SCÈNE IV
HERNANI, DONA SOL
Eerïianl, immobile, considère avec un regard froid l'écrin nuptia placé sur la table puis il hoche la tête et ses yeux s'enflamment.
HERNANI
Je vous fais compliment! — Plus que je ne puis dire La parure me charme, et m'enchante, et j'admire!
Examinant le coffret.
Sans doute tout est vrai, tout est bon, tout est beau, lln'oserait tromper, lui qui touche au tombeau!
Il prend l'une après l'autre toutes les pièces de l'écrin. Rien n'y manque I colliers, brillants, pendants d'oreille,
Couronne de duchesse, anneau d'or... — A merveille! Grand merci de l'amour sur, fidèle et profond! Le précieux écrin!
DONA SOL
Elle va au coffret, y fouille, et en tire un poignard.
Vous n'allez pas au fond!
Hernani pousse un cri et tombe prosterné à ses picda. C'est le poignard qu'avec l'aide de ma patronne Je pris au roi Carlos lorsqu'il m'offrit un trône, Et que je refusai pour vous qui m'outragez!
HERNANI, toujours à genoux.
Oh! laisse qu'à genoux, dans tes yeux affligés J'efface tous ces pleurs amers et pleins de charmes; Et tu prendras après tout mon sang pour tes larmus ! DON A SOL, attendrie.
Hernani! je vous aime ot vous pardonne, et n'ai Que de l'amour pour vous.
HERNANI
Elle m'a pardonné, Et m'aime ! Qui pourra faire aussi que moi-même. Après ce que j'ai dit, je me pardonne et m'aime? Oh! je voudrais savoir, ange au ciel réservé, Où vous avez marché, pour baiser le pavé !
DONA SOL
Croire que mon amour eût si peu de mémoire! Que jamais ils pourraient, tous ces hommes sans gloire, Jusqu'à d'autres amours, plus nobles à leur gré, Rapetisser un coeur où son nom est entré !
HERNANI
Hélas! j'ai blasphémé! Si j'étais à ta place, Dona Sol, j'en aurais assez, je serais lasso De ce fou furieux, de ce sombro insonsé Qui ne sait caresser qu'après qu'il a blessé.
Ah! vous ne m'aimez plus!
HERNANI
Oh ! mon cœur et mon aine, C'est toi! l'ardont foyer d'où me vient toute flamme, C'est toi! ne m'en veux pas de fuir, être adoré!
DONA SOL
Je ne vous en veux pas, seulement j'en mourrai.
HERNANI
Mourir grand Dieu! pour moi so peut-il que tu meures?
D 0 îï A SOL, pleurant et tombant dans un fauteuil Pour qui, sinon pour vous ?
H E R N A N I , s'asscyant près d'elle.
Oh ! tu pleures ! tu pleures !
Et c'est encor ma faute ! et qui me punira? Car tu pardonneras encor! Qui te dira Ce que je souffre, au moins, lorsqu'une larme noio La flamme do tes yeux dont l'éclair est ma joie Oh ! mes amis sont morts !. oh ! je suis insensé ! Pardonne. Je voudrais aimer, je ne le sai! Hélas! j'aime pourtant d'une amour bien profonde ! Ne pleure pas; mourons plutôt! — Que n'ai-jeun monde? Je te le donnerais ! Je suis bien malheureux ! DONA SOL, se jetant à son cou.
Vous êtes mon seigneur vaillant et généreux ! Je vous aime.
HERNANI
Ah ! l'amour serait un bien suprême Si l'on pouvait mourir de trop aimer !
Je t'aime !
Hernani! Je vous aime et je suis toute à vous.
HERNANI, laissant tomber sa tête sur son épaule. Oh! qu'un coup de poignard de toi me serait doux!
DONA SOL, suppliante.
Quoi! ne craignez-vous pas que Dieu ne vous punisse De parler de la sorte?
HERNANI
Eh bien ! qu'il nous unisse !
Tu le veux ?... qu'il en soit ainsi ! J'ai résisté ! Tous deux, dans les bras l'un de l'autre, se regardent avec extase, sans voir, sans entendre, et absorbés dans leurs regards. Don Ruy Gomez entre et s'arrûte comme pétrifié sur le seuil, frappé de stupeur.