ACTE CINQUIÈME. \Tt
MARION, à part.
Ciel !
LAFFEMAS, se rapprochant d'elle. — Bas.
Il est dans cette enceinte — Un homme... — qu'un seul mot de vous — peut faire ici Plus heureux qu'un roi même, —et plus puissant aussi I
MARION
Oh ! va-t'en !
LAFFEMAS
Est-ce là le dernier mot?
MARION, arec hauteur.
De grâce !
LAFFEMAS
Qu'un caprice de femme est chose qui me passe !
Vous étiez autrefois tendre facilement;
Aujourd'hui, — qu'il s'agit de sauver votre amant... —
MARION, se tournant vers la porte de la prison de Didier.
Fût-ce pour te sauver redevenir infâme, Je ne le puis ! — Ton souffle a relevé mon âme, Mon Didier! près de toi rien de moi n'est resté, Et ton amour m'a fait une virginité !
Aimez-le donc !
MARION
Le monstre! il va du crime au vice!
Laisse-moi pure !
LAFFEMAS
Donc je n'ai plus qu'un service A vous rendre à présent.
MARION
Quoi?
128 MARION DE LORMB.
LAFFEMAS
Si vous voulez voir, Je puis vous faire entrer. — Ce sera pour ce soir.
MARION, tremblant de tout son corps.
Dieu! ce soir!
LAFFEMAS
Oui, ce soir. — Pour voir par la portière, Monsieur le cardinal viendra dans sa litière.
Marion est plongée dans une profonde et convulsive rêverie. Tout à coup elle passe ses deux mains sur son front et se tourne comme égarée vers Laffemas.
MARION
Gomment feriez-vous donc pour les faire évader?
LAFFEMAS, bas.
Si... vous vouliez?... — Alors je puis faire garder Cette brèche, par où viendra son Éminence, Par deux hommes à moi...
Il écoute du côté de la petite porte.
Du bruit...— On vient, je pense.
MARION, se tordant les mains.
Et vous le sauverez?
LAFFEMAS
Oui.
Bas.
Pour tout dire ici Les murs ont trop d'échos... — Ailleurs....
MARION, avec désespoir.
Venez !
Laffemas se dirige vers la grande porte et lui fait signe du doigt de le suivre. — Marion tombe à genoux, tournée vers le guichet de la prison. Puis elle se lève avec un mouvement convulsif, et disparait par la grande porte à la suite de Laffemas. — Le petit guichet s'ouvre. Entrent, au milieu d'un groupe de gardes, Saverny et Didier.