SCÈNE VI
MARION, DIDIER, puis LE GRACIEUX, SAVERNY, puis LAFFEMAS.
DIDIER, après un long silence et avec un rire amer.
Marie! Eh bien! l'abîme est-il assez profond? Vous ai-je, misérable, assez conduite au fond ? Vous m'avez voulu suivre! hélas ! ma destinée Marche et brise la vôtre à sa roue enchaînée. Eh bien, où sommes-nous? — Je vous l'avais bien dit.
MAR.ION, tremblante et joignant les mains.
Didier! est-ce un reproche?
DIDIER
Ah ! cfue je sois maudit, Et plus maudit du ciel, et plus proscrit des hommes Qu'on ne le fat jamais et que nous ne le sommes, Hélas! si de ce cœur, dont toi seule as la foi, Jamais il peut sortir un reproche pour toi! Quand tout me frappe ici, me repousse et m'exile, N'es-tu pas mon sauveur, mon espoir, mon asile? Qui trompa le geôlier? Qui vint limer mes fers? Qui descendit du ciel pour me suivre aux enfers? Avec le prisonnier qui donc s'est fait captive? Avec le fugitif qui s'est fait fugitive? Quelle autre eût eu ce cœur, plein de ruse et d'amour, Qui délivre, soutient, console tour à tour? Moi, fatal et méchant, m'as-tu pas, faible femme, Sauvé de mon destin, hélas! et de mon âme? N'as-tu pas eu pitié de ce pauvre opprimé? Moi, que tout haïssait, ne m'as-tu pas aimé?