ACTE PREMIER
Quand notre cœur se gonfle et s'emplit de tempêtes, Qu'importe ce que peut un nuage des airs Nous jeter en passant de tempête et d'éclairs î
DONA SOL, lui défaisant son manteau.
Allons ! donnez la cape et l'épée avec elle.
HERNANI, la main sur son épée.
Non. C'est mon autre amie, innocente et fidèle. — Doua Sol, le vieux duc, votre futur époux, Votre oncle, est donc absent?
DONA SOL
Oui, cette heure est à nous.
Cette heure ! et voilà tout. Pour nous, plus rien qu'une heure Après, qu'importe? il faut qu'on oublie ou qu'on meure. Ange! une heure avec vous! une heure, en vérité, A qui voudrait la vie, et puis l'éternité !
DONA SOL
Hernani !
HERNANI, amèrement.
Que je suis heureux que le duc sorte ! Comme un larron qui tremble et qui force une porte, Vite, j'entre, et vous vois, et dérobe au vieillard Une heure de vos chants et de votre regard; Et je suis bien heuieux, et sans doute on m'envie De lui voler une heure : et lui me prend ma vie!
DONA SOL
Calmez-vous.
Remettant le manteau à la duègne.
Josefa, fais sécher le manteau.
Josefn sort.
8 HERNANI
Elle s'assied et fait signe à Hernani de venir près d'elle .
Venez là.
HERNANI, sans l'entendre.
Donc le duc est absent du château?
DON A SOL, souriant.
Comme vous êtes grand!
11 est absent.
DONA SOL
Chère âme, Ne pensons plus au duc.
HERNANI
Ah! pensons-y, madame!
Ce vieillard! il vous aime, il va vous épouser! Quoi donc! vous prit-il pas l'autre jour un baiser? N'y plus penser !
DON A SOL, riant.
C'est là ce qui vous désespère !
Un baiser d'oncle! au front! presque un baiser de père!
HERNANI
Non ; un baiser d'amant, de mari, de jaloux. Ah! vous serez à lui, madame : y pensez-vous? 0 l'insensé vieillard, qui, la tête inclinée, Pour achever sa route et finir sa journée, A besoin d'une femme, et va, spectre glacé. Prendre une jeune fille! ô vieillard insensé! Pendant que d'une main il s'attache à la vôtre, Ne voit-il pas la mort qui l'épouse de l'autre? 11 vient dans nos amours se jeter sans frayeur!