ACTE QUATRIÈME
Oh! d'États et de rois mouvante pyramide, Ton faîte est bien étroit! Malheur au pied timide ! A qui me retiendrai-je? Oh ! si j'allais faillir En sentant sous mes pieds le monde tressaillir, En sentant vivre, sourdre et palpiter la terre!
— Puis, quand j'aurai ce globe entre mes mains, qu'en faire Le pourrai-je porter seulement? Qu'ai-je en moi?
Être empereur! mon Dieu! j'avais trop d'être roi! Gerte, il n'est qu'un mortel de race peu commune Dont puisse s'élargir l'âme avec la fortune. Mais, moi! qui me fera grand? qui sera ma loi? Qui me conseillera?
Il tombe à deux genoux devant le tombeau,
Gharlemagne ! c'est toi !
Ah! puisque Dieu, pour qui tout obstacle s'efface, Prend nos deux majestés et les met face à face, Verse-moi dans le cœur, du fond de ce tombeau, Quelque chose de grand, de sublime, et de beau i Oh! par tous ses côtés fais-moi voir toute chose. Montre-moi que le monde est petit, car je n'ose Y toucher. Montre-moi que sur cette Babel Qui du pâtre à César va montant jusqu'au ciel, Chacun en son degré se complaît et s'admire, Voit l'autre par-dessous et se retient d'en rire. Apprends-moi tes secrets de vaincre et de régner, Et dis-moi qu'il vaut mieux punir que pardonner !
— N'est-ce pas? — S'il est vrai qu'en son lit solitaire Parfois une grande ombre, au bruit que fait la terre, S'éveille, et que soudain son tombeau large et clair S'entr'ouvre, et dans la nuit jette au monde un éclair Si cette chose est vraie, empereur d'Allemagne,
Oh ! dis-moi ce qu'on peut faire après Charlemagne! ?arle! dût en parlant ton souffle souverain
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Me briser sur le front cette porte d'airain !
Ou plutôt, laisse-moi seul dans ton sanctuaire
Entrer; laisse-moi voir ta face mortuaire;
Ne me repousse pas d'un souffle d'aquilons;
Sur ton chevet de pierre accoude-toi. Parlons.
Oui, dusses-tu me dire, avec ta voix fatale,
De ces choses qui font l'œil sombre et le front pâle,
Parle ! et n'aveugle pas ton fils épouvanté,
Car ta tombe sans doute est pleine de clarté.
Ou, si tu ne dis rien, laisse en ta paix profonde
Carlos étudier ta tête comme un monde ;
Laisse qu'il te mesure à loisir, ô géant.
Car rien n'est ici-bas si grand que ton néant !
Que la cendre, à défaut de l'ombre, me conseille !
11 approche la clef de la serrure.
Entrons.
Il recule.
Dieu! s'il allait me parler à l'oreille! S'il était là, debout et marchant à pas lents I Si j'allais ressortir avec des cheveux blancs! Entrons toujours!
Bruit de pas.
On vient. Qui donc ose à cette heure Hors moi, d'un pareil mort éveiller la demeure? Qui donc?
Le bruit s'approche.
Ah! j'oubliais! ce sont mes assassins.
Entrons!
Il ouvre la porte du tombeau, qu'il referme sur lui. — Entrent plusieurs hommes, marchant à pas sourds, cachés sous leurs manteaux et leurs chapeaux