‹ Marion de Lorme. Le roi s'amuse. Lucrèce BorgiaChapitre 29 sur 305 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

M. DE LAFFEMAS, petit costume de magistrat du temps; LE MARQUIS DE SAVERNY, dég uisé en officier du régiment d’Anjou, perruque, moustaches et royale noires, un emplâtre sur l’œil.

LAFFEMAS

Çà, vous étiez présent, monsieur, à l’algarade?

SAVERNY, retroussant sa moustache.

Monsieur, j’avais l’honneur d’être son camarade. Il est mort.

Le marquis de Saverny ?

SAVERNY

Bien mort!

D’une botte poussée en tierce, qui d’abord A rompu le pourpoint, puis s’est fait une voie Entre les côtes, par le poumon, jusqu’au foie, Qtii fait le sang, ainsi que vous devez savoir.

Si bien que la blessure était horrible à voir!

LAFFEMAS

Est-il mort sur le coup?

SAVERNY

A peu près. Son martyre A peu duré. J’ai vu succéder au délire

Le spasme, puis au spasme un affreux tétanos,

Et l’emprostothonos à l’opistothonos.

LAFFEMAS

Diable !

SAVERNY

D’après cela, voyez-vous, je calcule Quql est faux que le sang passe par la jugule.

Et qu’on devrait punir Pecquet et les savants

Qui, pour voir leurs poumons, ouvrent des chiens vivants.

LAFFEMAS

Mort, ce pauvre marquis!

SAVERNY

Une botte assassine!

LAFFEMAS

Vous êtes donc, monsieur, docteur en médecine?

Non.

SAVERNY

LAFFEMAS

Vous l’avez pourtant étudiée?

Dans Aristote.

SAVERNY

Un peu,

LAFFEMAS

Aussi vous en parlez, morbleu!

SAVERNY

Ma foi, je suis d’un cœur fort épris de malice;

Nuire me plaît. Je fais le mal avec délice;

J’aime à tuer. Aussi j’eus toujours le dessein De me faire à vingt ans soldat ou médecin.

J’ai longtemps hésité. Puis j’ai choisi l’épée.

C’est moins sûr, mais plus prompt. — J’eus bien l’âme occupée Un moment d’être acteur, poète et montreur d’ours;

Mais j’aime assez dîner et souper tous les jours.

Foin des ours et des vers!

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