, de l’Académie française, Paris, Michel Lévy frères, libraires-éditeurs, rue Vivienne, n° 2 bis; 1850. Nouvelle édition grand in-8°, réimpression de la précédente.
Le Roi s’amuse. . . — Œuvres illustrées de Victor Hugo, édition J. Hetzel. Paris, librairie Marescq et C‘% rue du Pont-de-Lodi, n° 5. Librairie Blanchard, rue de Richelieu, n” 78 (imprimerie Simon Raçon et C‘c), 1853. Grand in-8° à deux colonnes.
Le Roi s’amuse... — Théâtre de Victor Hugo, Paris, édition J. Hetzel (s. d.). Réimpression de la précédente.
Le Roi s’amuse. . . — Théâtre I. Collection Hetzel, Lecou, éditeur, Paris, rue du Bouloi, n° 10 (imprimerie Simon Raçon), 1853-1855. Édition collective, in-16; prix : 3 fr. 50.
Le Roi s’amuse... — Collection Hetzel.
Paris, librairie Hachette et C'e, rue Pierre-Sarrazin, n" 14 (imprimerieSimon Raçon), 1856- 1857. Édition collective, in-16; prix : 1 franc.
Le Roi s’amuse... — Œuvres de Victor Hugo, Drame II. Alexandre Houssiaux, libraire-éditeur, rue du Jardinet-Saint-Andredes-Arts, n° 3 (imprimerie Simon Raçon et C1*), 1857. Édition in-8", ornée de vignettes. Prix : 5 francs.
Le Roi s'amuse. . . — Théâtre II. Paris, Hachette et C‘°, rue Pierre-Sarrazin , n° 14 (imprimerie Ch. Lahure), 1862-1863. Édition collective, in-16; prix : 3 fr. 50.
Le Loi s'amuse. .. — (EuvresdeVictorHugo, Théâtre II. Paris, A. Lemerre, passage Choiseul, n° 23, 1876, petit in-12; prix : 6 francs.
Le Roi s’amuse. . . — ■ Œuvres complètes de Victor Hugo, Drame II. Édition définitive, Paris, J. Hetzel et C", rue Jacob, n° 18; A. Quantin et C‘°, rue Saint-Benoît, n° 7, 1880, in-8°; prix : 7 fr. 50.
Le Roi s’amuse. . . — Victor Hugo illustré, Théâtre I. Paris, E. Hugues, rue Thérèse, n° 8 (imprimerie P. Mouillot), 1882-1883, grand in-8°. A paru d’abord en sept livraisons à 10 centimes. Le volume : 6 francs.
Le Roi s ’ amuse. . . — Paris , Société de publications périodiques, quai Voltaire, n° 13 (imprimerie P. Mouillot), 27 planches hors texte, compositions de Jean-Paul Laurens, Luc-Olivier Merson, Adrien Marie, Émile Bayard, etc., 1883, in-40 en feuilles dans un carton, tiré à 150 exemplaires sur papier de
Hollande, 150 francs, et 50 exemplaires sur japon, 200 francs.
Le Roi s’amuse... — Œuvres complètes de Victor Hugo, Drame II. Édition nationale, Paris, Émile Testard et C‘e, éditeurs, rue de Condé, n° 10 (typographie G. Chamerot), illustrations d’Adrien Moreau, 1887, petit in-40, Pr*x • 3° francs.
Le Roi s’amuse. . . — - Petite édition définitive, in-16 (s. d.), Paris, Hetzel-Quantin ; prix : 2 francs.
Le Roi s’amuse. . . — Édition à 25 centime s le volume, 3 volumes in-32 , Paris, Jules Rouff et C‘°, Cloître Saint-Honoré (s. d.).
Le Roi s’amuse... — Collection des morceaux choisis de Victor Hugo. Paris, Société d’éditions littéraires et artistiques, librairie Paul Ollendorff, chaussée d’Antin, n° 50, 1908, petit in-16, prix : 1 fr. 25.
Le Roi s’amuse... — Théâtre II, édition de l’Imprimerie nationale, Paris, Paul Ollendorff, chaussée d’Antin, n" 50, 1908, grand in-8°, publié à 10 francs.
Ligier, costumes de Triboulet (actes I et II); Perrier, costumes de François Ier (actes I, II, III, IV); BeauvaUet, costume de Saltabadil; Joanny, costume de Saint - A allier ; AlUr Ana'is, costume de Blanche; MUr Dupont j costume de Maguelonne; Müe Morales, costume de M‘"° de Cossé; M'"° Touse =%, costume de dame Bérarde ; MUe Menjaud, costume de page; Bouchet , costume de M. de la Tour-Landry ; Samson, costume de Clément Marot; Geffroy, costume de M. de Pienne; Duparay , costume de M. de Cossé ; Dumilâtre, costume de médecin ; Régnier, costume d’un gentilhomme de la reine; costume de seigneur; deux costumes de pages; costume d’homme du peuple; costume de femme du peuple; costume de garde et armoiries : vingt- cinq aquarelles attribuées
THEATRE. - — II
h Auguste de Châtillon, 1832. — Documents conservés à la Comédie-Française.
