ACTE TROISIEME
DIDIER, redevenu sombre.
Écoute.
Quand tu parles ainsi, tu le penses sans doute. Mais je dois t'avertir, oui, mon astre est mauvais : J'ignore d'où je viens et j'ignore où je vais. Mon ciel est noir. — Marie, écoute une prière : — 11 en est temps encor, toi, retourne en arrière; Laisse-moi suivre seul ma sombre route; hélas! Après ce dur voyage, et quand je serai las, La couche qui m'attend, froide d'un froid de glace, Est étroite, et pour deux n'a pas assez de place. — Va-t'en !
MARION
Didier, je veux dans l'ombre et sans témoins Partager avec vous... — oh! celle-là du moins!
DIDIER
Que veux-tu donc? Sais-tu qu'à nie suivre poussée, Tu vas cherchant l'exil, la nisère! insensée! Et peut-être, entends-tu ? de si longues douleurs Que tes yeux adorés s'éteindront dans les pleurs
Marion laisse tomber sa tête dans ses mains.
Ah ! je le jure ici, cette peinture est vraie, Et tu me fais pitié! ton avenir m'effraie! Va-t'en !
MARION, éclatant en sanglots.
Ah! tuez-moi, si vous voulez encor Parler ainsi!
Sanglotant.
Mon Dieu !
DIDIER, la prenant dans ses bras.
Marie, ô mon trésor !
Tant de larmes ! j'aurais donné mon sang pour une Fais ce que tu voudras; suis-moi; sois ma fortune, Ma gloire, mon amour, mon bien et ma vertu! Marie ! ah ! réponds-moi, je parle, m'entends-tu?
Il l'assied doucement sur le banc de gazon. MARION, se dégageant de ses bras.
Ah! vous m'avez fait mal.
DIDIER, à genoux et courbé sur sa main.
Moi qui mourrais pour elle 1
MARION, souriant dans ses larmes.
Vous m'avez fait pleurer, méchant!
DIDIER
Vous êtes belle!
Il s'assied sur le banc à côté d'elle.
Un seul baiser, au front, pur comme nos amours!
Il la baise au front. — Tous deux, assis, se regardent avec ivresse.
Regarde-moi, Marie, — encore, — ainsi, — toujours!
LE GRACIEUX, entrant.
On appelle dona Chimène dans la grange.
Marion se lève précipitamment d'auprès de Didier. — En même temps que le Gracieux, entre Saverny, qui s'arrête au fond du théâtre et considère attentivement Marion, sans voir Didier, qui est resté assis sur le- banc, et qu'une broussaille lui cache.
SAVERNY, au fond du théâtre sans être vu. — A part.
Pardieu! c'est Marion! l'aventure est étrange!
Riant.
Chimène!
LE GPiACIEUX, à Didier qui veut suivre Marion.
Restez là. Vous, monsieur le jaloux, Je veux vous taquiner.