‹ Marion de Lorme. Le roi s'amuse. Lucrèce BorgiaChapitre 30 sur 305 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

LA COMÉDIE

LAFFEMAS

Pour cette fantaisie, Vous aviez donc, mon cher, appris la poésie?

Un peu, dans Aristote.

Du marquis?

SAVERNY

LAFFEMAS

Et vous étiez connu

SAVERNY

Je ne suis qu’un soldat parvenu. Il était lieutenant que j’étais anspessade.

Vraiment ?

LAFFEMAS

SAVERNY

J’étais d’abord à monsieur de Caussade, Lequel au colonel du marquis me donna.

Maigre était le cadeau. L’on donne ce qu’on a.

Ils m’ont fait officier; j’ai la moustache noire,

Et j’en vaux bien un autre, et voilà mon histoire!

LAFFEMAS

On vous a donc chargé de venir au château Avertir l’oncle?

SAVERNY

Avec son cousin Brichanteau Je suis venu, tramant son cercueil en carrosse Pour qu’on l’enterre ici, comme on eût fait sa noce.

LAFFEMAS

Comment le vieux marquis de Nangis a-t-il pris La mort de son neveu ?

SAVERNY

Sans bruit, sans pleurs, sans cris.

Il l’aimait fort pourtant?

SAVERNY

Comme on aime sa vie.

Sans enfants, il n’avait qu’un amour, qu’une envie,

Qu’un espoir, — ce neveu, qu’il aimait d’un cœur chaud,

Quoiqu’il ne l’eût pas vu depuis cinq ans bientôt.

Passe au fond le vieux marquis de Nangis. — Cheveux blancs, visage pâle, les bras croisés sur la poitrine. Habit à la mode de Henri IV. Grand deuil. La plaque et le cordon du Saint-Esprit. Il marche lentement. Neuf gardes, vêtus de deuil, la hallebarde sur l’épaule droite et le mousquet sur l’épaule gauche, le suivent sur trois rangs à quelque distance, s’arrêtant quand il s’arrête et marchant quand il marche.

LAFFEMAS, le regardant passer.

Pauvre homme !

Il va au fond et suit le marquis des yeux.

SAVERNY, à part.

Mon bon oncle!

Entre Brichanteau, qui va à Saverny.

Page 1