ACTE IV. — LE ROI
Mais, cardinal Armand, vous êtes bien cruel.
Deux fameux fauconniers et mon fou, pour un duel!
Il se promène vivement agité et la main sur le front.
Puis il se tourne vers L’Angely inquiet.
Va, va! console-toi, la vie est bien amère,
Mieux vaut la tombe, et l’homme est un souffle éphémère.
L’ANGELY
Diable!
Le roi continue de se promener et paraît violemment agité.
LE ROI
Ainsi, pauvre fou, tu crois qu’ils te pendront?
L’ANGELY, à part.
Comme il y va! j’en ai la sueur sur le front!
Haut.
A moins d’un mot de vous...
LE ROI
Qui donc me fera rire?
Si l’on sort du tombeau, tu viendras me le dire.
C’est une occasion.
L’ANGELY
• Le message est charmant !
Le roi continue de se promener à grands pas, adressant çà et là la parole à L’Angely.
LE ROI
L’Angely ! quel triomphe au cardinal Armand !
Croisant les bras.
Crois-tu, si je voulais, que je serais le maître?
L’ANGELY
Montaigne eût dit : Jjjue sais-je ? et Rabelais : Peut-être.
LE ROI, avec un geste de résolution.
Bouffon! un parchemin!
L’Angely lui présente avec empressement un parchemin qui se trouve sur une table près d’une écritoire. Le roi écrit précipitamment quelques mots, puis tend le parchemin à L’Angely.
Je vous fais grâce à tous!
THÉÂTRE. — II. 8
IMPRIMERIE NATIONALE
Il4
A tous trois?
L’ANGELY
LE ROI
Oui.
L’ANGELY, courant à Marion.
Madame, arrivez! A genoux!
Remerciez le roi !
MARION, tombant a genoux.
Nous avons notre grâce?
Et c’est moi . . .
Quels genoux faut-il donc que j’embrasse? Les vôtres ou les siens ?
LE ROI, étonné, examinant Marion. — A part.
Est-ce un piège?
Que veut dire ceci ?
L’ANGELY, donnant le parchemin à Marion.
Prenez le papier que voici.
Marion baise le parchemin, et le met dans son sein.
Suis-je dupe?
Cette feuille.
LE ROI, à part.
A Marion.
Un instant, madame! il faut me rendre
MARION
Grand Dieu !
Et m’arrachez aussi le cœur!
Le roi s’arrête et recule embarrassé.
Au roi, avec hardiesse, en montrant sa gorge.
Sire, venez la prendre!
L’ANGELY, bas )i Marion.
Bon! gardez-la.
Tenez ferme! Le roi ne met pas ses mains là.