ACTE TROISIÈME
DON CARLOS, croisant ses bras et le regardant de la tête aux pieds.
Pardieu, don Ruy, je vous admire!
Continuez!
DON RUY GOMEZ, passant à un autre.
Voici Ruy Gomez de Silva, Grand-maître de Saint- Jacque et de Calatrava. Son armure géante irait mal à nos tailles. Il prit trois cents drapeaux, gagna trente batailles, Conquit au roi Motril, Antequera, Suez, Nijar, et mourut pauvre. — Altesse, saluez.
Il s'incline, se découvre et passe à un autre. Le roi l'écoute avec une impatience et une colère toujours croissantes.
Près de lui, Gil son fils, cher aux âmes loyales. Sa main pour un serment valait les mains royales.
A un autre.
•— Don Gaspard, de Mendoce et de Silva l'honneur 1 Toute noble maison tient à Silva, seigneur. Sandoval tour à tour nous craint ou nous épouse. Manrique nous envie et Lara nous jalouse. Alencastre nous hait. Nous touchons à la fois Du pied à tous les ducs, du front à tous les rois !
DON CARLOS
Vous raillez-vous?
DON RUY GOMEZ, allant à d'autres portraits.
Voilà don Vasquez, dit le Sage, Don Jayme, dit le Fort. Un jour, sur son passage. Il arrêta Zamet et cent Maures tout seul. — J'en passe, et des meilleurs. —
Sur un geste de colère du roi, il passe un grand nombre de ta-
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bleaux, et vient tout de suite aux trois derniers portraits à gauche du spectateur.
Voici mon noble aïeul.
11 vécut soixante ans, gardant la foi jurée, Même aux Juifs.
A l'avant-dernîer.
Ce vieillard, cette tête sacrée, C'est mon père.- Il fut grand, quoiqu'il vînt le dernier. Les Maures de Grenade avaient fait prisonnier Le comte Alvar Giron, son ami. Mais mon père Prit pour l'aller chercher six cents hommes de guerre ; Il fit tailler en pierre un comte Alvar Giron Qu'à sa suite il traîna, jurant par son patron De ne point reculer que le comte de pierre Ne tournât front lui-même et n'allât en arrière. Il combattit, puis vint au comte, et le sauva.
DON CARLOS
Mon prisonnier !
DON RUY GOMEZ
C'était un Gomez de Silva.
Voilà donc ce qu'on dit quand dans cette demeure On voit tous ces héros...
DON CARLOS
Mon prisonnier, sur l'heure 1
Il s'incline profondément devant le roi, lui prend la main et le mène devant le dernier portrait, celui qui sert de porte à la cachette où il a fait entrer Hernani. Doua Sol le suit des yeux avec anxiété. — Attente et silence dans l'assistance.
Ce portrait, c'est le mien. — Roi don Carlos, merci! Car vous voulez qu'on dise en le voyant ici :