ACTE TROISIÈME
MARION, pleurant.
Didier, c'est mon bonheur, vous aimer et vous suivre !
Oh ! laisse de tes yeux, laisse que je m'enivre ! Dieu voulut, en mêlant une âme à rflon limon, Accompagner mes jours d'un ange et d'un démon, Mais, oh! qu'il soit béni, lui dont la grâce étrange Me cache le démon et me laisse voir Fange !
MARION
Vous êtes mon Didier, mon maître et mon seigneur.
DIDIER
Ton mari, n'est-ce pas?
MARION, à part.
Hélas!
DIDIER
Que de bonheur, En quittant cette terre implacable et jalouse, Te prendre et t'avouer pour dame et pour épouse! Tu veux bien? dis, réponds.
MARION
Je serai votre sœur, Et vous serez mon frère.
DIDIER
Oh! non, cette douceur De t'avoir devant Dieu pour mienne, pour sacrée, Me la refuse pas à mon âme altérée!
Va, tu peux avec moi venir en sûreté, Car l'amant à L'époux garde ta pureté.
MARION, à part.
Hélas !
DIDIER
Savez-vous bien quel était mon supplice? Souffrir qu'un baladin vous parle et vous salisse! Ali ! ce n'est pas la moindre entre tant de douleurs Que de vous voir mêlée à ces vils bateleurs! Vous, chaste et noble fleur, jetée avec ces femmes, Avec ces hommes pleins d'impuretés infâmes!
MARION
Didier, soyez prudent.
DIDIER
Dieu ! que j'ai combattu Contre ma colère!... Ah! cet homme, il vous dit : Tu! Quand moi, moi, votre époux, à peine encor je l'ose, De crainte d'enlever à ce front quelque chose!
MARION
Vivez bien avec eux ; il y va de vos jours, — Des miens!
DIDIER
Elle a raison, elle a raison toujours!
Ah! quoique à chaque instant mon mauvais sort renaisse, Tu me donnes ton cœur, ton bonheur, ta jeunesse ! D'où vient que tous ces dons sont prodigués pour moi, Qui seraient peu payés du royaume d'un roi ? Je ne t'offre en retour que misère et folie. Le ciel te donne à moi, l'enfer à moi te lie. Pour mériter tous deux ce partage inégal, Qu'ai-je donc fait de bien et qu'as-tu fait de mal?
MARION
Ah! Dieu, tout mon bonheur me vient de vous.