‹ Marion de LormeChapitre 11 sur 209 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

J'ai trouvé doux vos yeux et tendres vos discours. J'ai craint de vous aimer, j'ai fui... — Hasard étrange! Je vous retrouve ici, partout, comme mon ange ! Enfin, troublé d'amour, flottant, irrésolu, J'ai voulu vous parler, vous avez bien voulu. Maintenant, disposez de mon cœur, de ma vie. A quoi puis-je être bon dont vous ayez envie? Quel est l'homme ou l'objet qui vous est importun? Voulez-vous quelque chose, et vous faut-il quelqu'un Qui meure pour cela? qui meure sans rien dire Et trouve tout son sang trop payé d'un sourire? Vous le faut-il? parlez, ordonnez, me voici.

MARION, souriant.

Vous êtes singulier, mais je vous aime ainsi.

DIDIER

Vous m'aimez! prenez garde, une telle parole,

Hélas ! ne se dit pas d'une façon frivole.

Vous m'aimez! Savez-vous ce que c'est que l'amour?

Qu'un amour qui devient notre sang, notre jour,

Qui, longtemps étouffé, s'allume, et dont la flamme

S'accroît incessamment en purifiant l'âme;

Qui seul au fond du cœur, où nous les entassions,

Brûle les vains débris des autres passions !

Qu'un amour, à la fois sans espoir et sans borne,

Et qui, même au bonheur, survit, profond et morne!

— Dites, est-ce l'amour dont vous parliez?

MARION, émue.

Vraiment...

DIDIER

Oh! vous ne savez pas, je vous aime ardemment Du jour où je vous vis, ma vie encor bien sombre

Se dora, vos regards m'éclairèrent dans l'ombre. Dès lors, tout a changé. Vous brillez à mes yeux Comme un être inconnu, de l'espèce des cieux. Cette vie, où longtemps gémit mon cœur rebelle, Je la vois sous un jour qui la rend presque belle ; Car, jusqu'à vous, hélas! seul, errant, opprimé, J'ai lutté, j'ai souffert... Je n'avais point aimé !

MARION

Pauvre Didier !

Marie..

MARION

Eh bien, oui, je vous aime.

Oui, je vous aime! . . . autant que vous m'aimez vous-même. Plus peut-être!... C'est moi qui suivis tous vos pas, Et je suis toute à vous.

DIDIER, tombant à genoux.

Oh ! ne me trompez pas!

A mon amour si pur que votre amour réponde, Et mon bonheur pourra faire la dot d'un monde, Et mes jours ne seront, prosternés à vos pieds, Qu'amour, délice et joie... — Oh! si vous me trompiez!

MARION

Pour croire à mon amour que vous faut-il V J'écoute.

DIDIER

Une preuve.

MARION

Parlez. Quoi ?

DIDIER

Vous êtes sans doute Libre?

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