‹ Marion de LormeChapitre 155 sur 209 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

Avons-nous des turbans? serait-ce qu'on me nomme

Boabdil ou Mahom, et non Carlos, répond!

Pour nous baisser la herse et nous lever le pont?

DON RUY GOMEZ, s'inclinant.

Seigneur...

DON CARLOS, à ses gentilshommes.

Prenez les clefs, saisissez-vous des portes!

Deux officiers sortent. Plusieurs autres rangent les soldats en triple haie dans la salle, du roi à la grande porte. Don Carlos se retourne vers le duc.

Ah! vous réveillez donc les rébellions mortes? Pardieu! si vous prenez de ces airs avec moi, Messieurs les ducs, le roi prendra des airs de roi, Et j'irai par les monts, de mes mains aguerries, Dans leurs nids crénelés tuer les seigneuries!

DON RUY GOMEZ, se redressant.

Altesse, les Silva sont loyaux...

DON CARLOS, l'interrompant.

Sans détours Réponds, duc, ou je fais raser tes onze tours! De l'incendie éteint il reste une étincelle, Des bandits morts il reste un chef. — Qui le recèle? C'est toi! Ce Hernani, rebelle, empoisonneur, Ici, dans ton château, tu le caches!

DON RUY GOMEZ

Seigneur, C'est vrai.

DON CARLOS

Fort bien. Je veux sa tête — ou bien la tienne. Entends-tu, mon cousin?

DON RUY GOMEZ, s'inclinanî.

Mais qu'à cela ne tienne!

Vous serez satisfait.

Doua Sol cache sa tête dans ses mains et tombe sur Te fauteuil. DON CARLOS, radouci.

Ali ! tu t'amendes. — Va Chercher mon prisonnier.

Le duc croise les bras, baisse la tête et reste quelques moments rêveur. Le roi et doua Sol l'observent en silence et agités d'émotions contraires. Enfin le duc relève son front, va au roi, lui prend la main, et le mène à pas lents devant le plus ancien des portraits, celui qui commence la galerie à droite du spectateur.

DON RUY GOMEZ, montrant au roi le vieux portrait.

Celui-ci, des Silva C'est l'aîné, c'est l'aïeul, l'ancêtre, le grand homme; Don Silvius, qui fut trois fois consul de Rome.

Passant au portrait suivant.

Voici don Galceran de Silva, l'autre Cid! On lui garde à Toro, près de Valladolid,

Passant à un autre.

— Don Blas, — qui, de lui-même et dans sa bonne foi. S'exila pour avoir mal conseillé le roi.

A un autre.

— Ghristoval. — Au combat d'Escalona, don Sanche, Le roi, fuyait à pied, et sur sa plume blanche

Tous les coups s'acharnaient; il cria : Ghristoval! Christoval prit la plume et donna son cheval.

A un autre.

— Don Jorge, — qui paya la rançon de Ramire, Boi d'Aragon.

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