ACTE CINQUIÈME
MARION
Didier!...
Il l'embrasse de nouveau avec emportement.
DIDIER
Viens! pauvre femme!— Ah! dites-moi, vraiment, Est-il un seul de vous qui dans un tel moment Refusât d'embrasser la pauvre infortunée Qui s'est à lui sans cesse et tout à fait donnée? J'avais tort! j'avais tort ! — Messieurs, voulez-vous donc Que je meure à ses yeux sans pitié, sans pardon?
— Oh! viens, que jeté dise! — Entre toutes les femmes, Et ceux qui sont ici m'approuvent dans leurs âmes, Celle que j'aime, celle à qui reste ma foi,
Celle que je vénère enfin, c'est encor toi! — Car tu fus bonne, douce, aimante, dévouée! — Écoute-moi : — ma vie est déjà dénouée, Je vais mourir, la mort fait tout voir au vrai jour. Va, si tu m'as trompé, tfest par excès d'amour !
— Et ta chute d'ailleurs, l'as-tu pas expiée?
— Ta mère en ton berceau t'a peut-être oubliée Comme moi. — Pauvre enfant ! toute jeune, ils auront Vendu ton innocence!... — Ah relève ton front!
— Écoutez tous : — à l'heure où je suis, cette terre S'efface comme une ombre, et la bouche est sincère! Eh bien, en ce moment, — du haut de l'échafaud,
— Quand l'innocent y meurt, il n'est rien de plus haut! — Marie, ange du ciel que la terre a flétrie,
Mon amour, mon épouse, — écoute-moi, Marie, — Au nom du Dieu vers qui la mort va m'entraînant, Je te pardonne !
MARION, étouffée de larmes..
0 ciel!
DIDIER
A ton tour maintenant,
Il s'agenouille devant elle.
Pardonne-moi I
MARION
Didier!...
DIDIER, toujours à genoux.
Pardonne-moi, te dis-je!
C'est moi qui fus méchant. Dieu te frappe et t'afflige Par moi. Tu daigneras encor pleurer ma mort. Avoir fait ton malheur, va, c'est un grand remord. Ne me le laisse pas, pardonne-moi, Marie!
MARION
Ah!...
DIDIER
Dis un mot, tes mains sur mon front, je t'en prie. Ou, si ton cœur est plein, si tu ne peux parler, Fais-moi signe... je meurs, il faut me consoler!
Marion lui impose les mains sur le front. Il se relève et l'embrasse étroitement, avec un sourire de joie céleste.
Adieu! —Marchons, messieurs!
MARION
Elle se jette égarée entre lui et les soldats.
Non, c'est une folie!
Si l'on croit t'égorger aisément, on oublie Que je suis là! — Messieurs, messieurs, épargnez-nous! Voyons, comment faut-il qu'on vous parle? à genoux? M'y voilà. Maintenant, si vous avez dans l'âme Quelque chose'qui tremble à la voix d'une femme, Si Dieu ne vous a pas maudits et frappés tous, Ne me le tuez pas !