ACTE TROISIÈME
DON CARLOS, à dona Sol.
Qa'emportez-vcus là?
DONA SOL
Rien.
DON CARLOS
Un joyau précieux ?
DONA SOL
Oui.
DON CARLOS, souriant.
Voyons.
DONA SOL
Vous verrez.
Elle lui donne la main et se dispose à le suivre. Don Ruy Gomez, qui est resté immobile et profondément absorbé dans sa pensée, se retourne et fait quelques pas en criant :
DON RUY GOMEZ
Dona Sol ! terre et cieux !
Doua Sol I — Puisque l'homme ici n'a point d'entrailles, A mon aide, croulez, armures et murailles !
Il court au roi.
Laisse-moi mon enfant! je n'ai qu'elle, ô mon roi !
DON CARLOS, lâchant la main de dona Sol.
Alors, mon prisonnier!
Le duc baisse la têto et semble en proie à une horrible hésitation ; puis il se relève, et regarde les portraits en joignant les mains vers eux.
DON RUY GOMEZ
Ayez pitié de moi, j Vous tous!
11 fait un pas vers la cachette; dona Sol le suit des yeux avec anxiété. Il se retourne vers les portraits.
82 HERNANI
Oh! voilez- vous! votre regard m'arrête.
Il s'avance en chancelant jusqu'à son portrait, puis se re'.ourne encore vers le roi.
Tu le veux?
DON CARLOS
Oui.
Le due lève en trembl&nt la main vers le ressort. DONA SOL.
Dieu!
DON RUY GOMEZ
Non!
II se jette aux genoux du roi.
Par pitié, prends ma tête!
Ta nièce !
DON RUY GOMEZ, se relevant.
Prends-la donc, et laisse-moi l'honneur. •
DON CARLOS, saisissant la main de dona Sol tremblante.
Adieu, duc.
DON RUY GOMEZ
Au revoir !
Il suit de l'œil le roi, qui se retire lentement avec dona Sol, puis il met la main sur son poignard.
Dieu vous garde, seigneurl
Il revient sur le devant du théâtre, haletant, immobile, sans plus rien voir ni entendre, l'œil fixe, les bras croisés sur sa poitrine, qui les soulève comme par des mouvements convulsifs. Cependant le roi sort avec dona Sol, et toute la suite des seigneurs sort après lui, deux a deux, gravement et chacun à son rang. Ils se parlent à voix basso entre eux.