Frontispice par Tony Johannot, gravé sur bois par Andrews et tiré sur chine monté. Ma fille ! Terre et deux! c’efl ma fille, a présent
— Édition originale, Eugène Renduel, 1832.
La taverne de Saltabadil (acte IV), dessin de C. Rogier, gravé sur acier par W. et E. Finden. — Édition Renduel, 1836.
Blanche che^le roi (acte III ) , album Madou.
— Bruxelles.
Le Roi s’amuse. Scènes, dessins de J. -A . Beaucé, gravés sur bois. — J. Hetzel, Mareseq et C1' et Blanchard, 1853.
l’IUMF.niE NATIONAI.E.
Mlu Bartet, rôle de Blanche, eau-forte de Lalauze. — Almanach des fpeCtacles, 1882.
filue je t’épargne au moins l’angoifie de tout dire! (acte III), estampe d’après le tableau d’Hermann Kaulback. — L’Uluftré, 1" janvier
Mon enfant ! ah! c'eft elle! ah! ma fille! (acte III), dessin d’Emile Bayard; décor de Duvignot et Gabin (acte I); décor de Lavastre (acte II); décor de Rubé et Chapron (acte IV); dessins de Toussaint. — L’Illuft ration, 25 novembre 1882.
T ai tué mon enfant ! ( acte V ) , dessin d’Adrien Marie, lithographie Gillot; Gotj costume de Triboulet; Monnet-Sully, costume de François Ier; Mauhant, costume de Saint-Vallier; Febvre , costume de Saltabadil; M'u Bartet, costume de Blanche; MUc Samary, costume de Maguelonne : dessins de Letellier d’après les croquis de Thomas. — ha Vie moderne, 25 novembre 1882.
Le Roi s’amuse, scènes et costumes, dessins de Paul Destez. — L’Univers illuîiré, 25 novembre 1882.
La malédiction de Saint- Vallier (acte I ) , dessin de M. de Haenen gravé par Lepère. — Le roi aux pieds de Blanche (acte II), dessin d’Adrien Marie gravé par Lepère. — Les interprètes de 1882 : Got, Mounet-Sully , Febvre , MUc Bartet, Ai"' Samary, dessins d’Adrien Marie. • — Courtisans ! courtisans ! démons! race damnée ! dessin de Riou. — Le Monde illuftré, 25 novembre 1882.
La malédiction de Saint-Vallier (acte I), dessin de Jules Garnier ; Triboulet, dessin de A. Gués, photogravures Goupil. — François 1er, dessin de Ferdinandus gravé par Gillot. - Le livre d’or de Victor Hugo, 1882.
Triboulet, eau-forte; Triboulet, croquis à la sanguine, par Jean-Paul Laurens. — Saint- Vallier (acte I) ; le jardin (acte II) ; Rendeg-la-moi ! la porte, ouvrcg-la! (acte III); Che^ Saltabadil (acte IV); J’ai tue' mon enfant (acte V) : cinq compositions d’Emile Bayard. — Une salle au Louvre (acte I); coftume de Saltabadil (acte II); le cabinet du roi (acte III) : par Henri Meyer. — Costumes de François I", Triboulet et Ma-
guelonne : aquarelles d’Adrien Marie. — La saur aide le frère (acte IV), par Luc-Olivier Merson. — Croquis pris pendant une répétition du deuxième acte ( Blanche , Bérarde, François Tj, par John Sargent. Décors, fleurons, etc., 27 planches hors texte. — Société des publications périodiques, 1883.
Got , costumes de Triboulet; Alounet-Sully, costume de François Ier; Maniant, costume de Saint-Vallier; Febvre, costume de Saltabadil; MUc Bartet, costume de Blanche; M Samary, costume de Maguelonne. — Plus les reproductions correspondantes des costumes de 1832, d’après des aquarelles originales citées page 417. Supplément du Gaulois, 22 novembre 1882.
François Ier et Maguelonne (acte IV), dessin de François Flameng gravé à l’eau-forte par Lalauze. — Édition Hébert, 1886.
Faites couper la tête a AI. de Cofié! (acte I); Ala fille! c’eft ma fille! (acte V) : dessins d’Adrien Moreau gravés à l’eau-forte par Champollion et Vion. Édition nationale, Testard, Paris, 1887.
Alounet-Sully , costume de François Ier (acte I); M,u Samary, costume de Maguelonne (acte IV) : composinons de Chatinière n°* 318-319 de la collection Martinet. (Extrait du catalogue de Jules Hautecœur, rue de Rivoli, n° 172, 1894.)
Ceci, c’eft un bouffon, et ceci, c’eft un roi! dessin de Victor Hugo, appartenant à la Comédie-Française.
Le dernier bouffon songeant au dernier roi , dessin de Victor Hugo attenant au manuscrit.
SALONS
1878. Le bouffon (T riboulet , acte II, scène 11), peinture de Théophile Blanchard.
1882. Dessin d’Henri Pille.
1884. Illustrations d’Hermann Vogel.
1887. Portrait de Frédéric Febvre dans Saltabadil, peinture de Jules Garnier.
ILLUSTRATION DES ŒUVRES
REPRODUCTIONS ET DOCUMENTS
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