ACTE TROISIÈME
Au fait, il en faut deux. Au cardinal romain
C'est le moins qu'il revienne une dans chaque main !
LE MARQUIS DE NANGIS
De quel droit?...
LAFFEMAS
Demandez compte à Son Éminence.
Tous survivants au duel tombent sous l'ordonnance.
A Saverny.
Donnez-moi votre épée !
DIDIER, regardant Saverny.
Insensé!
SAVERNY, tirant son épée et la présentant à Laffemas.
La voici.
LE MARQUIS DE NANGIS, l'arrêtant.
Un instant! devant moi nul n'est seigneur ici. Seul j'ai dans ce château justice basse et haute; Notre sire le roi n'y serait que mon hôte.
A Saverny.
Ne remettez qu'à moi votre épée.
Saverny lui remet son épée et le serre dans ses bras.
En honneur, C'est un droit féodal fort déchu, monseigneur. Monsieur le cardinal pourra m'en faire un blâme, Mais moi qui ne veux pas vous affliger...
DIDIER
Infâme!
LAFFEMAS, s'inclinant devant le marquis.
J'y souscris. En revanche, à présent, pour raison, Prêtez-moi votre garde avec votre prison.
LE MARQUIS DE NANGIS, à ses gardes.
Vos pères ont été vassaux de mes ancêtres. Je vous défends à tous de faire un pas!
LAFFEMAS, d'une voix tonnante.
Mes maîtres, Écoutez ! je suis juge au secret tribunal, Lieutenant-criminel du seigneur cardinal.
Qu'on les mène tous deux en prison. 11 importe Que quatre d'entre vous veillent à chaque porte. Vous en répondez tous. Or vous seriez hardis De ne pas m'obéir; car si lorsque je dis A l'un de vous qu'il aille, exécute et se taise, Il hésite, alors c'est — que sa tête lui pèse.
Les gardes, consternés, entraînent en silence les deux prisonniers. Le marquis de Nangis se détourne, indigné, et cache ses yeux de sa main.
MARION, à Laffemas.
Tout est perdu! monsieur, si votre cœur...
LAFFEMAS, bas à Marion.
Ce soir, Je vous dirai deux mots, si vous me venez voir.
MARION, à part.
Que me veut-il? 11 a des sourires funèbres. C'est une âme profonde et pleine de ténèbres.
Se jetant vers Didier.
Didier !
DIDIER, froidement.
Adieu, madame!
MARION, frissonnant du son de sa voix.
Eh bien ! qu'ai-je donc fait?
Ah! malheureuse!
Elle tombe sur le banc.