‹ Marion de LormeChapitre 206 sur 209 · HERNANI, DON RUY GOMEZ, DONA SOL · texte numérisé non relu

HERNANI, DON RUY GOMEZ, DONA SOL

DON RUY GOMEZ, immobile et croisant les bras. Voilà donc le paiement de l'hospitalité ! Voilà ce que céans notre hôte nous apporte.

Tous deux se détournent comme réveillés en sursaut. — Bon seigneur, va-t'en voir si ta muraille est forte, Si la porte est bien close et l'archer dans sa tour, De ton château pour nous fais et rabais le tour,

Cherche en ton arsenal une armure à ta taille, Ressaye à soixante ans ton harnois de bataille ! Voici la loyauté dont nous paîrons ta foi ! . Tu fais cela pour nous, et nous ceci pour toi. — Saints du ciel! j'ai vécu plus de soixante années; J'ai bien vu des bandits aux mains empoisonnées, J'en ai vu qui mouraient sans croix et sans pater ; J'ai vu Sforce, j'ai vu Borgia, je vois Luther ; Mais je n'ai jamais vu perversité si haute Qui n'eût craint ie tonnerre en trahissant son hôte Ce n'est pas de mon temps. — Si noire trahison Pétrifie un vieillard au seuil de sa maison, Et fait que le vieux maître, en attendant qu'il tombe, A l'air d'une statue à mettre sur sa tombe ! Maures et Castillans ! quel est cet homme-ci ?

Il lève les yeux et les promène sur les portraits qui entourent la sali?,

O vous, tous les Silva, qui m'écoutez ici, Pardon, si devant vous, pardon, si ma colère Dit l'hospitalité mauvaise conseillère !

Oh I je me vengerai 1

HERNANI

Ruy Gomez de Silva, Si jamais vers le ciel noblo front s'éleva, Si jamais cœur fut grand, si jamais âme haute, C'est la vôtre, seigneur! c'est la tienne, ô mon hô'.e! Moi qui te parle ici, je suis coupable, et n'ai Rien à te dire, sinon que je suis bien damné. Oui, j'ai voulu te prendre et t'enlever ta femme; Oui, j'ai voulu souiller ton lit; oui, c'est infâme! J'ai du sang; tu feras très-bien de le verser, D'essuyer ton épée et de n'y plus penser.

DON A SOL

Seigneur, ce n'est pas lui! ne frappez que moi-même !

HERNANI

Attendez, dona Sol. Car cette heure est suprême, Cette heure m'appartient; je n'ai plus qu'elle. Ainsi, Laissez-moi m'expliquer avec le duc ici. Duc ! crois aux derniers mots do ma bouche : j'en jure, Je suis coupable ; mais sois trau quille, — elle est pure '

DONA SOL

Ah ! moi seule ai tout fait. Car je l'aime. A ce mot, don Ruy Gomez se détourne en tressaillant, et fixe sur doua Sol un regard terrible. Elle se jette à ses genoux.

Oui, pardon !

Je l'aime, monseigneur !

DON RUY GOMEZ

Vous l'aimez !

A Hernan^ Tremble donc I Brait de trompettes au dehors. — Entre le page. Au page.

Qu'est ce bruit ?

LE PAGE

C'est le roi, monseigneur, en personne Avec un gros d'archers et son héraut qui sonne.

DONA SOL

Dieu ! le roi 1 dernier coup 1

L E P A G E , au duc.

Il demande pourquoi La porte est close, et veut qu'on ouvre.

DON RUY GOMEZ

Ouvrez au roi.

Le page s'incline et sort DOÎÏA SOL.

Il est perdu.

Don Ruy Gomez va à l'un des tableaux, qui est son propre portrait, et le dernier à gauche ; il presse un ressort ; le portrait s'ouvre comme une porte et laisse voir uno cachette pratiquée dans le mur. Le duc se tourne vers HernanI,

Monsieur, entrez ici.

HERNANI

Ma tête Est à toi. Livre-la, seigneur. Je la tiens prête. Je suis ton prisonnier.

Il entre dans la cachette. Don Euy Gomez presse de nouveau le ressort tout BO referme, et le portrait revient à sa place.

DONA SOL, au duc.

Seigneur, pitié pour lui l LE PAGE, entrant.

Son altesse le roi!

Dona Sol baisse précipitamment son voile. La porte s'ouvre à deux battants Entre don Carlos en habit de guerre, suivi d'une foule de gentilshommes également armés, de pertuisaniers, d'arquebusiers, d'arbalétriers. Il s'avance à pas lents la main gauche sur le pommeau de son épée, la droite dans sa poitrine, et fixe sur le vieux duc un oeil de défiance et de colère. Le duc va au devant du roi et le salue profondément. — Silence. — Attente et terreur alentour. Enfin le roi arrivé en face du duc, lève brusquement la tête.

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