‹ Marion de LormeChapitre 152 sur 209 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

Pétrifie un vieillard au seuil de sa maison, Et fait que le vieux maître, en attendant qu'il tombe, A l'air d'une statue à mettre sur sa tombe. Maures et Castillans! quel est cet homme-ci?

11 1ère les yeux et les promène sur les portraits qui entourent la salle.

0 vous, tous les Silva qui m'écoutez ici, Pardon si devant vous, pardon si ma colère Dit l'hospitalité mauvaise conseillère !

HERNANI, se levant,

Duc...

DON RUY GOMEZ

Tais-toi î

Il fait lentement trois pas dans la salle et promène ses regards sur le portrai's des Silva.

Morts sacrés ! aïeux ! hommes de fer, Qui voyez ce qui vient du ciel et de l'enfer, Dites-moi, messeigneurs, dites, quel est cet homme? Ce n'est pas Hernani, c'est Judas qu'on le nomme! Oh! tâchez de parler pour me dire son nom!

Croisant les bras.

Avez-vous de vos jours vu rien de pareil? Non!

HERNANI

Seigneur duc.

DON RUY GOMEZ, toujours aux portraits.

Voyez-vous! il veut parler, l'infâme!

Mais, mieux encor que moi, vous lisez dans son âme. Oh! ne l'écoutez pas! C'est un fourbe! il prévoit Que mon bras va sans doute ensanglanter mon toit, Que peut-être mon cœur couve dans ses tempêtes Quelque vengeance, sœur du festin des Sept Têtes. Il vous dira qu'il est proscrit, il vous dira

70 HERNANI

Qu'on va dire Silva comme l'on dit Lara, Et puis qu'il est mon hôte, et puis qu'il est votre hôte . Mes aïeux, messeigneurs, voyez, est-ce ma faute? Jugez entre nous deux !

IIERNANI.

Ruy Gomez de Silva, Si jamais vers le ciel noble front s'éleva, Si jamais cœur fut grand, si jamais âme haute, C'est la vôtre, seigneur; c'est la tienne, ô mon hôte! Moi qui te parle ici, je suis coupable, et n'ai Rien à dire, sinon que je suis bien damné. Oui, j'ai voulu te prendre et t'enlever ta femme; Oui, j'ai voulu souiller ton lit; oui, c'est infâme! J'ai du sang; tu feras très-bien de le verser, D'essuyer ton épée, et de n'y plus penser!

DONA SOL

Seigneur, ce n'est pas lui! Ne frappez que moi-même

IIERNANI.

Taisez-vous, dofia Sol. Car cette heure est suprême.

Cette heure m'appartient. Je n'ai plus qu'elle. Ainsi,

Laissez-moi m'expliquer avec le duc ici.

Duc! croîs aux derniers mots de ma bouche : j'en jure,

Je suis coupable; mais sois tranquille, — elle est pure.

C'est là tout. Moi coupable, elle pure; ta foi

Pour elle, un coup d'épée ou de poignard pour moi.

Voilà. — Puis fais jeter le cadavre à la porte

Et laverie plancher, si tu veux, il n'importe!

DON A SOL

Ah! moi seule ai tout fait. Car je l'aime.

Don Ruy se détourne à ce mot en tressaillant, et fixe sur doua Sol un regard terrible Elle se jette à ses genou*.

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